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par d'autres viticulteurs, que les vignes françaises greffées sur des porte- greffes américains donnaient plus que par la production directe. Ainsi, dans le champ dont nous venons de parler, la production directe était autrefois de 150 à 100 hectolitres par hectare ; il estime que cette année elle atteindra 220 hectolitres, et celte appréciation ne nous paraît avoir rien d'exagéré. »

M. Armand Lalande est visiblement conquis aux cépages américains. Après avoir constaté que le Jacquez fait merveille dans le Midi, il reconnaît qu'il ne donnerait peut-être pas les mêmes résultats dans le sud-ouest; il manifeste également une certaine indécision quand il s'agit de désigner la variété à utiliser comme porte-greffe dans la même région. « Le lîiparia pourra probablement être employé partout avec avantage, mais il est possible que, dans certains terrains, le Viala et le Solonis réussissent mieux encore. »

Ces réserves sont évidemment fort sages, car on est encore loin de connaître les conditions de climat et de sol, favorables à toutes ces variétés de vignes exotiques ; le temps n'a point encore fait son œuvre. Citons un exemple à l'appui. M. E. Raymond, propriétaire à Sainte-Eulalie d'Eymer, reconnut en 1875 que ces vignes étaient attaquées. 11 essaya des insecticides sans parvenir à conjurer le fléau, et décidé à user des cépages d'outre-mer, il planta un millier de Clintons. Pendant les deux premières années, ses boutures prospérèrent ; à la troisième, la végétation s'arrêta, les pampres devinrent chélifs et rabougris ; cette variété succombait sous les atteintes du Phylloxéra comme notre Vigne indigène.

Cependant, en visitant sa plantation défaillante, le propriétaire découvrit une soixantaine de ceps dont la vigueur exubérante tranchait très curieusement sur la défaillance des Clintons, et dont le feuillage ne ressemblait en rien à celui de ces derniers ; il en soumit des échantillons à MM. Millardet et Champin, qui reconnurent un hybride de Riparia •sauvage et de Jiupestris, véritable type d'immunité au Phylloxéra. C'est avec ces portegreffes et quelques autres variétés que M. Raymond a entrepris de reconstituer son vignoble. Jusqu'à présent, il n'a pas vu se renouveler les déceptions qu'il devait au Clinton et, s'appuyant sur cette expérience de trois années, il engage ses confrères à l'imiter.

Si les partisans de la transaction avec l'en-

nemi sont nombreux, les partisans de la lutte à outrance ne sont pas moins ardents à la besogne ; mais il est évident qu'il y a contradiction ; les premiers ne vont-ils pas fournir à perpétuité des colonies de Phylloxéra à ceux qui auront réussi à sauver leurs cépages indigènes, les obliger à soutenir de continuels assauts, les contraindre à pratiquer chaque année un traitement antiphylloxérique et par conséquent les grever de frais de manipulations et de main-d'omvre dispendieux?

Quels sont donc les procédés qui peuvent réellement être préconisés pour sauver la Vigne des atteintes du Phylloxéra?

Le premier des viticulteurs auquel on est redevable d'une méthode rationnelle pour détruire le Phylloxéra est M. Faucon. Après avoir constaté expérimentalement que les Pucerons des racines et leurs OEufs enfermés dans des tubes périssaient après 40 et 45 jours d'immersion dans l'eau, il eut l'idée de submerger pendant l'hiver ses vignobles placés non loin du canal des Alpines, la réussite fut complète et sa propriété sauvée de la ruine. Cette propriété du Mas de Fabre, à Graveson, d'une contenance de 23 hectares, donnait en 1808, première année d'invasion, 40 hectolitres, la- deuxième 35 ; submergée, sa production remonte en 1870 à 120 hectolitres; submergée et fumée en partie elle s'élève à 550 hectolitres et suit toujours une marche ascensionnelle, interrompue seulement par les gelées printanières, ainsi que l'indique le tableau suivant :

année

de submersion

869 hectolitre

— (gelée).

— (gelée).

9° — — (gelée). 1135 — 10e 11" et 12e (1879 à 1881) 1500 h 2200 —

La submersion aujourd'hui a fait ses preuves, et même lorsqu'on est obligé d'acheter l'eau des compagnies concessionnaires de canaux, ou de recourir à l'emploi d'une force motrice pour élever l'eau, elle ne grève pas le viticulteur de frais considérables; on estime ia dépense à 200 ou 250 francs par hectare, mais la récolte rapportant 2000 à 2500 francs par hectare n'est-on pas largement rémunéré? On peut affirmer avec certitude que tous les vignobles submersibles peuvent être sauvés des

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atteintes funestes du Phylloxéra, même en pays ravagé.

Malheureusement les vignobles situés dans les plaines basses ne constituent qu'une faible parlie du territoire planté en vignes; tous les crus supérieurs sont situés sur le penchant des collines ; comment sauver ceux-ci des atteintes de l'ennemi.

On doit à M. Paul Thénard d'avoir proposé l'emploi d'un puissant insecticide, le sulfure de carbone; mais ce ne fut pas sans difficulté que l'on put trouver les moyens d'introduire dans le sol ce liquide éminemment volatil, — d'autant mieux qu'on agissait empiriquement sans étude préalable, — et surtout que l'on réussit à faire accepter des vignerons l'emploi de cet ingrédient nauséabond, éminemment inflammable, dont le prix de revient était à l'origine assez élevé. Cependant les résultats des expériences entreprises en 1876, par M. Marion, professeur à la Faculté des sciences de Marseille, furent assez satisfaisantes pour déterminer le Directeur général de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, M. Paulin Talabot, à favoriser l'emploi du sulfure de carbone dans la grande culture.

« Il faut rendre hommage à M. Talabot, rapporte M. Barrai; c'est lui qui a été l'instigateur et l'âme de toute cette organisation à laquelle 10,000 hectares de vignes doivent dès aujourd'hui leur salut. M. Talabot a soixante-dix-neuf ans, et il est absolument aveugle depuis trois ans ; mais au fond de son cabinet, il voit clair dans sa cécité, et il a compris l'importance de mettre une organisation puissante au service de la viticulture. L'outillage, dont il a provoqué la création, est aujourd'hui demandé dans le monde entier, il va en Russie, en Italie, en Espagne, partout où l'on rencontre le Phylloxéra, même en Amérique, car les Américains commencent à traiter quelques-unes de leurs vignes (I). »

Laissons la parole à M. Marion lui-même; l'habile expérimentateur choisi par M. Talabot sera plus à même de nous instruire que qui que ce soit (2).

« Un service spécial, chargé de répondre aux demandes des viticulteurs, était en fonction à

(1) Barrai, Conférence sur le Phylloxéra, Paris, avril

(2) Marion, Application du sulfure de carbone au traitement des vignes pliyllo.rérées. Rapport sur les travaux des années ISSO et 18S1 ; Paris, 1882.

Marseille dès 1877. La fabrication du sulfure de carbone était activée par des marchés importants, les instruments nécessaires à son emploi très ingénieusement et très simplement imaginés par notre premier collaborateur, M. Gastine, étaient livrés aux propriétaires. Malgré la réputation faite au sulfure de carbone pur, les viticulteurs, revenant peu à peu sur leur première impression, firent un excellent accueil aux offres de la Compagnie de Paris-Lyon- Méditerranée.

« Celle-ci garde sans conteste l'honneur d'avoir provoqué ce mouvementqui, depuis 1877, s'est dessiné toujours d'une manière plus vive et dont l'effet le plus direct aura été de ramener aux intérêts réels de la viticulture française, si cruellement éprouvée, les pouvoirs publics hésitants et de ranimer le courage des propriétaires qui déjà renonçaient, à la lutte ou demeuraient désarmés en face d'une invasion prochaine.

« Dans cette première campagne de 1877, du 1er janvier au 30 septembre, 1,083 barils de 100 kilogrammes furent livrés aux viticulteurs, et malgré toutes les imperfections d'une méthode à son début, malgré toutes les difficultés d'un service si complexe alors qu'il s'agissait non seulement d'expédier sur tout le réseau français le sulfure de carbone et les appareils, mais encore de dresser un personnel de moniteurs, d'initier divers fonctionnaires aux questions phylloxériques et de guider les propriétaires, malgré toutes les causes inévitables d'erreur ou d'irrégularité dans des opérations culturales se rapportant à des régions, à des sols, à des vignobles si divers, les résultats obtenus furent assez satisfaisants pour augmenter le nombre des adhérents et pour amener des conversions précieuses. En 1878, dans la deuxième campagne du 1er octobre 1877 au 30 septembre 1878, le nombre des barils de sulfure de carbone employés avait doublé, et l'association viticole de Liboui ne, qui a rendu de si grands services, renonçait à ses mélanges de sulfure de carbone et de coaltar, se ralliant à la méthode préconisée par la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée. Ce succès indiscutable aux yeux de celui qui n'a pas oublié l'état de la viticulture et de. la question phylloxérique en 1875, est dû à l'activité de réminent inspecteur M. de Lamolère qui fut chargé, en 1877, d'entrer en rapports administratifs avec les propriétaires, à l'intelligence et au zèle de nos collaborateurs MM. Mazel, Cotlaet surtout

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à M. Gastine, qui nous fut associé dès 1875. 11 nous est doux d'avoir à rendre ici ce témoignage.

« Deux de nos collaborateurs, MM. Gastine et Cotta, ont été délégués par le Ministère de l'Agriculture pour diriger ces travaux dans l'Est et le Sud de la France.

« Si les opérations destinées à arrêter la progression de l'Insecte ont été bientôt reconnues inefficaces à la suite de recherches qui ont fait regretter que la lutte n'ait pas été engagée dès l'année de la découverte du Phylloxéra dans la vallée du Rhône, du moins l'énergique attitude du Gouvernement a eu pour effet direct de ranimer le courage des propriétaires frappés par le fléau, et l'institution de syndicats subventionnés par l'Etat est venue bientôt activer les opérations. Les services de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée sont restés en ces diverses circonstances à la disposition de l'administration de l'Agriculture et des viticulteurs, de telle sorte que les expéditions de sulfure de carbone faites par la gare de Marseille ont suivi, de 1877 à 1881, la rapide progression que nous retracent les chiffres suivants.

« Du 1er octobre 1877 au 30 septembre 1878, 2,3!S2 barils de 100 kilogrammes.

« Du 1er octobre 1878 au 30 septembre 1879, 3,230 barils de 100 kilogrammes.

« Du 1er octobre 1879 au 30 septembre 1880, 8,907 barils de 100 kilogrammes.

« Du 1er octobre 1880 au 30 septembre 1881 , 14,149 barils de 100 kilogrammes.

o On le voit, le sulfure de carbone, tantdécrié à la suite des expériences de Bordeaux et de Montpellier, s'est rapidement vulgarisé grâce à la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée, et il est légitime de faire remarquer que l'influence du service technique, institué à Marseille, n'a pas été bornée aux régions viticoles françaises, puisque c'est sous son inspiration, d'après son exemple ou avec son concours qu'ont été exécutés les traitements insecticides par le sulfure de carbone pur, entrepris par le Portugal, l'Espagne, l'Italie, la Suisse, l'Autriche, l'Allemagne et tout dernièrement encore par la Russie dans ses vignobles de la Crimée, sous la direction du conseiller Danilewsky, et avec l'aide d'un moniteur de Marseille.

« Bien plus, les viticulteurs américains euxmêmes, entraînés par l'exemple, ont expérimenté dans les États-Unis les opérations sulfo-

carboniques qui semblent aussi avoir poursuivi le parasite de la Vigne dans toutes les régions qu'il occupe et jusque dans son pays d'origine.

« On comprend que des travaux si nombreux et si variés, en ce qui touche aux circonstances de leur exécution, aient dû exactement nous faire connaître la valeur du procédé, nous montrant ses points faibles et nous fixant définitivement sur ce que nous devons exiger de lui. Il serait injuste de ne point accorder que le Comité de la Compagnie de Paris-Lyon- Méditerranée ait ainsi largement contribué à une solution satisfaisante de la terrible crise que subit la viticulture. Il n'a pas eu la prétention de poursuivre la recherche d'une méthode d'une application générale.

« Le problème offre une telle complexité qu'il est légitime de penser à des solutions diverses. Nous en recherchons une et nous avons le droit de dire que dans cette voie nos espérances se sont réalisées.

« La valeur des applications de sulfure de carbone pur est aujourd'hui parfaitement connue. Nous pouvons, dans la plupart des cas, à l'aide de cet agent insecticide maintenir la production de la Vigne française. Nous n'avons aucune peine à déclarer que dans des sols fortement argileux et surtout dans des terres très peu profondes, le sulfure de carbone ne produit que des effets partiels nécessitant des efforts de traitement et des augmentations de dépenses dont la Vigne peut ne pas être susceptible.

« Si nous avions à choisir nos points d'opérations, nous éviterions toujours de telles conditions et nous réserverions ces stations où la Vigne française ne végète même que faiblement, à des essais d'une autre nature, tels que ceux poursuivis par les partisans de cépages exotiques.

« Mais dans les sols profonds, riches et légers, clans les points où la Vigne française peut être soumise à une culture intensive ou dans les grands crûs, nous n'hésitons pas à dire que nous pouvons et devons avoir recours aux agents insecticides. Nous savons aujourd'hui qu'il nous est possible, au prix de soins nouveaux, de maintenir nos anciens cépages.

« Le sulfure de carbone a montré ce qu'il pouvait produire, qu'on nous permette de l'indiquer en exposant les résultats financiers d'une campagne qui semble déjà ancienne.

«Durantl'hiver 1879-1880, le syndicat vilicole de Béziers traitait, par le sulfure de carbone, 2.188 hectares.

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Fig. 16Cô. — Traitement d'une vigne phylloxérée par le sulfure de carbone (1).

«En 1880, les champs traités parle syndical deBéziers ont donné une production moyenne de 80 hectolitres à l'hectare, soit un total de 175,040 hectolitres.

« Il s'agit de plantations d'Aramons, de Carignanes ou de petits Bouchets dont la moitié au moins aurait été perdue si le sulfure de carbone n'avait été employé. Le président du syndicat lui-même n'hésitait pas à attribuer à la méthode insecticide les 87,520 hectolitres représentant cette moitié de récolte.

« Nous estimons que dès aujourd'hui la grande culture des vignes françaises peut être reprise dans les bons sols, pourvu que l'on fasse un emploi intelligent du sulfure de carbone. Si nous avions à diriger une grande exploitation de ce genre, nous n'hésiterions pas un instant.

« Nous avons vu tous les points faibles du système, nous avons eu à cœur de nous instruire en multipliant les travaux difficiles dans des situations défavorables.

« Nous renoncerions à lutter dans les mauvaises terres, dans les argiles sèches des coteaux ; nous sacrifierions peut-être, sur un champ de 100 hectares, 1 hectare, où les foyers seraient contenus ou éteints par des opérations intensives; mais nous sommes convaincus de l'excellence des résultats que nous obtiendrions.

Bredm. — VIII.

« Si ce vignoble contenait encore des vignes atteintes, mais assez vigoureuses, nous entreprendrions leur régénération. Si les ravages du parasite étaient trop considérables, nous reconstituerions le vignoble en cépages de la région, disposant tout pour les opérations futures, et les traitements insecticides interviendraient dès la deuxième année.

« Nos premiers traitements étaient des applications simples à raison de 20 à 25 grammes par mètre carré.

«En nous basant sur l'unité desurface, nous avons cru éviter bien des difficultés au viticulteur, dont l'embarras eût été bien grand si nous avions fait intervenir dans le dosage d'un traitement le volume à imprégner de vapeurs insecticides.

«Nous supposions une profondeur moyenne de 60 à 100 centimètres de terre perméable et nos doses étaient calculées d'après les observations faites dans notre Midi où la déperdition des vapeurs actives est le plus souvent très considérable. »

Maintenant que nous avons vu quels étaient les procédés pratiques qui réussissaient dans le midi de la France, voyons quel est le mode de traitement qui convient le mieux dans les

(1) Dessin communiqué obligeamment par M. Barrai.

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départements les plus septentrionaux, dans le Rhône, par exemple. Suivons les instructions données par le Dr Crolas, professeur à la Faculté de médecine de Lyon et membre du comité d'études et de vigilance pour la destruction du Phylloxéra (1).

« L'expérience a montré que nos prévisions étaient justes en ce qu'elles s'appliquaient bien aux conditions moyennes auxquelles nous devions nous rapporter. Nous ne dirons rien de l'état physiologique des vignes en traitement, ce point étant aujourd'hui parfaitement élucidé, tous les viticulteurs comprenant bien qu'il ne s'agit pas de tenter la reconstitution de vignes desséchées comme le voulaient, en 1877, de nombreux propriétaires dans des régions aussi ravagées que le Gard, les environs de Nîmes ou que le département de Vaucluse. Mais en ce qui concerne la dose elle-même des traitements normaux, nous n'hésitons pas à déclarer aujourd'hui que la méthode s'est vulgarisée et qu'une foule de viticulteurs sont devenus suffisamment compétents dans la pratique des traitements, et qu'il est possible de réduire légèrement les quantités de sulfure toutes les fois que l'on opère dans des régions fraîches où, pour ainsi dire, toute la substance employée est utilisée. 30 grammes de sulfure de carbone dans nos terres chaudes et sèches du Midi peuvent bien ne pas produire un meilleur effet insecticide que 20 grammes dans le Beaujolais ou la Bourgogne.

« Nous devons cependant mettre les opérateurs en garde contre la tendance trop manifeste à diminuer ces dosages au point de ne plus injecter que des quantités insignifiantes de 10 à 15 grammes par mètre carré. Ces manœuvres deviendraient évidemment illusoires au point de vue insecticide.

« Elles peuvent avoir été inspirées par la crainte de nuire à la plante, mais il est évident que, là où le sulfure de carbone peut être utilement employé, la dose de 20 grammes par mètre carré est absolument inoffensive pour la vigne.

« Sans doute si le traitement est fait dans une terre argileuse et détrempée par les pluies, des accidents de végétation peuvent accompagner des traitements réglés d'après les proportions ordinaires; mais il est impossible d'éviter ces conditions défavorables.

(1) Dr Crolas, Rapport à M. le Ministre de l'agriculture, Lyon, 1882.

« Pour notre région les conditions à réaliser pour un bon traitement sont les suivantes :

« 1° Traiter les vignes dès que la présence de l'Insecte a été constatée. Nous avons, en effet, prouvé expérimentalement qu'il fallait 3 ans de traitement pour ramener à l'état normal les vignes attaquées depuis trois ou quatre ans. Tandis qu'en traitant dès la première ou la seconde année de l'invasion, on maintenait la végétation et la fructification dans l'ensemble de la vigne et on ramenait facilement les ceps des points d'attaques qui avaient faibli.

«Comme dans les régions que nous avons citées, et qui sont celles qui produisent nos meilleurs vins, la majorité des vignes est ou encore indemne ou envahie seulement depuis un an ou deux il est important que les viticulteurs, s'associant immédiatement, forment des syndicats et organisent un traitement général.

« Nous n'insisterons pas sur la nécessité de ces mesures qui seules peuvent assurer la conservation de nos grands crûs.

« 2° Traiter l'ensemble des vignes envahies, et non pas seulement les taches.

« 3° Appliquer le sulfure de carbone à la dose de 20 grammes par mètre carré, ne jamais dépasser 25 grammes.

« 4° Faire les injections entre les ceps de façon à comprendre chacun d'eux entre quatre trous, en évitant de toucher la souche avec le pal injecteur.

« On évitera facilement cet inconvénient en l'introduisant à égale distance des deux ceps.

« 5° Faire le traitement de fin octobre à fin mars.

« Il est indispensable :

1° De suspendre les applications de sulfure dès les premières gelées, pour éviter le séjour trop prolongé des vapeurs toxiques dans le sol.

«2° De cesser égalementle traitement dès que la sève se met en mouvement. C'est ici le lieu de dire que des expériences faites ces derniers temps ont prouvé que l'on pouvait, sanscrainte, faire des traitements d'été, en n'employant que de faibles doses, 18 à 20 grammes par mètre carré.

« Nous conseillerons surtout d'appliquer ces traitements d'été aux taches qui se manifestent après le premier printemps; de cette façon, on s'opposera utilement à l'envahissement par les Insectes ailés.

« 6° Avoir soin de toujours laisser égoutter les terrains forts qui retiennent longtemps

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l'eau après les pluies ou la fonte des neiges.

« Cette recommandation est des plus importantes ; un grand nombre des insuccès observés, il y a deux ans surtout, avaient pour cause unique des applications de sulfure dans des terrains contenant de fortes proportions d'argile et saturés d'eau.

7° Cultiver avec soin les vignes atteintes et les fumer convenablement surtout la première année de traitement.

« 11 nous parait aujourd'hui démontré que, dans deux cas seulement, on ne doit pas appliquer le sulfure, parce que l'on n'en retire pas des avantages en rapport avec la peine occasionnée par le traitement; ce sont les suivants :

« 1° Lorsque la vigne est plantée dans un sol profond de moins de 30 centimètres avec soussol imperméable.

« 2° Lorsqu'elle est plantée dans un terrain composé d'argile grise ou plastique; nous devons remarquer que fort heureusement les plantations qui sont dans ces conditions représentent une petite minorité.

« Nous redirons, en terminant ce travail, que nous sommes convaincus, et avec nous les expérimentateurs et viticulteurs qui ont suivi avec attention ce qui a été fait ces deux dernières années soit par l'administration, soit par les particuliers, que l'on peut défendre les vignes françaises à l'aide du sulfure de carbone et que la dépense occasionnée par le traitement peut être supportée par la grande majorité des vignes. »

Voici en résumé comment, d'après M. Barrai, s'effectue le traitement d'une vigne par le liquide insecticide :

<( Pour transporter le sulfure de carbone, un baril spécial a été construit (fig. 16C5) : il pèse vide 35 kilogr, plein 135. On tire le sulfure de carbone par un robinet, en ayant soin de donner de l'air par la partie supérieure , on prend ainsi la quantité de liquide voulue.

« Le pal, inventé par M. Gastine (fig. 1GG6), est muni de tous les accessoires, la clef, les robinets, les rondelles, les ressorts, etc., qui peuvent être remplacés s'ils se détériorent pendant le travail. La figure 1663 vous montre une vigne dans laquelle le traitement fonctionne; un ouvrier enfonce le pal dans la terre et un autre ouvrier, qui le suit avec un bâton, bouche au fur et à mesure les trous pour éviter l'évaporation du sulfure de carbone dans l'air. On peut ainsi faire autour de chaque pied, un, deux

ou trois trous et y déposer exactement la quantité de sulfure de carbone qu'on veut donner, 10, 15, 20 ou 25 grammes selon qu'on veut opérer son traitement plus ou moins énergique. Il n'y a de difficulté que dans les terrains où l'on rencontrerait la pierre. »

L'emploi du sulfure de carbone n'étant pas possible dans tous les terrains, soit à cause de leur constitution géologique, soit à cause de leur consistance pierreuse qui ne laisse pas passer le pal injecteur, on a cherché à tourner la diffi-

Fig. 1CGG. — Pal Gastine servant à 1 injection du sulfure de carbone au pied des ceps pliylloxérés.

culte. M. Dumas a proposé d'employer à sa place un de ses composés, le sulfo-carbonate de potassium qui mêlé à l'eau peut être introduit facilement dans le sol et a cet avantage de ne se décomposer que lentement sous l'influence de l'acide carbonique ambiant et en dégageant peu à peu du sulfure de carbone qui reste libre, en produisant de l'acide sulfhydrique qui se dégage ou reste dissous dans l'eau, et en laissant dans le sol du carbonate de potasse; de telle sorte que l'on a d'une part un excellent insecticide agissant graduellement, de l'autre un excellent engrais indispensable à la Vigne. L'emploi du sulfo-carbonate de potassium a soulevé les plus grandes objections ; l'élévation de son prix, la nécessité de le dissoudre dans

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l'eau entraînant des trais de manutention et de transport dispendieux, semblaient le rendre impropre à combattre le Phylloxéra. Le grand obstacle, on le trouvait surtout dans la difficulté d'amener dans le vignoble l'eau nécessaire à la diffusion de la substance. Cet obstacle a été heureusement surmonté par l'introduction du système de canalisation portative de l'ingénieur Humbert ; l'eau arrive à pied d'œuvre quelles que soient son altitude et la distance à franchir; nécessairement les prix énormes des premiers traitements ont singulièrement diminué; ces prix flottent aujourd'hui dans le Bordelais, à cause des nombreux modes de culture, entre 200 et 450 francs par hectare ; dans la région du Midi, leur moyenne a été, par hectare, de 307 francs.

En même temps, l'efficacité des sulfo-carbonates s'affirmait victorieusement partout où ils étaient appliqués avec constance. Ils ont permis à M. Teissonnière, secrétaire général de la Société des agriculteurs de France, de sauvegarder son vignoble de la Provenquière, dans un milieu absolument dévasté, et d'y recueillir, en 1882, la même quantité d'hectolitres qu'il récoltait avant l'invasion du fléau. Dans le Bordelais, où la Société générale, dans le but de démontrer l'efficacité du système, avait amodié 11)7 hectares de vignobles en quatre années, et malgré des circonstances atmosphériques défavorables, la production, avant le traitement complètement insignifiante, s'élevait, en 1881, à 427 hectolitres. M. Falières, rapporteur de la commission du congrès phylloxérique de Bordeaux, ayant visité ce vignoble, disait à son propos: «Quels n'ont pas été l'étonnement et la satisfaction du rapporteur, pleinement partagés par tous ses collègues, en trouvant des vignes en bon rapport, au lieu des troncs desséchés et stériles que sa mémoire lui rappelait! »

Ces antécédents ont porté leurs fruits. En 1882, les sulfo-carbonates, qui en 1878, à leurs débuts, n'étaient appliqués qu'à 28 hectares, en ont traité 2,225 à l'aide des appareils mécaniques de la Société; 175 hectares ayant été traités par leurs propriétaires, l'ensemble du traitement embrasse donc près de 2,400 hectares. Son emploi nous semble appelé à s'étendre de plus en plus. La parfaite innocuité des sulfo-carbonates, qui ne tuent jamais la malade qu'ils ont mission de délivrer de son parasite, leur action puissante sur la végétation et la fructification, les désignent aux préfé-

rences des maîtres de crus d'élite auxquels la richesse de leur production permet de ne pas regarder aux frais du traitement. Dans les conditions qui sont les leurs, ils doivent à tout prix conserver ce qu'ils possèdent et ne rien livrer à l'inconnu. Aussi ne sommes-nous nullement étonné de voir figurer sur la liste des contrats de la Société générale de reconstitution viticole tous les grands noms de l'illustre Médoc : les Châteaux Laffite et Margaux ; les Pontet-Canet, Chàteau-Lenaihac, Clos d'Estournel, Mouton d'Armailhacq, etc.

Il faut espérer que ces frais encore élevés ne tarderont pas, en s'abaissant, à permettre aux sulfo-carbonates de se vulgariser dans une certaine mesure. Ce problème, la Société en poursuit activement la solution. Le prix de 60 fr. les 100 kil. dont il a fallu l'année dernière les payer a pris la plus grosse part des chiffres indiqués par M. Mouillefert. La création d'une usine considérable à Bergerac (Dordogne) le fera descendre à environ 35 francs. Cette usine peut actuellement produire cinq millions de kilogrammes, représentant les quantités nécessaires au traitement de 40 millions de ceps et on nous assure que cette production pourrait être doublée à bref délai, sans nécessiter autre chose que des additions insignifiantes de bâtiments et de matériel.

Récemment un procédé nouveau a fait son apparition; il paraît simple, très peu coûteux et serait d'une remarquable efficacité, ajoutet-on. Les viticulteurs du Midi l'ont déjà expérimenté sur plusieurs points et se déclarent satisfaits. Il convient, croyons-nous, d'attendre pour le juger les résultats de la campagne qui s'ouvre. Voici en quoi il consiste. A l'aide d'une vrille on pratique un trou oblique dans le cep, d'un centimètre de profondeur environ, en se gardant d'atteindre la moelle. On relire la vrille qui, étant munie d'une gorge creuse, ramène au dehors la sciure du bois. L'ouverture ainsi faite crée clans l'intérieur du cep une chambre d'absorption. On y place un petit entonnoir dans lequel on verse de l'eau phéniquée au centième. Dans un temps plus ou moins long, qui ne dépasse pas trente ou quarante-huit heures la vigne devientphénolée; elleempoisonnepar succion les Phylloxéras. Toutes ses fonctions se relèvent à la fois, sans modifier en quoi que ce soit les qualités naturelles du raisin et du vin. Plus de trois cents propriétaires en ont fait l'expérience en grande et en petite culture au prix maximum d'un centime par cep.

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L'inventeur du procédé est le docteur Mandon, professeur à l'Ecole de médecine de Limoges. Nous aurons sans doute l'occasion de revenir sur ce sujet : les contradicteurs surgiront; il y en a déjà : les uns allèguent la théorie de l'absorption de la circulation de la sève; les autres invoquent le dangerde communiquer au raisin et au vin l'odeur du phénor; les autres nient la destruction complète des Pucerons ou de leurs Œufs; les autres racontent que l'entonnoir, au lieu de se vider, se remplit, ou bien que le liquide y reste stationnaire; il y en a enfin qui affirment quesi l'eau est suffisamment phéniquée pour détruire l'Insecte, elle tue la Vigne en même temps, et que, si elle est insuffisamment phéniquée pour tuer la plante, elle laisse subsister assez de Pucerons pour rendre le traitement illusoire.

Dans ces critiques, il y a lieu de distinguer celles qui sont théoriques de celles qui sont pratiques. « Aux premières, il suffit, fait remarquer judicieusement M. de Cherville (1), d'opposer sans discussion le résultat pratique. 11 ne s'agit pus de savoir théoriquement si ceci ou cela est possible, mais bien de s'assurer pratiquement que ceci ou cela se réalise. Lesobjections pratiques doivent être examinées au contraire avec le plus grand soin : il faut, par exemple, qu'on sache très précisément la proportion du phénol à mélanger avec l'eau, la manière de préparer ce mélange, toutes les conditions à remplir pour pratiquer l'ouverture dans le bois du cep, etc. »

Tous les procédés que nous venons de faire connaître ont pour objet essentiel la destruction des Phylloxéras qui s'attaquent aux racines de la Vigne; il importe cependant d'atteindre l'ennemi à l'origine et de chercher par tous les moyens possibles à faire périr les UEufs d'hiver ou à s'opposer à leur éclosion pour éviter de voir se perpétuer à l'infini les facultés prolifiques du Puceron dévastateur.

M. Balbiani (2) s'est particulièrement attaché à faire ressortir l'intérêt qu'il y aurait à anéantir les germes des colonies d'hiver.

La commission supérieure du Phylloxéra, qui a déjà si heureusement pris la direction de la lutte contre les Insectes vivant à l'intérieur du sol, se jugeant suffisamment éclairée sur le rôle des formes aériennes du parasite, a pensé qu'il y avait également lieu de fonder

(1) De Clierville, Temps, 27 février 1883. (?) Balbiani, La destruction de l'œuf d'hiver du Phylloxéra. Rapport adressé à M. le ministre de l'Agriculture.

un traitement rationnel d'après les données acquises à cet égard. Des expériences officielles ont été entreprises sous la direction de M. Balbiani en vue d'étudier les moyens capables d'arrêter la propagation de ces Phylloxéras aériens, et notamment de l'OEuf d'hiver qui est leur forme ultime la plus dangereuse, mais heureusement aussi celle qui laisse l'ennemi le plus longtemps à notre portée et où il est le plus facile de le saisir.

M. Balbiani a pensé que la meilleure voie à suivre était de procéder comme il a été fait pour la recherche des modes de traitement contre les Phylloxéras radicicoles, c'est-à-dire de commencer d'abord par des essais dans le laboratoire, avant de les porter sur le champ d'expérience de la grande culture.

« Parmi les moyens proposés contre l'OEuf d'hiver, les principaux sont : la décortication superficielle des souches, le flambage des écorces et le badigeonnage avec des substances insecticides. L'essai des deux premiers procédés ne peut guère être tenté que durant l'époque même où ils devront être mis en usage, c'est-à-dire pendant la saison froide. A ce moment, l'écorce des ceps recèle des OEufs d'hiver, et l'arrêt de la végétation rend inoffensives ces opérations qui, pratiquées sur des plants en plein état de végétation, pourraient ne pas se faire sans dommage pour ceux-ci. Il est, au contraire, possible d'étudier en toutes saisons les conditions que, pour être efficaces, doivent remplir les substances employées aux badigeonnages. Ces conditions sont au nombre de deux :

1° La substance, tout en étant inoffensive pour la Vigne, doit être un toxique pour les OEufs, soit par son contact direct, soit parles vapeurs qui en émanent ;

2° Elle doit être douée d'une puissance de pénétration assez grande pour imbiber facilement tout le tissucortical et aller atteindre les OEufs jusque dans leurs retraites les plus cachées de l'intérieur de l'écorce. Depuis longtemps, l'huile lourde de houille a été indiquée comme remplissant ces deux conditions, et, dès 1876, je l'avais moi-même préconisée pour le badigeonnage des vignes et institué quelques expériences pour régler son mode d'emploi (I). Vers la même époque, M. Boileau l'a employée sur une grande échelle dans ses expériences du Libournais, et, plus récem-

(1) Comptes rendus dr f Académie des sciences, 187U.

LE PHYLLOXERA DE LA VIGNE

raent,M.ProsperdeLaffite a fait aussi un grand nombre d'essais avec la même substance.

« Le liquide préconisé par ces deux expérimentateurs est un mélange d'eau et d'huile lourde dans la proportion de 4 p. 100, additionné d'une certaine quantité de carbonate de soude pour produire la saponification de l'huile lourde ; mais cette saponification est très incomplète; par le repos, les deux liquides tendent à se séparer, et si l'on n'a pas soin d'entretenir sans cesse l'homogénéité du mélange par l'agitation avec le pinceau, on est exposé à employer, suivant la couche où plonge celui-ci, tantôt un liquide inerte, tantôt une substance mortelle pour la Vigne. C'est ainsi que s'expliquent les accidents causés dans les vignobles de la Gironde par ce mode de traitement, accidents qui l'ont fait abandonner par l'inventeur lui-même et qui depuis n'ont cessé de peser sur la question de l'OEuf d'hiver, en faisant croire à l'impossibilité de trouver une substance capable de tuer des OEufs sans tuer la Vigne elle-même.

« M. de Laffltte a montré que ces accidents pouvaient être facilement évités par une application méthodique du mélange d'huile lourde et d'eau, maiscelui-cin'enconstiluepasmoins, par sa composition même, un dangeréventuel, et, dans une question de cette importance, il est plus prudent de s'en rapporter à la substance qu'à la main chargée de l'appliquer. Mais il existe, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, un motif plus grand pour renoncer à son emploi.

« Avant d'exposer nos observations à cet égard, il convient d'abord d'indiquer le mode opératoire dont nous avons fait usage dans ces essais.

« Ne pouvant agir dans cette saison sur des ceps chargés d'OEufs d'hiver, nous avons tourné la difficulté en employant une méthode dont je m'étais déjà servi dans mes recherches antérieures sur les badigeonnages insecticides (1).

« Nous avons remplacé les OEufs d'hiver par des OEufs ordinaires, abondants dans la saison actuelle, du Phylloxéra radicicole. A cet effet, un certain nombre de ces OEufs étaient déposés à la face interne de lamelles d'écorce préalablement humectées pour faire adhérer les OEufs, et ces lamelles étaient ensuite ajustées, à l'aide de ligatures, sur la partie

(1) Comptes rendtts de l'Académie des sciences, 187G.

dénudée du bois. Cela fait, le cep recevait sur toute la surface de son système ligneux un badigeon avec la substance dont on voulait éprouver l'action. Il était ensuite abandonné à lui-même pendant deux ou trois jours, temps plus que suffisant pour que la substance épuisât son action sur les OEufs. Les lamelles corticales étaient alors détachées, les OEufs enlevés et placés dans un petit tube plein d'eau pure. Cette dernière précaution avait pour but de faciliter l'éclosion des OEufs qui auraient résisté à l'action du toxique et de permettre de retrouver aisément dans l'eau les jeunes phylloxéras éclos.

« Voici maintenant les résultats obtenus avec les diverses substances que nous avons employées en badigeonnage.

« 1° Mélange d'eau et d'huile lourde à 4 p. 100, d'après les formules de MM. Boiteau et de Laffitte. Ce mélange ne possède qu'une très faible puissance de pénétration, à raison de la grande quantité d'eau mêlée à l'huile lourde. Aussi l'imbibition des écorces a toujours été très superficielle; le liquide glissait à leur surface presque comme de l'eau pure, sans pénétrer jusqu'à la face profonde sur laquelle les OEufs étaient déposés. Cette face restait sèche ou n'était mouillée que sur une petite étendue de sa périphérie par le liquide qui avait passé par infiltration entre les lamelles et l'écorce. Il en résultait que les OEufs placés à la périphérie étaient seuls atteints et détruits, tandis qu'au centre ils restaient hors de la portée du liquide et conservaient toute leur vitalité, comme le prouvaient les nombreuses éclosions qu'ils donnaient après avoir été placés dans l'eau.

«En augmentant progressivement la proportion d'huile lourde du mélange, on accroissait corrélativement sa puissance de pénétration, et les OEufs épargnés devenaient de moins en moins nombreux; mais, même en portant jusqu'à 8 p. 100 la dose d'huile lourde on obtenait encore quelques éclosions.

« Les badigeonnages convenablement faits, n'ont d'ailleurs exercé sur la vigne aucun effet nuisible.

« L'action insecticide du mélange précédent devient plus énergique lorsqu'on y ajoute, ainsi que M. Henneguy en a eu l'idée, une certaine quantité d'alcool méthylique ou esprit de bois qui dissout une partie de l'huile lourde. L'imbibition des écorces devient plus profonde et plus uniforme, et un petit nombre d'OEufs seulement

LE PHYLLOXERA DE LA VIGNE

échappent au traitement. Nous n'avons pas multiplié nos essais avec ce liquide, pensant que son prix de revient serait trop élevé pour qu'il pût être employé dans la grande pratique.

« & Solutions de suif o-carbonate de potassium. Ce sel a été pris à la fabrique de M. Gélis, atin de l'avoir à un plus grand état de pureté et doué de toutes ses propriétés insecticides. Nous l'avons employé à deux degrés différents de concentration, en solution aqueuse à 1/10 et à 1/5.

« Appliquées à l'aide d'un pinceau à la surface du bois du cep, aucune de ces deux solutions n'a montré une puissance de pénétration supérieure à celle des mélanges aqueux d'huile lourde.

« De même que pour ces derniers, les lamelles d'écorce n'étaient généralement mouillées qu'à la périphérie de leur surface profonde, et, lorsqu'elles l'étaient également au centre, c'était non par imbibition à travers leur épaisseur mais grâce à l'infiltration du liquide par les fissures de l'écorce. La solution du sulfocarbonate étant étalée en couche mince au contact de l'air, condition commune à toutes substances employées sous forme de badigeonnage, son action insecticide s'épuise beaucoup plus vite que lorsqu'elle est injectée à l'intérieur du sol. D'ailleurs, dans le sol même, un grand nombre d'OEufs sont épargnés, ce qui est la principale cause des réinvasions dites d'été ; à plus forte raison en est-il ainsi des OEufs cachés à l'intérieur de l'écorce. Mais partout où le liquide peut pénétrer et se mettre en contact direct avec les OEufs, ceux-ci sont détruits et prennent suivant leur âge une teinte brune noirâtre ou blanc jaunâtre opaque. Les vapeurs de sulfure de carbone qui se dégagent de la solution agissent aussi à distance sur les OEufs les plus rapprochés de la surface, tandis que ceux plus profondément placés résistent et conservent leur vitalité.

«3° Mélange de goudron de houille, neuf 'parties, et d'huile lourde, une partie. J'avais déjà proposé ce mélange pour la destruction des OEufs d'hiver et je ne puis que confirmer de nouveau les bons résultats qu'on en retire pour le badigeonnage des vignes.

11 l'emporte sur toutes les préparations d'huile lourde qui ont l'eau pour véhicule, parce que cette substance, au lieu d'être dans un état instable comme dans le liquide de MM. Boiteau et de Laffltte, forme avec le goudron un amalgame fixe et homogène qui n'ex-

pose pas aux mêmes dangers que ce dernier liquide. Le goudron a pour effet de modérer l'action trop énergique de l'huile lourde sur la plante et de la répartir d'une manière plus égale dans le tissu de l'écorce, et de l'y maintenir plus longtemps. En détachant des lambeaux d'écorce d'uneVigne badigeonnée avecle mélange goudronné, on s'assure que leur face profonde présente la même teinte noire uniforme que la surface extérieure et que la matière a traversé presque toute l'épaisseur de l'écorce jusqu'au contact du bois. Les OEufs placés sous les lamelles corticales se sont tous montrés noirs et altérés ; mais lors môme que quelques-uns se trouveraient épargnés et viendraient à éclore, ce qui n'est pas probable, les jeunes Insectes ne pourraient circuler dans les galeries de l'écorce qui remplit une matière qui reste longtemps poisseuse et dans laquelle ils s'engluraient. La seule précaution à prendre dans l'emploi de ce mélange, c'est d'éviter son contact avec les bourgeons qui seraientinfailliblement détruits comme le sont les feuilles et autres parties vertes touchées par le pinceau. Cette condition suffit pour rendre l'opération sans danger pour la Vigne.

« Malgré les circonstances défavorables dans lesquelles nous avons opéré, en pratiquant le badigeonnage sur des plants en plein état de végétation etau cœur de l'été, ceux-ci, un mois après que le badigeonnage a eu lieu, ne présentent aucun signe de dépérissement malgré leur jeune âge (cinq à six ans) et la faible épaisseur de leur système cortical. Il suffirait d'ailleurs, si des accidents se produisaient, de diminuer la proportion d'huile lourde, car, par lui- même, le goudron est inoffensif.

«En résumé, parmi les substances dont nous avons expérimenté l'action en badigeonnage pour la destruction des OEufs d'hiver, l'huile lourde associée au goudron de houille dans la proportion de 1/10 est celle qui nous a donné les meilleurs résultats. Il est à regretter que le sulfo-carbonate de potassium ne se soit pas montré plus efficace, car les opérations agricoles eussent été simplifiées si l'on avait pu employer une seule et même substance pour le traitement interne et externe des vignes.

« Ajoutons que la faveur dont cette substance jouit à juste titre comme insecticide pour les colonies souterraines du Phylloxéra eût beaucoup contribué à triompher de l'espèce d'indifférence que la plupart des viticulteurs témoignent pour les opérations dirigées contre

LE PHYLLOXERA DE LA VIGNE

l'Œuf d'hiver, ce régénérateur et ce propagateur des colonies radicicoles. Le mélange d'huile lourde et de goudron est d'ailleurs d'une préparation et d'un emploi des plus faciles, puisqu'il suffit de mêler intimement les deux substances dans les proportions indiquées et d'étendre le mélange à l'aide du pinceau sur tout le bois pouvant offrir des retraites aux ÛEufs d'hiver à la seule réserve des bourgeons.

« La question économique est d'ailleurs toute en sa faveur ; aux usines à gaz de Paris, le prix de revient du goudron est de 15 francs et celui de l'huile lourde de 20 francs seulement les 100 kilogrammes. Dans les départements où. ces produits de la distillation de la houille ne sont pas utilisés au même degré qu'à Paris pour d'autres applications industrielles, ce prix est moins élevé encore. Ajoutons que les usines à gaz sont répandues partout et que, par conséquent, le prix de transport ne vient pas augmenter beaucoup le prix d'achat des substances.

« Un dernier avantage que présente à nos yeux le badigeonnage avec le mélange goudronné, c'est de rendre immédiatement reconnaissable tout vignoble qui a subi ce mode de traitement contre l'œuf d'hiver; je n'ai pas besoin d'insister sur l'utilité que présente ce moyen simple et rapide d'apprécier dans chaque localité la surface en vigne traitée ; c'est le diagnostic du traitement à côté du diagnostic de la maladie. »

LES CHERMÉSINES OU ADELG1NES OU PUCERONS DES ÉCORCES PROPRE- MENT DITS — CBERMESIN^

Echte Rindenlatise.

Caractères. — Les antennes comptent 5 articles ; les ailes sont disposées en toit pendant le repos; les supérieures n'ont que 3 nervures transversales; l'abdomen ne porte ni cornicule, ni petite queue.

LES CHERMES OU ADELGES — C HE RM ES OU ADELGES (1)

Caractères. — Ce genre unique a les caractères de la tribu.

(1) Le nom de Chermes ou Kermès aété improprement donné à ces Pucerons et doit Être réservé à certains Coccidçs.

L'ADELGES DES SAPINS. — ADELGES A1IIETIS-

Gemeine Tanncnlaus.

Caractères. — C'est en suivant son évolution que nous apprendrons à connaître ses différentes formes.

Mœurs, habitudes, régime. — De très bonne heure, et par conséquent depuis longtemps, on a eu l'occasion d'observer les Chermès des Sapins (Chermes abietis), que nous ne diviserons pas, à l'exemple de Ratzeburg, en une espèce verte (C. viridis) et une espèce rouge (C. coccineus). A l'état aptère, cet Insecte a la dimension d'un grain de sable ; il est gonflé et inerme ; ses pattes sont courtes ; il est muni d'une trompe assez longue et d'un revêtement laineux et blanchâtre ; son aspect extérieur rappelle celui des Femelles des Coccides. II se fixe sur la base des bourgeons de Sapin (Pinus picea) qui doivent fournir au printemps prochain les « pousses de mai ». C'est là que ce Puceron passe l'hiver.

A peine éveillé de son sommeil hibernal, l'Insecte se met à sucer la plante, s'accroît, et subit plusieurs mues qui renouvellent chacune son revêtement duveteux; il reste toujours àla même place et y développe une Galle élégante (fig. 1667) dans laquelle prospère sa postérité; par suite de la succion qu'il y exerce, l'axe de la pousse de mai est raccourci. Avant que ce bourgeon soit éclos, le Chermes des Sapins commence à pondre des OEufs à coque dure munis d'un court pédicule, qui se trouvent rassemblés en tas par groupes de 200 environ, et qui sont en partie couchés parmi les filaments détachés du revêtement duveteux de l'Animal. Cette fécondité extraordinaire se rattache à l'existence d'ovaires extrêmement développés chez lesquels le microscope permet de distinguer de 20 à 24 gaines ovigères. Sitôt que les jeunes Larves ont abandonné les OEufs déposés les premiers, la mère, dont l'œuvre est terminée, succombe. Vers la seconde moitié du mois de mai, toutes les Larves sont écloses ; à ce moment les écailles qui enveloppaient la pousse de mai, actuellement dégagée, se trouvent écartées ; les Larves se portent à l'extrémité de cette pousse, enfoncent leurs trompes entre les aiguilles serrées et gonflées, et leurs piqûres achèvent l'évolution de l'excroissance végétale dont la mère a provoqué le développement. Finalement elles reposent dans les espaces cellulaires d'un cône dont

L'ADELGES des sapins.

Fig. 1663.

Fia. 167

Fig. 1667.

Fig. 1672.

Fig. 1067. — Galle formée par hypertrophie d'un bourgeon de Sapin à la suite de la piqûre de VAdelgesabietis.

Fig. 1668. — Autre exemple de Galle; l'hypertrophie du bourgeon n'est que partielle, la pousse ayant pu se développer.

Fig. 1669. — Larve d'Adelges contenus dans une de ces Galles, de grandeur nat.

Fig. 1670. - La infime, grossie.

Fig. 1671. — La même, plus développée et très grossie.

Fig. 1672. — Larve venant de se transformer en Nymphe

et portant encore sa dépouille, très grossi. Fig. 1673. — Individu ailé, de grand, nat. Fig. 1674. — Individu ailé, très grossi.

Fig. 1667 à 1674. — Les Adelgines (Adelges) et les Galles qu'on observe sur les Sapins.

l'aspect rappelle celui de l'Ananas (fig. 1668). Les cônes de ce genre recouvrent parfois entièrement la cime des jeunes Sapins dont ils entravent puissamment le développement régulier.

LesLarves qui vivent dans ces Galles (fig. 1669, 1670 et 1671 sont plus grêles que leur mère, plus mobiles aussi; car elles changent de place fréquemment; elles sont revêtues également de filaments laineux et blanchâtres, mais plus courts. Elles subissent plusieurs mues et acquièrent des rudiments d'ailes (fig. 1672) ; mais elles n'atteignent jamais les dimensions de leur mère. Elles demeurent fixées, à la fin, à l'aide de leur rostre enclavé, et restent accrochées ainsi, les pattes repliées, jusqu'à ce que le cône présente des crevasses transversales dues au dessèchement des aiguilles. Dans la première quinzaine d'août, généralement; elles grimpent en masses le long des aiguilles voisines et s'y s'accrochent solidement; à peine y sont-elles installées, qu'elles subissent leur dernière mue ; les Insectes ailés (fig. 1673 et 167i) Bhehm. — VIII.

reposent alors enfouies compactes, puis se dispersent bientôt à tous les vents en faisant usage de leurs ailes. Peu de jours après, on peut les retrouver isolés, dans une pose absolument naturelle, mais déjà à l'état de cadavres; derrière eux on découvre un amas d'une vingtaine de petits OEufs, au plus, offrant la même apparence que ceux qu'avait pondus la mère qui avait passé l'hiver. Leur nombre est bien moins grand, parce que l'ovaire qui les fournit renferme des tubes ovariens moins nombreux également. Les petits qui éclosent quelques semaines plus tard de ces OEufs deviennent, après avoir passé l'hiver, des mères analogues à celles par lesquelles nous avons commencé cet exposé. Malgré tous les efforts tentés jusqu'à présent on n'a pas encore réussi à découvrir de Mâles : car l'opinion émise autrefois par Ilatzeburg, qui prenait les Insectes ailés pour des Mâles, a été depuis longtemps réfutée grâce aux recherches anatomiques de Leuckart. On peut donc admettre actuellement que ces Insectes se produisent par parthénogenèse, et l'on Insectes. — 138

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