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MIGRATION DES VERS MILITAIRES OU VERS PROCESSIONNAIRES

(Larves de Scwre)

LA SCIAKE FUNÈBRE DU YEB MILITAI RE.

récemment, au moins dans le Taira (Carpathes). A l'apparition du Ver militaire, les uns prophétisaient la guerre, les autres la perte des récoltes; ainsi, pour les montagnards silésiens, ce Ver militaire annonçait la prospérité s'il descendait vers la vallée, la disette s'il avançait vers la montagne. D'autres utilisaient son apparition pour en tirer des oracles relativement à leurs personnes; ils jetaient sur sa route des vêtements et des rubans, et s'estimaient heureux s'il rampait par-dessus (les femmes surtout se berçaient alors de nombreux espoirs) ; mais si le Ver militaire passait à côté d'un vêtement, son possesseur était regardé comme voué à une mort très prochaine. Est-il nécessaire de dire qu'on n'a jamais établi de coïncidence entre l'apparition de ces Vers à des époques déterminées et la présence de phénomènes célestes particuliers, ainsi que prétendaient le constater des gens qui, loin de songer à éclaircir la question scientifiquement, s'efforçaient seulement de découvrir quelques relations entre les Insectes et la destinée de leurs propres personnes ou celle d'autrui.

Supposons qu'au mois de juin ou au commencement du mois d'août, on nous apprenne que le Ver militaire apparaît dans un bois voisin, comme l'ont appris en 1736 et en 1774 les habitants d'Eisenach : nous sortirions sans doute, en foule, comme l'ont fait ces gens autrefois, quoique sans avoir leurs préjugés. Qu'aurions-nous alors sous les yeux?

Nous verrions une sorte de Serpent grisâtre (IM. XXXIV), de l'épaisseur du pouce, de la largeur de trois doigts d'une main suivant les différentes coupes, et d'une longueur qui peut atteindre jusqu'à 3"',"6. Nous le verrions se mouvoir entre les herbes et les feuilles, sans l'aisance particulière aux Reptiles, et se traîner plutôt, dans l'ombre de la forêt, avec la lourdeur d'une Limace; nous trouverions à son aspect quelque chose d'insolite. Cette masse est formée, en effet, de milliers et de milliers de Larves pâles, accolées par leurs surfaces gluantes et représentant ainsi une sorte de corps unique dont l'extrémité caudale peut être soulevée en l'air, quelques instants, à l'aide d'un bâton.

Dans cette union intime, le mouvement habituel de chacune de ces Larves, qui pousse son corps en avant au moyen de ses pseudopodes tandis qu'elle allonge l'extrémité antérieure en tâtonnant de droite et de gauche, fait progresser la masse entière ; cette surface en mouvement fait sur l'œil l'impression d'un

Ilot qui glisse avec lenteur. Selon les accidents du terrain et selon diverses autres circonstances, la masse subit quelques écarts; les obstacles faibles sont franchis, mais les plus grands nécessitent une séparation ; parfois une partie de la bande disparaît sous les feuilles : l'ensemble paraît alors interrompu. Une brèche violente, faite par le pied d'un Cheval, la roue d'une voiture, par exemple, ne tarde pas à se refermer; et tout se passe comme dans les expéditions des Chenilles processionnaires. On a vu aussi plusieurs convois, après diverses oscillations, se réunir en un seul.

Plusieurs années d'observations attentives, à l'air libre comme pendant les essais d'élevage en captivité, ont fourni à Beling la preuve que ces convois, jusqu'ici inexpliqués, dépendent de la recherche d'un lieu de pâture propice. Les Larves issues d'un amas d'OEufs, sous une couche de feuilles et soustraites aux rayons solaires, sont disposées par la nature à vivre en colonies et recherebent ensemble le degré précis de chaleur humide indispensable à leur prospérité; une trop grande humidité leur est aussi nuisible qu'une excessive sécheresse. Leur nourriture se compose des feuilles gisant à terre et généralement des couches inférieures en commencement de décomposition. Elles réduisent à l'état de squelette les feuilles dont le parenchyme présente ce degré de mollesse qui précède la décomposition et la dissociation générale. Aussi naissent-elles le plus souvent sous les couches les plus basses et les plus épaisses des feuilles accumulées depuis des années dans les lieux irrigués et naturellement humides. Dans le Harz, les feuillages des Hêtres et des Charmes leur ménagent beaucoup de ces endroits propices; c'est dans les régions où ces arbres feuillus sont le plus serrés, qu'on trouve le plus sûrement ces Larves. Lorsqu'on remarque, dans les couches les plus friables, des feuilles délicatement disséquées et des excréments sous forme de grumeaux fins comme du tabac à priser, preuve certaine de la voracité de ces Larves, on est sûr, si elles ont quitté la place, de les découvrir dans un voisinage assez proche.

C'est dans les localités de ce genre que les Larves se développent dans l'espace de huit à douae semaines, de l'état d'OEuf à l'état de pleine maturité. Elles se transforment alors en Nymphes (fig. 1728), et se reposent de huit à douze jours ; les Diptères prennent alors leur

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LA SCIARE FUNKBRE DU VKH MILITAIRE.

essor, les Femelles étant les plus nombreuses. L'accouplement commence avant le développement complet des ailes de la Femelle.

Les Mâles, éclos un peu plus tôt en effet, se précipitent sur leurs compagnes encore indolentes qui souvent traînent après elles leurs époux. Au bout de trois jours d'existence, il ne reste plus une Sciare en vie; auprès de leurs cadavres on trouve les Œufs accumulés. La Sciare funèbre du Ver militaire n'a dans l'année qu'une ponte unique.

Pendant des années de suite ces faits peuvent se reproduire sous les couches de feuillages sans qu'aucun être humain soupçonne l'existence de ces créatures invisibles, qui accomplissent leur mission tantôt dans des endroits souvent piétines, tantôt dans des lieux que le pied des hommes ne foule guère.

De cette esquisse des mœurs du Sciant militant dont le développement s'effectue eu cachette, il résulte qu'exceptionnellement ses Larves apparaissent au jour sous forme d'armées, tandis qu'en général leur existence reste dissimulée. Ces exceptions se produisent dans le cas, par exemple, où une colonie de Larves exlraordinairement nombreuse ne trouve plus dans son lieu de pâture une quantité suffisante de nourriture appropriée ; plus chaque Larve devient grande, plus elle consomme d'aliments et plus la disette est sensible; aussi voit-on voyager généralement des Larves assez âgées; il est même arrivé que des Larves ont subi leur Nymphose dans ces convois. En outre, un excès d'humidité ou de sécheresse peut être la cause du départ d'une de ces expéditions, qui sont parfois impossibles sur un terrain trop sec parce que les Larves y adhèrent trop bien.

A ce point de vue, le problème paraît résolu. Une circonstance qui déroute au premier abord résulte des observations de Nowicki, qui n'a trouvé les Vers militaires copalins que dans les bois de Pins, où il a remarqué que les Larves ne se nourrissaient que d'aiguilles en détritus; mais il faut songer qu'à l'état très voisin de la dissolution complète, où les Larves recherchent ces substances, la différence est minime entre les feuilles et les aiguilles et qu'en outre les Larves des Diptères ne se montrent pas difficiles en général sur le choix de leurs aliments ; aussi ne devonsnous pas nous laisser ébranler par celte légère différence d'alimentation constatée chez une seule et même espèce.

11 serait superflu d'insister sur le lieu et l'époque de l'apparition du Ver militaire : Beling (1) et d'autres auteurs, dans des ouvrages spéciaux, se sont étendus sur ce sujet. Il nous reste toutefois à compléter sur quelques points l'Histoire naturelle de ces Sciares funèbres. Les Œufs, d'abord d'un blanc luisant, plus tard noirâtres, sont extrêmement petits : il en faut 15 à 20 pour atteindre le volume d'un grain de Pavot. Chaque Femelle en pond une centaine en moyenne, sur la terre recouverte de feuilles ou dans l'épaisseur de la couche inférieure des feuilles ; ces Œufs passent l'hiver dans ce lieu de naissance, et les Larves éclosent au mois de mai. Une fois à maturité, elles mesurent 7 millimètres en moyenne; leur tête écailleuse et noire porle deux yeux et des mâchoires dentées; le corps formé de treize articles charnus et transparents laisse apercevoir par places le contenu de l'intestin ; sa surface lisse et gluante ne porte d'autres marques que six verrucosités charnues en forme d'assiettes retournées situées sur la face ventrale des trois anneaux antérieurs, deux pseudopodes d'aspect verruqueux disposés à l'extrémité et des stigmates noirs placés sur les côtés des anneaux qui les supportent. Les Larves à maturité perdent leur aspect transparent, expulsent le contenu de leurs intestins, lissent quelques fils, et se dépouillent de leurs peaux qui demeurent adhérentes à l'extrémité des Nymphes, sous la forme d'appendices brunâtres et recroquevillés.

La Nymphe momiforme et gibbeuse a l'aspect représenté sur la figure; elle est d'un blanc jaunâtre au début, à l'exception des yeux qui sont noirs, et finit par prendre une teinte noirâtre sur les fourreaux alaires. Peu de temps avant de donner l'essor au Diptère, elle laisse voir par transparence la couleur noire de son corps et les points de jonction jaunâtres des parties latérales de l'abdomen; cet Insecte mesure 3 à & millimètres, en tenant compte des dimensions plus petites des Mâles.

Le reste nous est connu, sauf ce fait, néanmoins, qu'on rencontre assez généralement parmi ces Larves et ces Nymphes quelques Larves de Muscides : la Cyrtoneura paèulprum et quelques espèces plus petites que les Mouches-à-viande bleues (Callipkora vomitoria) auxquelles elles sont apparentées. Ces Mouches

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