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LES CICADIDES OU CIGALES CHANTEUSES

M uses, oubliant même de boire et de manger, occupés uniquement du soin de les écouter et de les imiter, s'étaient laissés mourir de faim, et que les Muses, touchées de leur sort, les avaient métamorphosés en Cigales en leur donnant une Paveur précieuse, celle de vivre sans manger pour avoir la liberté de chanter tout à leur aise. N'est-ce pas là une heureuse allégorie de l'indifférence et de l'insouciance des artistes en traînés par l'amour fougueux de leur art.

Charmés de leurs chants, les habitants de la Grèce les enfermaient dans des vases pour se délecter.

Xénarque, de Rhodes, apprécie le bonheur de ces Insectes dans un style peu galant: « Heureux ces Insectes, dit-il, car leurs épouses sont muettes! »

Hercule s'emportait en imprécations contre les Cigales ; Virgile avait peu de goût pour elles, car il se plaint de leurs bruits qui « retentissent » à travers les buissons.

Des écrivains plus récents ne se sont pas montrés plus enthousiastes de leurs cris. Voici du moins ce que Shaw écrit à leur sujet : « A partir de midi jusqu'au soir, pendant les chaleurs de l'été, ces Insectes font entendre un bruit'tellement insupportable, un vacarme si intolérable, que les oreilles vous en tintent. Ces Insectes, les plus redoutables à cet égard, s'installent parmi les branches et ne cessent de troubler pendant deux ou trois heures consécutives le repos et la méditation auxquels on consacre généralement ces heures sous ce ciel chaud de la Berbérie. Les Tetti.c des Grecs, — les Naturalistes modernes ont réservé l'ancienne dénomination de Tettixh de petits Or thoptères Acridides (1), — étaient sûrement des êtres essentiellement différents et doués d'un chant autrement suave et mélodique ; sans cela les beaux parleurs qu'Homère comparait aux Cigales ne seraient que des crieurs bavards et assourdissants. »

On peut répéter ici ce qui a été dit à propos des Sauterelles. Chaque espèce émet ses sons propres, et l'impression qu'on éprouve dépend du nombre des musiciens, des temps de silence qu'ils observent et des dispositions musicales de l'auditoire.

Si nous passons à l'étude de l'appareil sonore des Cigales, nous voyons que les anciens s'en formaient déjà une idée, puisque Aristote déclare que leur chant est produit par la pression

(1) Voy. t. Vn, p. 434.

de l'air sur une membrane tendue^au niveau d'un segment abdominal. yElian dit : « Tandis que certains Oiseaux chantent, comme l'Homme, avec la bouche, les Cigales produisent leurs sons à l'aide de leurs hanches. »

« On sait aujourd'hui, dit Saignes (1), que les Cigales ne chantent point; on sait du moins que les sons qu'elles rendent ne sont point de la musique vocale, mais de la musique instrumentale. Ce n'est ni dans la poitrine, ni dans la gorge, ni dans les organes destinés habituellement au chant, que la nature a placé leur faculté musicale, mais dans le ventre , car les Cigales sont de véritables ventriloques. »

En réalité deux écailles coriaces(fig. 1595 1590), nommées opercules ou volets v de Réaumur, qui s'appliquent, sans articulation, contre le trochanlinde la patte postérieure, occupent toute la base de l'abdomen, ce sont des prolongements de l'épi mère ; chacune d'elles recouvre un grand orifice annulaire situé sur le premier segment abdominal et fermé en bas par une membrane frêle ou miroir mi. En haut, à la face externe se trouve un châssis écailleux relié en plusieurs points à la paroi interne ou entogastre enl et sous-tendant une membrane plus résistante à plis longitudinaux, la membrane plissce m.pl. En dehors, cet organe est protégé par les expansions latérales de l'anneau dont la face dorsale est prolongée en avant par trois lobules, qui ne sont pas en contact avec cet appareil. A la base de chacun des volets, se trouve cachée au-dessous des cuisses postérieures, de chaque côté du stigmate aérien métathoracique st, une fente très longue, ouverture de la caverne c aux bords chitineux supérieurs de laquelle se trouve fixée une membrane, la timbale; les timbales peuvent être animées de vibrations sonores sous l'influence de muscles découverts par Réaumur ou muscles moteurs de la timbale ; la membrane plissée tendue dans son châssis, ainsi que la membrane tendue, le miroir, au fond de la grande cavité, répètent, en les renforçant notablement, les sons produits.

M. Carlet, professeur à la Faculté de Grenoble, dans une excellente étude sur l'appareil musical de la Cigale, le définit ainsi : « L'instrument de musique de la Cigale est un tambour à deux peaux sèches et convexes (timbales) dont l'Insecte joue en contractant simultanément deux muscles (muscles ries timbales), qui vont du centre de l'instrument à chacune des peaux.

(1) Salgues, Des erreurs et des préjugés, 4e édition. Bruxelles, 1830. t. III, p. 296.

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