MOKURS, HABITUDES, RÉGIME. — ARCHITECTURE
mis; à peine la F. rufa i. sp., le C. herculca- 7111s i. sp. et le L. fuiiginosus s'y aventurent- ils quelquefois. Il en est de môme du centre des villes, des rues étroites et fréquentées en général. J'ai vu encore des Fourmilières de T. caespitum à Vienne dans la Landangasse, rue large et peu animée.
AiîciiiTECTiiii: des Fourmis. — Les habitalions des Fourmis sont toujours construites par elles et adaptées à leur genre de vie; considérées comme Architectes, elles sont d'une bien autre habileté que les Abeilles dont les cellules sont construites sur un plan uniforme qui ne nécessite aucune combinaison.
<( Le trait caractéristique de l'art architectural des Fourmis, fait remarquer Forel, consiste dans le manque presque absolu d'un plan immuable. Les Fourmiss'entendent à merveille à modifier, selon les circonstances, leurs constructions, en général bien moins parfaites, et à tirer parti de chaque avantage. Au surplus, chaque Ouvrière travaille pour son propre compte, en suivant un plan particulier; et parfois elle n'est aidée par ses compagnes que quand celles-ci ont compris et adopté son plan. Naturellement il se produit de fréquents conflits : l'une détruit ce que l'autre a érigé. Ceci nous donne la clef des constructions des labyrinthes. En général, c'est la même Ouvrière qui, après avoir trouvé le mode le plus profitable de construction ou montré le plus de persistance, réussit, non sans lutte et sans rivalité, à faire adopter son idée par la plupart de ses compagnes et finalement par la colonie entière. Mais à peine a-t-elle atteint son but, qu'une autre se présente, et comme celle-ci traîne à sa suite ses partisans, la première se perd vite dans la foule. »
« Cette observation, ainsi que le fait judicieusement observer Buchner (1), met en pleine lumière le principe vraiment républicain qui régit la vie des Fourmis, et prouve que l'individu y jouit d'une liberté bien plus grande que chez les Abeilles, assujetti à un schéma rigide. La même remarque d'ailleurs avait été faite par Huber. »
« Les habitations des Fourmis consistent souvent en vingt, quarante étages superposés et bâtis en partie sur, en partie sous le sol. Ces constructions laissent relativement bien en arrière les édifices les plus hauts élevés par les Hommes. Les Fourmilières, dont l'aspect
(1) Buchner, la Vie psychique des bêtes. Paris, 1881, p. 99.
extérieur ne laisse pas pressentir la merveilleuse complication et la commodité de l'aménagement intérieur, s'élèvent fréquemment à la hauteur d'un mètre au-dessus du sol et plongent tout autant dans ses jprofondeurs, occupant une circonférence de deux à trois mètres.
» En dépit de leur habileté, ces petits construcleurs sont pourtant sujets à l'erreur, ni plus ni moins que messieurs les Architectes humains; parfois aussi ils ont à subir la maladresse de quelque Ouvrière. Mais ils réparent facilement le dommage. Les murs mal construits sont abattus sur l'heure et d'autres élevés à leur place. Les Ouvrières qui ont fait de la mauvaise besogne sont réprimandées par les autres, remises sur la bonne voie et obligées de recommencer leurs travaux sous la direction d'une compagne, P. Huber raconte tout cela. »
Forel, qui unit le talent d'observation à la science expérimentale, a publié de précieuses observations sur les Fourmis de Suisse, et il a consacré un chapitre considérable à la construction de leurs Nids. Pour ce qui touche spécialement à la construction des habitations, Forel n'énumère pas moins de six à sept genres différents d'architecture selon que les Nids sont creusés ou maçonnés, qu'ils sont situés sous des pierres plates ou dans du bois, ou dans des troncs d'arbres ou sous leur écorce, dans un mur ou un rocher ou dans des maisons, etc. Ces différents modes de construction ont à leur tour leurs subdivisions et leurs transitions, et les différents genres se fusionnent entre eux.
1° Des Nids faits de terre pure. — Ils sont simplement creusés dans le sol, tantôt cloisonnés au moins en partie, et pourvus d'un tertre ou placés à l'abri de quelque pierre.
« Si l'on veut, dit Huber, juger du plan intérieur des Fourmilières, il convient de choisir celles qui n'ont pas été gâtées accidentellement, et dont la forme n'a pas été trop altérée par les circonstances locales : il suffira, alors, d'une attention médiocre pour s'apercevoir que les Fourmilières d'espèces différentes ne sont pas construites dans le même système.
« Ainsi le monticule élevé par les Fourmis noires cendrées [Formica fusca) offrira toujours des murs épais, formés d'une terre grossière et raboteuse, des étages très prononcés, et de larges voûtes, soutenues par des piliers solides : on n'y trouvera ni chemins, ni galeries propre-
LES FORMICIDES.
ment dites, mais des passages en forme d'œilde-bœuf: partout de grands vides, de gros massifs de terre, et l'on remarquera que les Fourmis ont conservé une certaine proportion entre les piliers et la largeur des voûtes auxquelles ils servent de supports.
« Lorsque les Fourmis noires cendrées veulent donner plus d'élévation à leur demeure, elles commencent par en couvrir le faîte d'une épaisse couche de terre qu'elles apportent de l'intérieur; et c'est dans cette" couche même qu'elles tracent, en creux et en relief, le plan d'un nouvel étage : elles creusent d'abord çî et là, dans cette terre meuble, de petits fossés plus ou moins rapprochés les uns des autres, et d'une largeur proportionnée à leur destination; elles leur donnent une profondeur à peu près égale : les massifs de terre qu'ils laissent entre eux doivent servir ensuite de base aux murs intérieurs, de manière qu'après avoir enlevé toute la terre inutile au fond de chaque case, et réduit à leur juste épaisseur les fondements de ces murs, il ne reste plus à leurs architectes qu'à en augmenter la hauteur et à recouvrir d'un plafond les loges qui en résultent.
« Après avoir observé l'esprit dans lequel étaient construites ces Fourmilières, je sentis que le seul moyen de pénétrer dans les véritables secrets de leur organisation était de suivre individuellement la conduite des Ouvrières occupées à les élever. Mes journaux sont remplis d'observations de ce genre : je vais en extraire quelques-unes, qui m'ont paru intéressantes. Je décrirai donc ici les manœuvres d'une seule Fourmi, que j'ai pu suivre assez longtemps pour satisfaire ma curiosité :
« Un jour de pluie, dit P. Huber, je vis une Ouvrière creuser le sol auprès d'un trou qui servait de porte à la fourmilière; elle accumulait les brins qu'elle avait détachés et en faisait de petites pelotes qu'elle portait çà et là sur le Nid ; elle revenait constamment à la même place et paraissait avoir un dessein marqué, car elle travaillait avec ardeur et persévérance. Je découvris, d'abord en cet endroit, un léger sillon tracé dans l'épaisseur du terrain; il était en ligne droite et pouvait représenter l'ébauche d'un sentier ou d'une galerie ; l'Ouvrière, dont tous les mouvements se faisaient sous mes yeux, lui donna plus de profondeur, l'élargit, nettoya ses bords et je vis, sans pouvoir en douter, qu'elle avait eu
l'intention d'établir une avenue, conduisant d'une certaine case à l'ouverture du souterrain. Ce sentier, long de deux à trois pouces, formé par une seule Ouvrière, était ouvert audessus et bordé des deux côtés d'une butte de terre; la concavité, en forme de gouttière, se trouva d'une régularité parfaite, car l'Architecte n'avait pas laissé, dans cette partie, un atome de trop. Le travail de cette Fourmi était si suivi et si bien entendu que je devinais presque toujours d'avance ce qu'elle voulait faire et le fragment qu'elle allait enlever. »
« A côté de l'ouverture où ce sentier aboutissait, en était une seconde, à laquelle il fallait aussi parvenir par quelque chemin : la même Fourmi exécuta seule cette nouvelle entreprise; elle sillonna encore l'épaisseur du sol, et ouvrit un autre sentier, parallèlement au premier, de sorte qu'ils laissaient entre eux un petit mur de trois à quatre lignes de hauteur.
« Les Fourmis qui tracent le plan d'un mur, d'une case, d'une galerie, travaillant chacune de leur côté, il leur arrive quelquefois de ne pas faire coïncider exactement les parties d'un même objet : ces cas ne sont pas rares, mais ils ne les embarrassent point : en voici un où l'on verra que l'Ouvrière découvrit l'erreur et sut la réparer.
« Un mur d'attente était élevé et semblait placé de manière à devoir soutenir une voûte encore incomplète jetée depuis le bord opposé d'une grande case; mais l'Ouvrière qui l'avait commencée lui avait donné trop peu d'élévation pour le mur sur lequel elle devait reposer. Si la voûte eût été continuée sur le même plan, elle aurait infailliblement rencontré cette cloison à la moitié de sa hauteur, et c'était ce qu'il fallait éviter. Cette remarque critique m'occupait, lorsqu'une Fourmi, arrivée sur la place, après avoir visité ces ouvrages, parut être frappée de la même difficulté, car elle commença aussitôt à détruire la voûte ébauchée, releva le mur sur lequel elle reposait, et fit, sous mes yeux, une nouvelle voûte avec les débris de l'ancienne.
« C'est surtoutlorsque les Fourmis commencent quelque entreprise, que l'on croirait voir une idée naître dans leur esprit, et se réaliser par l'exécution. Ainsi, quand l'une d'elles découvre sur le Nid deux brins d'herbe qui se croisent et peuvent favoriser la formation d'une loge ou quelques petites poutres qui en dessinent les angles et les côtés, on la voit