LE PHYLLOXERA DU CHÊNE
tion d'aucun Mâle. Au mois d'août, on trouve parmi les Pucerons aptères quelques individus émanés de Larves que rien ne différencie des autres dans leur premier Age, mais qui se distinguent des Insectes précédents par l'apparition de rudiments alaires et par leur couleur rougeâlre. Ces Nymphes donnent naissance à des Femelles ailées (flg. 1634 .
Les Phylloxéras ailés, ainsi que l'a observé M. Balbiani, ne séjournent généralement à la surface dos feuilles que le temps nécessaire à la consolidation de leurs téguments et de leurs ailes encore molles. Sauf de rares exceptions il n'y déposent pas leurs Œufs. La durée de leur séjour paraît dépendre beaucoup de l'état de l'atmosphère. Maison les Phylloxéras ailés vontils déposer leurs OEufs? Ils se comportent à cet égard comme les individus aptères dont nous parlerons dans un instant, et, comme ceux-ci, ils vont chercher les parties abritées des branches et des rameaux pour y cacher leur progéniture. Telle est, en résumé, l'histoire de la première phase du développement du Phylloxéra du Chêne (1).
D'après les récits de Lichtenstein, au commencement de septembre, ces Pucerons ailés disparaîtraient tous à la fois en une seule nuit ; s'enfuyant vers le Sud, ils iraient se rassembler en masses sur les Quercus coccifera qui poussent sous forme de buissons dans les gangues pour y déposer leurs Œufs.
Ainsi donc, il y aurait émigration sur une autre espèce de Chêne ; mais M. Balbiani affirme que cet Entomologiste a été le jouet d'une illusion, que ce Phylloxéra passe son existence sur une même espèce de Chêne et souvent sur un même pied, et que le Phylloxéra du Chêne Kermès est une espèce distincte (Phylloxéra Lichtensteini) : Taschenberg a fait à ce sujet une remarque fort juste : « L'émigration du Phylloxéra du Chêne sur les espèces de Chênes propres aux contrées plus méridionales ne me paraît pas être indispensable à leur évolution ; car j'ai observé ces Pucerons aussi bien à Erfurt qu'a Naumburg au milieu du mois de juin 1876, et je ne saurais dire s'ils doivent s'envoler du centre de l'Allemagne pour gagner les Chênes Kermès qui poussent seulement sur les montagnes des pays les plus méridionaux de l'Europe. » Quoi qu'il en soit, ainsi que l'a découvert
(1) M. Balbiani a Men voulu nous confier ses dessins; qu'il veuille bien agréer nos meilleurs remerclments.
M. Balbiani, ces Femelles ailées parlhénogénésiques (lig. 1634) pondent bientôt des Œufs de deux tailles différentes ifig. 1635 et 1636 ; les plus grands conservent une couleur jaune clair, tandis que les petits prennent une teinte rougeâtre. Les créatures qui en éclosent (fig. 1637 et 1638) peu de temps après répondent, au point de vue de la taille et de la coloration, aux Œufs dont elles émanent; elles sont extrêmement agiles, et ne portent pas trace ni de rostre, ni d'organes digestifs; aussi ces Animaux ne prennent aucune nourriture, ne subissent aucune mue, restent par conséquent toujours à l'état aptère et conservent la taille qu'ils avaient à la naissance. Mais ils présentent des différences sexuelles, et leur appareil générateur offre un développement très avancé lorsqu'ils viennent au monde. Les Insectes les plus petits sont les Mâles lig. 1638», qui s'accouplent successivement avec plusieurs Femelles et succombent ensuite. Les Femelles (fig. 1639] plus grandes leur survivent quelques jours, et meurent après avoir pondu chacune un Œuf unique, que M. Balbiani a nommé « Œuf d? hiver », qu'elles abritent entre les écailles des bourgeons ou dans les crevasses de l'écorce. Cet Œuf, d'une teinte jaune, a des dimensions relativement très grandes, car il occupe la moitié du corps de la Femelle.
Au printemps suivant, dès les premiers jours d'avril, la vie s'éveille en lui; il donne issue à un jeune Phylloxéra, de couleur brune, avec les antennes et les pattes noirâtres, pourvu d'un long et robuste suçoir, et orné sur la tête de trois paires d'appendices frontaux cylindriques incolores. Après plusieurs mues, il devient une mère ornée de tubercules et ressemble complètement aux Femelles aptères des générations d'été; logée dans un repli du bord de la feuille recourbée en dessous, repli déterminé par sa piqûre, cette mère parthénogénésique pond sous cet abri, — c'est une habitude propre seulement aux individus de la première génération, — dans les derniers jours d'avril ou dans les premiers jours de mai, 150 à 200 ÛEufs et meurt aussitôt après. Quatre à six jours plus tard apparaissent de petits Pucerons qui se fixent sur les feuilles et croissent très rapidement. Le cycle de leur évolution recommence alors au point où nous l'avons pris au début de notre description.
« Or, si l'on considère, fait remarquer M. Balbiani, que sur un seul petit rameau por-
LE PHYLLOXERA DE LA VIGNE
tant 15 feuilles j'ai compté douze Femelles en tout, pondant chacune le nombre d'OEufs indiqué plus haut, on comprendra facilement comment, bien que peu nombreuse par ellemême, la génération sortie des OEufs qui ont hiverné peut néanmoins produire rapidement une descendance qui se répandra bientôt sur toutes les feuilles de l'arbre, si rien ne vient entraver sa libre multiplication. »
PHYLLOXERA DE LA VIGNI
VASTATRIX.
Heb-L'ius.