LES PLUS1ES — PLUSIA
Caractères. — Les Plusies se distinguent en grande partie par les belles taches à reflets métalliques de leurs ailes antérieures; elles représentent des figures variées, telles que des lettres grecques y, y, X, par exemple, qui semblent formées d'or ou d'argent appliqué en couches épaisses. Les palpes se dressent et atteignent une longueur très variable suivant les espèces ; chez la Plusia moneta, par exemple, superbe Papillon d'or pâle, ils s'élèvent comme deux sabres courbes au-devant et au-dessus de la tête. Les épauleltes sont formées de trois rangées de poils plus ou moins nettes, dont les bords sont bien marqués, et dont la rangée antérieure forme avec les poils antérieurs du thorax une sorte de seconde collerette. Sur l'abdomen élancé s'élèvent des huppes assez fortes.
Distribution géographique. — Les Plusies sont répandues sur toute la terre, et leurs nombreuses espèces sont réparties dans tous les pays Européens.
Mœurs, habitudes, régime. — Ces belles Noctuelles disposent, au repos, leurs ailes en forme de toit, et beaucoup d'entre elles voltigent aussi pendant le jour.
Les Chenilles se distinguent par une tête petite, par un corps rétréci en avant, par l'atrophie des pattes ventrales antérieures, ce qui leur donne une démarche d'Arpenteuses, et souvent une altitude particulière de la partie antérieure du corps faisant une bosse pendant le repos. Elles vivent toutes en liberté sur les plantes herbacées, et confectionnent un tissu lâche pour accomplir leur Nymphose. La Chrysalide se fait remarquer par le développement de la gaîne de sa trompe ; elle met peu de temps à terminer son évolution.
LA PLUSIE GAMMA. — PLUSIA GAMMA-
Gamma. — Ypsilon Cuir.
Caractères. — Le Gamma fait partie des espèces dont les ailes antérieures sont ornées d'une lettre de l'alphabet grec, le y. Ses ailes antérieures sont grises, marbrées de brun plus ou moins foncé, et mélangées de rouge brunâtre ; elles sont en outre marquées d'un y ou d'un y argenté et brillant. Les ailes postérieures, d'un brun clair vers la base, présentent une bande plus sombre sur la lisière et sur la naissance des franges. L'abdomen est brun grisâtre.
Distribution géographique. — La plus commune et la plus répandue de toutes, elle vollige dans toute l'Europe, dans l'Asie septentrionale et même dans l'Amérique du Nord.
Mœurs, habitudes, réginie. — Ce Papillon est représenté, sur la PI. XX intitulée : « les Papillons diurnes de la France, » dans l'altitude qu'il affectionne pour pomper le miel.
Il se trouve dans les champs, les bois, les prairies, les jardins, errant d'un vol farouche et sauvage aussi bien en plein soleil qu'au crépuscule du matin et du soir, s'arrêtant seulement pour sucer le miel de toutes les fleurs. Le jour, il repose aussi parfois immobile au-dessous d'une feuille; et si l'on vient à le troubler, il s'envole et se pose bientôt de nouveau, mais ne sachant s'il va s'envoler plus loin encore, [il fait trembloter ses ailes et tient ses antennes étendues ; c'est seulement quand il se croit en sûreté, qu'il replie ses antennes sur son thorax gibbeux et laisse tomber ses ailes en forme de toit sur son abdomen. Comme nous le trouvons à toute heure du jour, nous pouvons le rencontrer aussi en toute saison, bien entendu dans les limites imposées à l'existence de ces Insectes. Aussi leur développement plus hâtif pendant les mois chauds, nous permet de les voir en même temps à tous leurs stades d'évolulion; de là la difficulté d'apprécier le nombre de leurs pontes. On admet habituellement que la Chenille passe l'hiver. Mais Taschenberg a trouvé, le 7 mai 18G5, un Papillon qui, d'après son aspect, ne pouvait dater de ce même printemps; un autre, capturé le 1er octobre, m'a semblé récemment éclos de sa Chrysalide et destiné à ne remplir le but suprême de sa vie qu'après avoir passé l'hiver.
La Chenille, d'un vert jaunâtre, et rayée de
iO-i
LA LICHNEE MARIEE.
blanc suivant la longueur, présente des renflements articulaires formant nœuds ; elle dévore les plantes herbacées les plus diverses et devient parfois fort nuisible. Ainsi, en 1828, elle a détruit dans l'Est de la Prusse des champs de Lin ; ailleurs, elle a fortement saccagé le Chanvre, le Colza, et les légumes; il y a quelques années, elle a ravagé les champs de Betteraves dans les pays de Saxe et d'Anhalt. Taschenberg a vu éclore le prolétaire en question, de Chenilles qu'il avait recueillies sur des buissons de Saules ; et qu'il croyait appartenir a un autre Plusie dont les Chenilles sont très analogues à celles-là ; il faut, par conséquent, compter une plante ligneuse dans le menu de ces ' Insectes , ce qui ne s'est encore jamais vu.
LES CAT0CAL1NES — CATOCALIX.E Ordcnsbiinder.
Carnet ères. — Ces Papillons de grande ou de moyenne taille ont de longues antennes grêles pubescentes chez les Mâles, filiformes chez les Femelles, des palpes redressés connivents, à 3e article très distinct, une trompe fort longue, le thorax orné de houppes de poils, et porteur de pattes robustes et d'ailes larges et épaisses plus ou moins dentées, l'abdomen très conique, crété en dessus.
Los Chenilles longues, atténuées aux extrémités, ont la tôle aplatie et sont ornées sur les côtés de petits tentacules ; elles filent de légères coques de soie entre les feuilles ou les écorces pour se métamorphoser. Les Chrysalides se font remarquer par l'efflorescence bleuâtre qui les recouvre.
LES CATOCALES — CATOCALA
Caractères. — Ces Noctuelles, les plus grandes de la famille, se reconnaissent aux caractères de la tribu ; elles se font remarquer par leurs ailes postérieures, fort élégantes, colorées en bleu, en jaune, en rouge, et relevées par des bandes noires. On les nomme vulgairement des Lichnées parce que leurs chenilles ont une coloration grise qui se marie avec celle des Lichens qui couvrent les arbres.
iHstribution géographique. ■ — L'Europe comme l'Amérique du Nord ont beaucoup d'espèces de Catocales.
LA CATOCALE DU FRENE OU LICHNEE BLEUE. — CJTOCAL I 1/1 l\IM.
Blaues ordensband.
Caractères. — On reconnaît la Catocale du Frêne, le plus grand de tous ces Papillons, à la bande bleu-clair qui passe au milieu de son aile postérieure noire. Il peut atteindre JOS millimètres et même davantage.
Oistribution géographique. ■ — - Elle habile
toute l'Europe centrale et l'Asie septentrionale.
ïlieurs, habitudes, ré»ime. — Le Papillon
aime à se reposer d'août en octobre, sur les troncs des Peupliers, sur lesquels sa Chenille trouve sa nourriture.
LA LICHNÉE MARIÉE. — C ITOC il l XUPT t.
Weiden ordensband.
Caractères. — Parmi les autres espèces qui portent au milieu de l'aile inférieure, outre une bande noire marginale, une seconde bande noire plus ou moins dentelée, il faut citer une des plus communes que nous représentons ici. Ses ailes antérieures apportent peu de variété à son revêtement grisâtre, bien qu'on y distingue nettement les marques caractéristiques des Noctuelles, sauf la tache annulaire et la tache anguleuse. Cette espèce, dont les ailes postérieures, d'un rouge sanguin très vif, portent une frange blanche sinueuse, se distingue d'une espèce très analogue (Catocala elncata) parle trajet un peu différent, et surtout par la forme coudée de la bande médiane.
IHstrihuliou géographique. — Celte Nocluelle est commune dans toute l'Europe.
MuMirs, habitudes, régime. — A partir du
milieu de juin, on peut voir cet Insecte magnifique reposer, les ailes fermées, sur les troncs d'arbres, dans les coins des habitations, sous les auvents, les chaperons des murs. Ses ailes sont trop grandes pour recouvrir le corps à la manière d'un toit. S'approche-t-on de sa cachette, il s'enfuit, avec un battement d'aile souvent perceplible à l'oreille, et cherche une retraite plus sûre; il est, comme ses pareils, extrêmement farouche. A la nuit tombante, les Papillonsisolésvoltigent aulourdesarbres, semblables à des Chauves-Souris. Leurs Femelles recherchent, pour pondre, les crevasses des écorces des Saules ou des Peupliers, et ne déposent jamais beaucoup d'OEufs en un même lieu. Ceux-ci passent l'hiver sans autre abri que
CnivHH, Injectes.
T. VIII, PI. \\\, p. 405.
■if, J--B. Baillitre cl Fils, éjil
Curbeil, Ciété imp.
LES OPHIDERINES.
Ophideres salaminia, volant. Ophiderca fullonica mâle, perforant une Orange. Ophideres fullonica femelle, volant.
LES OPHIDERES.
Fig. liCI. — La Catocale mariée
Fia;. liGl et I4G2.
I Fig. l'iCî. - Sa Chenille.
- Noctuelle (Catocale).
celle écorce, el s'éveillent au début du printemps, lorsque les jeunes feuilles peuvent fournir leur nourriture aux Chenilles, qui croissent jusqu'au milieu de juin. Le jour, elles reposent, étendues le long du tronc ; la nuit, elles s'élèvent plus haut. Pour les protéger contre les attaquesdeleurs ennemis, lanature leurprèteunc teinte analogue à celle d'un tronc d'arbre. Elles se reconnaissent aux franges qui occupent les côtés de l'abdomen et qui forment une bordure étroite, quand on comprime l'abdomen contre l'arbre. Saisie entre les doigts, la Chenille de cette Calocala frappe l'air autour d'elle avec les parties antérieures et postérieures du corps, comme ferait un Poisson empoigné par le milieu ; elle mord les doigts qui la tiennent quand elle peut les atteindre; bref, elle se débat avec rage. Elle s'entoure finalement de quelques fils, sous l'écorce, sous la mousse ou sous le feuillage desséché, pour se transformer en une Chrysalide élancée avec des marques bleuâtres.
Toutes les Calocala se comportent de la même manière, mais vivent parfois surd'autres plantes nourricières (Chênes, Prunelliers, etc.) . Les C. sponsa, promissa, clocaia, etc., ont les ailes inférieures rouges ; les C. paranyrnpha, conversa, nymphœaaux ailes inférieures jaunes, sont partout les plus rares, et ne deviennent pas aussi grandes que les autres; leur envergure est en moyenne de o2 millimètres.
LES OPHIDÉRINES — OPIUDERISJ.
Caractères. — Cette famille, une des plus belles des Lépidoptères (PI. XXX), renferme des Insectes de grande taille, vivement colorés, aux ailes élégamment découpées, les supérieures pointues, souvent falquées, à côte très arrondie au sommet, les inférieures à nervure médiane quadrifide; mais elle est surtout caractérisée par la forme des palpes qui sont robustes, ascendants, à dernier article très distinct et spatule.
Tels sont les caractères que Guénée attribuait à la Famille; un caractère d'une haute valeur anatomique et physiologique lui avait échappé, il n'avait pas reconnu la disposition toute particulière de la trompe, que nous allons décrire en parlant des Ophidères ; dans une Monographie toute récente des Ophidères (1881), M. P. Moore passe sous silence cette remarquable particularité.
Distribution gcosranliique. — Les Ophidérines se rencontrent dans toutes les régions du globe, excepté en Europe.
LES OPHIDERES
OPHIDERES
Caractères. — On sait, dit J. Kiinckel (1), que les Lépidoptères sont caractérisés entre
(I) Kiinckel, les Lépidoptères à trompe perforante destructeurs des oranges (Ophidères) (Compte rendu de l'Aead. des sciences, 30 août 1875).
LES OPHIDERES.
tous les Insectes, par un mode d'organisation d'une fixité absolue, les pièces buccales sont modifiées de manière à former une trompe, ou, plus explicitement, ainsi que l'a démontré L. de Savigny, les mâchoires démesurément allongées constituent un appareil de succion. Ces mâchoires, longues, grêles, flexibles, terminées par une pointe effilée d'une grande souplesse, sont accolées, mais laissent entre elles un fin canal. Les Papillons sont donc conformés pour pomper le nectar des fleurs ouvertes, pour humer divers aliments fluides. Par une étrange exception, les Lépidoptères du genre Ophidôres, Boisd., possèdent une trompe rigide (fig. 1463 à 1465), véritable tarière, d'une perfection idéale, capable de transpercer la peau des fruits, de tarauder même les enveloppes les plus résistantes et les plus épaisses. Cette trompe est un instrument parfait, qui serait un excellent modèle pour établir des outils nouveaux que l'industrie emploierait au forage de trous dans des matières diverses. Procédant à la fois de la lance barbelée, du foret et de la râpe, elle peut inciser, tarauder, arracher, tout en permettant aux liquides de passer sans obstacle par le canal interne. Les deux mâchoires accolées se terminent par une pointe triangulaire acérée, garnie de deux barbelures; elles se renflent ensuite et présentent à la face inférieure trois portions de filet de vis, tandis que leurs côtés et leur face supérieure sont revêtus d'épines courtes, fortes, faisant saillie au centre d'une dépression abords durs etabruptes ; les épines ont pour but de déchirer les cellules de la pulpe des Oranges, comme la râpe sert à ouvrir les cellules des Betteraves pour en extraire le sucre. La région supérieure de la trompe est couverte, en dessous et sur les côtés, de stries fines et serrées disposées en demi-hélice qui lui donnent les qualités d'une lime; les stries sont interrompues de distance en dislance par de petites épines sans consistance, qui servent à percevoir les sensations tactiles. L'orifice du canal par lequel montent les liquides est situé à la face inférieure au-dessous du premier filet de la vis. Les figures ciaprès achèveront, j'espère, de rendre suffisamment intelligible cette courte description (1). « Non content d'examiner YO. fullonica, L.,
(I) Cette disposition a été reconnue exacte par M. Francis Darwin, auquel M. Thozet avait envoyé quelques Ophideres fullonica (On the Structure of tlie Proboscis of Ophidcres fullonica. The quart. Journ. of Micr. se, octobre 1875).
j'ai pris soin d'étudier tous les représentants du genre Ophideres, et j'ai reconnu que les 0. materna, L. ; 0. salaminia, Cram. ; 0. irnperator, Boisd., ainsi que les autres espèces, ont une trompe puissante en forme de tarière. La structure des mâchoires fournit donc un caractère générique d'une grande valeur; elle établit, en outre, une relation plus étroite entre les Lépidoptères, les Hémiptères et certains Diptères chezlesquels les mâchoires sont destinées à percer les tissus. »
Distribution géographique. — Ils habitent les régions intertropicales.
Mœurs, habitudes, régime. — « Un botaniste français, M. Thozet, établi en Australie (1), avait, en 1871, raconte M. Kiinckel, appelé mon attention sur le Lépidoptère du genre Ophideres (0. fullonica, L.), qu'il accusait de percer les Oranges pour se nourrir de leur suc. Convaincu avec tous les Naturalistes que les Lépidoptères, sans exception, ont des trompes flexibles, dépourvues de rigidité, je révoquai en doute l'observation de M. Thozet, et j'enfermai dans une boîte les prétendus dévastateurs, me promettant de les examiner à loisir. Je remettais de jour en jour cette étude, lorsque je lus, dans un journal australien (2), un article où un auteur anonyme signalait les déprédations commises par les 0. fullonica et affirmait, avec toutes les garanties d'une observation rigoureuse, que ces Papillons perforent la peau des Oranges pour en pomper le suc.
« Monsieur, dit l'auteur anonyme qui signait Pomona, et qui n'était autre que M. Thozet, si vous visitiez dans cette saison de l'année (mai) les plantations d'Orangers, vous seriez étonné de la grande quantité de fruits tombés (jonchant le sol), en partie ou entièrement pourris. En observant attentivement, vous trouveriez que les Oranges endommagées sont perforées, que le jus des cellules dans la partie correspondante aux petits trous en a été extrait, laissant alors un libre accès à l'air et supprimant l'alimentation nécessaire à l'enveloppe de ce fruit, ce qui détermine bientôt sa décomposition. Quelques fruits, qui sont encore sur l'arbre et d'apparence saine, lorsqu'ils sont pressés
(1) A Rockampton (Queensland), petite ville située à peu de distance de la côte orientale, sur le tropique du Capricorne. C'est là que l'excellent observateur, qui s'était révélé par l'intéressante découverte que nous exposons, est mort peu de temps après, regretté de tous les Naturalistes.
(2) The Capricornian, t. I, n" 9, 8 mai 1875, publié à Rockampton.
LES OPHIDERES.
par la main, donnent de pelits jets de jus; ceux-là pourtant ont été mutilés et tomberont bientôt.
« Ne serait-il pas d'intérêt publique de répéter, ce que vous disiez déjà en 1809, que la destruction des Orangeries est l'œuvre de l'Ophideres fullonica.
« On a manifesté une grande incrédulité relativement à ce fait naturel, et je crois môme qu'elle subsiste encore dans l'esprit de plusieurs. Mais, au lieu de discuter sur ce point, nous conseillons au propriétaire sceptique de prendre une chandelle ou une lanterne, suivant que le temps le permettra, et d'aller examiner ses arbres vers neuf heures; s'il reste là quelques instants, il apercevra le voleur aérien cramponné à l'objet de ses convoitises. 11 pourra examiner à son aise et n'aura pas à craindre de déranger le glouton, car avec sa trompe enfoncée aux deux tiers dans le fruit et fouillant sous la peau, il est trop occupé pour s'envoler. Mais quand il sera bien convaincu du larcin, qu'il saisisse le coupable, ce qui est du reste très facile (car l'Insecte, nous le répétons, n'a pas le temps de retirer le long tube avec lequel il suce), et, après l'avoir puni comme il le mérite, c'est-à-dire lui avoir infligé une puuilion capitale, que notre propriétaire presse sous son pouce, ou, mieux encore, qu'il ouvre, avec un couteau ou canif, l'abdomen de l'Insecte, il en extraira, par ce moyen, quatre à cinq gouttes de jus d'Orange.
« Je ne doute pas que les cultivateurs d'Orangers qui voudront prendre la peine de profiter de l'enseignement de la nature se joindront à moi dans cette guerre d'extermination, et qu'ils apprendront avec plaisir que, pour ma part, et depuis le commencement de la saison actuelle, j'en tue environ une vingtaine chaque soir. Ces ravageurs nocturnes semblent préférer les Oranges européennes-asiatiques, car, jusqu'à présent, ils ont rarement attaqué les mandarines dans mon orangerie; mais je suppose que, s'ils n'avaient pas de choix, ils perforeraient ces dernières avec la même avidité. J'ai remarqué qu'il y a aussi trois ou quatre petites espèces d'Insectes qu'on trouve presque toujours avec YOphideres, mais ils ne viennent là seulement que pour boire après que le fruit a été percée; n'étant pas assez forts pour perforer la peau, ils se contentent d'absorber le jus qui s'écoule des piqûres, ce qu'ils font en frottant leur langue tubuleuse sur l'enveloppe des Oranges, là où elles ont été perforées.
« Les Naturalistes des colonies et les Européens, qui ne sont pas à môme d'observer les mœurs de ce puissant Lépidoptère, n'admettront peut-être pas facilement qu'il puisse percer une écorce aussi résistante que celle des Oranges ; mais, s'il en était ainsi, leurs grandes connaissances en Histoire naturelle, jointes au désir de vérifier les faits dont nous parlons, feraient promptement disparaître leurs doutes. Et, du reste, ces faits ne sont pas plus surprenants que celui des Moustiques ou d'autres Insectes analogues qui percent la peau des Animaux pour sucer leur sang. Aussi suis-jeà peu près certain que si des recherches sérieuses étaient faites la nuit à l'aide de chandelles, soit dans les jardins, soit dans les vergers des contrées tropicales ou subtropicales, et même du sud de l'Europe, l'on ne tarderait pas à découvrir d'autres Insectes analogues à celui dont je parle, et qu'on aurait le même intérêt à détruire.
« Dans tous les cas et pour ce qui nous concerne, nous, habitants de Queensland, nous avons juré une haine implacable à l'Insecte ravageur des Oranges, et, au nom de l'humanité, nous le vouons à l'extermination. »
« Curieux d'acquérir la preuve de l'exactitude de ces observations, dit M. Kunckel, j'examinai attentivement la trompe de ces insectes. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un fait d'adaptation singulier et bien inattendu, en voyant sous le microscope le plus admirable instrument de perforation que l'on puisse imaginer (Voyez p. 406 et les fig. 1463 à 1465).
« Tous les Lépidoptères du genre Ophidères, ainsi que je viens de l'établir, étant pourvus d'une trompe perforante, il est incontestable qu'ils ont des habitudes semblables et taraudent les Oranges ou d'autres fruits; très répandus dans les régions tropicales, ils doivent être rangés ajuste titre parmi les Insectes nuisibles; aucun moyen de destruction réellement pratique ne se présente à l'esprit; toutefois leur grande taille, leurs couleurs voyantes permettant de les reconnaître à première vue, on pourra les mettre à mort sans crainte d'avoir à se reprocher une erreur judiciaire. »
Les Chenilles des Ophidères dont nous devons la connaissance à M. E. Moore, ont une physionomie toute particulière ; la première paire de pattes membraneuses est atrophiée, et quelle que soitleur livrée qui est souvent fort bariolée, elles portent sur les côtes des 5mo et 6me anneau, une paire de taches oculiformes; lorsqu'elles
L'OPIIIDKHE FULLONICA.
Fig. liGi.
Fig. HG3. — Vue de profil.
Fig. 1404. — Vue en dessous ; - o, ouverture du canal.
Fig. 1465 terne.
Fig. liCÏ a H05.
Vue en dessus; — /, canal in- Trompe perforante do VOphideres fullonica.
sont au repos, elles prennent souvent une attitude singulière : se maintenant accrochées à une branche par leurs trois paires de pattes membraneuses, elles redressent la tête et les derniers anneaux. Pour se chrysalider, elles rapprochent les bords d'une feuille avec quelques fils et se maintiennent en s'attachant par la queue.
L'OPHIbERES FULLONICA.
FVLLOMC.t-
Ol'lllUERLS
Caractères. — Le plus gros de ces Insectes (PI. XXX) mesure 4 pouces 1/2 ; les ailes du devant, très obliques vers l'angle apical, sont, en dessus, marbrées de vert de mer, de blanc, de noir et de brun, avec une tache irréguliôre triangulaire vers le bord costal, légèrement marquées de bandes de couleur gris cendré au milieu; le dessous, qui porte deux bandes noires sur fond ocré, est pointillé de brun; les ailes de derrière sont d'un orange foncé aux angles basilaires, avec une ligne recourbée en dehors, large et d'un noir velouté près du milieu; les autres parties sont noires; le bord antérieur entre les nervures est frangé de blanc; le dessous est de même couleur, mais moins intense. Le corps, qui mesure 1 pouce 3/4 de longueur, a 3/8 de pouce de diamètre; la tête et le thorax sont bruns; l'abdomen, qui est d'un jaune orange en dessus, est nankin en dessous. Les pattes
de derrière et celles du milieu sont armées de forts éperons.
Le coloris varie tant chez quelques-uns de nos échantillons, non seulement parmi les Mâles et les Femelles, mais parmi les échantillons du même sexe, que si les lois de mimique n'interviennent pas, les Lépidoptéristes compétents formeront probablement deux espèces distinctes.
Nous espérons cependant que, tout imparfaite qu'elle est, notre description sera suffisante pour faire reconnaître ce maraudeur nocturne dangereux, et nous le recommandons tout pariiculièrement aux personnes intéressées.
Distribution géographique. — Ce Papillon a une aire de distribution géographique immense; il se rencontre dans toutes les régions de l'Inde, à Ceylan, aux îles Andamans, à Sumatra, à Java, à la presqu'île de Malacca, en Chine, en Australie, etc.
Mœurs, habitudes, réfjiiue. — Les Colons
australiens, ainsi que nous l'avons dit précédemment, redoutent les 0. fullonica à cause des dégâts qu'ils commettent dans les plantations d'Urangers, car les fruits qu'ils criblent de trous s'altèrent rapidement, tombent bientôt à terre et achèvent de pourrir.
Sa Chenille vit sur différentes plantes, notamment sur des Menispermum.