MOEURS. HABITUDES, RÉGIME. — EXPÉDITIONS
Fig. 'JU2. — Retour des Amazones [Pohfergus itifescens) d'une 'xpédiiion contre les Noires cendrées. Vainqueurs, les Polyergues ont mis à sac la demeure de leurs ennemies, et rapportent à leur Fourmilière, Larves et Nymphes destinées à leur fournir des Esclaves.
48, 37, 48, 37, 37, 45, 42 secondes; donc, en moyenne, en 42 secondes. Une autre fois, la même armée en marche dans le même gazon commença une expédition par le soleil, mais, un orage menaçant, le ciel s'assombrit rapidement et la vitesse de l'armée diminua à vue d'œil; il lui fallut d'abord 48 secondes, puis 53, puis 64 pour parcourir un mètre. Des Amazones arrivèrent à parcourir dans le gazon un mètre en 33 1/3 secondes.
4° Une armée à son aller, marchant sur le gravier, parcourut un mètre en 26 1/2 secondes.
5° Une armée à son retour, chargée de Cocons, et marchant dans le gazon, parcourut un mètre une fois en 58 et une fois en 59 secondes.
'< On peut donc admettre qu'une armée marchant à toute vitesse sur un terrain découvert (une route p. ex.) arrive à parcourir un mètre en 25 secondes, soit 4 centimètres par seconde. C'est une vitesse énorme si l'on pense qu'on a affaire à des Insectes de 5,5 à 7,2 mil-' limèlres de longueur (1), et que ce n'est point
(1) Si nous supposons la vitesse exactement proportionnelle à la taille, si nous admettons G0"", 5 comme taille moyenne du Polyergus rufescens, et si nous prenons un Homme de lm,CO de hauteur (l'Homme mesuré des pieds à la tète est plutôt plus massif que le P. rufescens mesuré de la bouche au bout de l'abdomen), cet Homme devrait faire plus de 35 kilomètres à l'heure pour mar- BREIlM. — VIII.
la vitesse de chacun d'eux (qui doit être encore plus grande), mais celle de leur horde dans son ensemble, horde composée souvent de 1,000 à 2,000 individus. La vitesse moyenne de toute l'expédition, arrêts et pillage compris, peut être considérée, sans qu'on risque de s'écarter souvent beaucoup de la vérité, comme étant d'un mètre par minute. Ceci permet de calculer avec facilité la durée probable d'une expédition, quand on sait la distance du Nid sur lequel elle est dirigée.
6° Un jour, à quatre heures de l'après-midi, l'armée d'une Fourmilière Amazone fusca (soit à esclaves fusca) située sur un pré en pente rapide part en descendant cette pente et arrive bientôt au coin d'une vigne dont elle suit le bord. Elle s'arrête une première fois; les Fourmis se rassemblent et se répandent de tous côtés ; puis elles repartent dans la même direction. Arrivées au bout de la vigne, à quarante pas de leur Nid, elles s'arrêtent de nouveau et s'éparpillent. Cette fois l'arrêt dure longtemps. A chaque instant l'on voit un mouvement se produire dans le centre de l'armée, et un peloton partir dans une direction, puis un autre dans une autre ; mais au bout d'un instant les Fourmis de ces pelotons s'écartent, cherchent à droite et à gauche, puis
cher aussi vite en proportion qu'une armée d'Amazones lancée à toute vitesse. Il lui faudrait pour cela courir aussi vite que le chemin de fer.
Insectes. — 103
LES FORM1CIDES.
reviennent au centre en décrivant des courbes. Cet arrêt dure un quart d'heure au bout duquel l'armée entière s'ébranle pour reprendre le chemin de son Nid, sans avoir rien trouvé. « Notons ici en passant le fait que les Amazones suivent presque toujours à leur retour exactement le chemin qu'elles ont pris pour aller, même lorsqu'elles ont fait un grand détour et qu'elles pourraient semble-t-il revenir en ligne droite. Elles ne font d'exceptions à cette règle que pour les lieux situés près de chez elles et qu'elles connaissent à fond. Tel est du moins le résultat de mes observations. Revenons à notre expédition.
« Pendant le retour de l'armée, je pose 7 ou 8 cocons de Formica rufibarbis sur son passage. Deux Amazones des premières en prennent chacune un; les autres passent dessus sans y faire attention ou du moins sans les prendre. L'armée entière revenue à son Nid passe sur le dôme sans s'y arrêter un instant, à mon grand étonnement, et se dirige en sens inverse de la première fois, en remontant le pré. Les deux Femelles chargées de cocons rentrent seules dans le Nid. L'armée avance péniblement, car la pente est très raide ; une fatigue marquée devient sensible lorsqu'elle est arrivée à "0 pas de son Nid. Elle ne s'est arrêtée que deux ou trois fois en tout, et pendant peu de temps, continuant toujours en ligne presque droite. Sa marche devient alors très lente. Cependant, en cherchant, je vois un beau Nid de F. fusca situé droit devant elle, à quelques pas; je ne doute pas qu'elle ne l'attaque. Mais l'armée étant arrivée à trois pas de ce Nid, soit à 80 pas du sien, il se passe un singulier phénomène : sans que la moindre hésitation dans la direction à suivre se fasse remarquer, sans qu'une seule Ouvrière s'écarte des autres, je vois le nombre de celles qui retournent en arrière pour donner aux autres la direction, prendre une proportion de plus en plus forte, si bien qu'au bout d'un instant la tête cesse d'avancer, et que, toutes les Ouvrières faisant peu à peu volte-face, l'armée entière se remet lentement en marche pour son Nid, de nouveau à vide.
« Elle n'y arrive qu'à 7 heures du soir, donnant les signes les plus visibles d'une grande fatigue (les Femelles se traînent maladroitement), après avoir parcouru en trois heures un espace long de 240 de mes pas, ce qui fait approximativement un mèLre par minute en moyenne. Et tout cela en manquant deux fois
de suite son but, la première pour s'être trompée de chemin, la seconde probablement par fatigue (l'heure tardive y était certainement aussi pour beaucoup).
7° L'armée d'une autre Fourmilière mixte, Amazones fusca, partit un soir à 5 heures. Arrivée à 00 pas de son Nid, elle entra dans l'ombre d'un Noyer, et dut traverser un sentier, puis une petite coulisse au fond de laquelle coulait un filet d'eau. Pour passer cette coulisse, les Amazones furent forcées de grimper surles brins d'herbe qui s'entre-croisaient audessus de l'eau, ce qui leur donna beaucoup de peine, car elles employèrent un quart d'heure à ce seul trajet. Arrivée de l'autre côté, l'armée se remit en marche, parcourut encore l'espace de deux ou trois pas, puis fit brusquement volte-face, sans avoir cherché ni hésité un seul instant (exactement comme celle du cas précédent la seconde fois), et revint sur ses pas. Or, ici de nouveau elle ne se trouvait plus qu'à un mètre d'une Fourmilière de Formica fusca lorsque le découragement la prit. J'enlevai alors promptement une partie du Nid des F. fu<ca avec des Cocons et des Fourmis, et je mis le tout à côté des Amazones. Celles-ci s'en aperçurent aussitôt, se jetèrent sur le tas que je venais de déposer et pillèrent tous les Cocons ; les F. fusca bousculées n'eurent pas l'idée de se défendre. Près d'un tiers de l'armée put se charger, et le reste revint à vide. Mais le passage de la coulisse donna beaucoup de peine aux Fourmis qui portaient des Cocons, et plusieurs d'entre elles étant tombées dans l'eau durent y abandonner leur fardeau pour sauver leur vie. Elles arrivèrent ensuite sans encombre chez elles.
8° Un jour, à 3 heures 3/4, des Amazones fusca se mirent en marche, et, arrivées à 15 pas de leur Nid, elles se trouvèrent au bord d'un champ de blé. Là, la tête de l'armée s'arrêta; la queue l'ayant rejointe, les Fourmis se mirent à se croiser dans tous les sens en se parlant avec leurs antennes, puis elles s'éparpillèrent dans toutes les directions. Bientôt 'elles se réunirent de nouveau et s'engagèrent non sans hésiter dans le champ de blé. Mais elles ne s'y étaient pas avancées de six décimètres qu'elles s'arrêtèrent encore, revinrent jusqu'au bord du champ, à la place de leur premier arrêt, et y firent halte de nouveau. Celte fois ce ne fut plus seulement l'armée dans son ensemble qui n'avança pas pendant un moment, mais toutes les Fourmis, qui res-