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MOEURS, HABITUDES, REGIME. — ARCHITECTURE

a, entrée de la Fourmilière. — 4, Fourmis en train de jeter les déblais sur les marches de l'escalier.

Kig. 'Jl>3. — Fourmilière de la F. pennsylvanica, établie dans une poutre du Moulin de Maryann Forge (fac simile

d'après Mac Cook) (p. 22).

examiner les parties de cet ensemble, puis placer, avec beaucoup de suite et d'adresse, des parcelles de terre dans les vicies et le long des tiges; prendre de toutes parts les matériaux à sa convenance, quelquefois même sans ménager l'ouvrage que d'autres ont ébaucbé, tant elle est dominée par l'idée qu'elle a conçue, et qu'elle suit sans distraction. Elle va, vient, retourne jusqu'à ce que son plan soit devenu sensible pour d'autres Fourmis.

« Je me suis assuré, continue Huber, que chaque Fourmi agit indépendamment de ses compagnes. La première qui conçoit un plan d'une exécution facile en trace aussitôt l'esquisse; les autres n'ont plus qu'à continuer ce qu'elle a commencé. Celles-ci jugent, par l'inspection des premiers travaux, de ceux qu'elles doivent entreprendre; elles savent toutes ébaucher, continuer, polir ou retoucher leur ouvrage selon l'occasion ; l'eau leur fournit le ciment dont elles ont besoin, le soleil et l'air durcissent la matière de leurs édifices; elles n'ont d'autres ciseaux que leurs dents, d'autres compas que leurs antennes, et de truelles que leurs pattes de devant, dont elles se servent pour appuyer et consolider leur terre mouillée. » Brehm. — VIII.

Ce sont là les moyens matériels et mécaniques qui leur sont donnés pour bâtir; elles auraient donc pu, en suivant un instinct purement machinal, exécuter avec exactitude un plan géométrique et invariable; construire des murs égaux, des voûtes dont la courbure, calculée d'avance, n'aurait exigé qu'une obéissance servile; et nous n'aurions été que médiocrement surpris de leur industrie; mais, pour élever ces dômes irréguliers, composés de tant d'étages; pour distribuer d'une manière commode et variée les appartements qu'ils contiennent, et saisir les temps les plus favorables à leurs travaux; mais surtout pour savoir se conduire suivant les circonstances, profiter des points d'appui qui se présentent) et juger de l'avantage de telles ou telles opérations, ne fallait-il pas qu'elles fussent douées de facultés assez rapprochées de l'intelligence, et que, loin de les traiter en automates, la nature leur laissât entrevoir le but des travaux auxquels elles sont destinées?

« Le sol était mouillé, dit Ébrard (1), et les travaux en pleine activité. C'était un va-et-

(1) Ebrard, Etudes de mœurs, Genève, 1864, p. 3.

IS

LES F0RMIC1DES.

vient continuel de Fourmis sortant de leur demeure souterraine, et apportant des morceaux de terre qu'elles adaptaient aux constructions anciennes. Ne voulant pas disséminer mon attention, je la fixai vers la salle la plus vaste. Une seule Fourmi y travaillait. L'ouvrage était avancé, et cependant, malgré une saillie prononcée en dedans de la partie supérieure des murs, un espace de douze à quinze millimètres restait à couvrir. C'était le cas, pour soutenir la terre restant à placer, d'avoir recours, comme le font plusieurs espèces de Fourmis, à des piliers, à de petites poutres, ou bien à des débris de feuilles sèches; mais l'emploi de ces moyens n'est pas, ai-je dit, dans les habitudes des Fourmis noires cendrées.

« Notre Ouvrière, paraissant quitter un moment son ouvrage, se dirigea vers une plante de Graminée peu distante, dont elle parcourut successivement plusieurs feuilles (feuilles linéaires, c'est-à-dire longues et étroites). Choisissant la plus proche, elle alla chercher de la terre mouillée qu'elle fixa à son extrémité supérieure. Elle recommença cette opération jusqu'à ce que, cédant sous le poids, la feuille s'inclinât légèrement du côté de la salle à couvrir. Cette inclinaison avait lieu malheureusement plutôt vers l'extrémité de la feuille, laquelle menaçait de se rompre. La Fourmi, parant à ce grave inconvénient, la rongea à sa base externe, de sorte qu'elle s'abaissa dans toute sa longueur, au-dessus de la salle.

» Ce n'était point assez : l'apposition n'était pas parfaite; l'Ouvrière la compléta en déposant de la terre entre la base de la plante et celle de la feuille, jusqu'à ce que le rapprochement désiré fût produit; ce résultat obtenu, elle se servit de la feuille de Graminée en guise d'arc-boutant, pour soutenir les matériaux destinés à former une voûte. »

« Le Lasàts niger, l'une des Fourmis les plus industrieuses, dit Huber (1), construit son Nid par étages de quatre à cinq lignes de haut, dont les cloisons n'ont pas plus d'une demiligne d'épaisseur, et dont la matière est d'un grain si fin que la surface des murs intérieurs en paraît fort unie. Ces étages ne sont point horizontaux ; ils suivent la pente de la Fourmilière, de sorte que le supérieur recouvre tous les autres, le suivant embrasse tous ceux qui sont au-dessous de lui, et ainsi de suite, jus-

(I) Huber, loc. cit., p. 31.

qu'au rez-de-chaussée, qui communique avec les logements souterrains. Cependant ils ne sont pas toujours arrangés avec la même régularité, car les Fourmis ne suivent pas un plan bien fixe ; il semble, au contraire, que la nature leur ait laissé une certaine latitude à cet égard, et qu'elles peuvent, selon les circonstances, le modifier à leur gré; mais quelque bizarre que puisse paraître leur maçonnerie, on reconnaît toujours qu'elle a été formée par étages concentriques.

« Si l'on examine chaque étage séparément, on y voit des cavités travaillées avec soin, en forme de salles; des loges plus étroites et des galeries allongées qui leur servent de communication. Les voûtes des places les plus spacieuses sont supportées par de petites colonnes, par des murs fort minces, ou enfin par de vrais arcs-boutants. Ailleurs, on voit des cases qui n'ont qu'une seule entrée ; il en est dont l'orifice répond à l'étage inférieur : on peut encore y remarquer des espaces très larges, percés de toutes parts et formant une sorte de carrefour, où toutes les rues aboutissent. Tel est à peu près l'esprit dans lequel sont construites les habitations de ces Fourmis : lorsqu'on les ouvre, on trouve les cases et les places les plus étendues remplies de Fourmis adultes ; mais on voit toujours que leurs Nymphes sont réunies dans les loges plus ou moins rapprochées de la surface, suivant les heures et la température, car, à cet égard, les Fourmis sont douées d'une grande sensibilité, et paraissent connaître le degré de chaleur qui convient à leurs petits. »

La Fourmilière contient quelquefois plus de vingt étages dans sa partie supérieure, et, pour le moins, autant au-dessous du sol. Combien de nuances de chaleur doit admettre une telle disposition, et quelle facilité les Fourmis ne se procurent-elles pas par ce moyen, pour la graduer? Quand un soleil trop ardent rend leurs appartements supérieurs plus chauds qu'elles ne le désirent, elles se retirent avec leurs petits dans le fond de la Fourmilière. Le rez-de-chaussée devenant à son tour inhabitable pendant les pluies, les Fourmis de cette espèce transportent tout ce qui les intéresse dans les étages les plus élevés, et c'est là qu'on les trouve rassemblées avec leurs Nymphes et leurs OEufs, lorsque les souterrains sont submergés.

Écoutons Huber nous raconter comment nos industrieux Hyménoptères s'y prennent pour édifier leurs gigantesques constructions.

MOFUIIS, HABITUDES, KKfîIMK. — A UCHITECTURE.

» Chaque Fourmi, itil-il (1), apportait entre ses dénis une petite pelote de terre qu'elle avait formée en ratissant le fond des souterrains avec le bout de ses mandibules (ce que j'ai vu souvent au grand jour) : cette petite masse de terre étant composée de parcelles réunies seulement depuis quelques instants, peinait aisément se prêter à l'usage que les Fourmis voulaient en faire; ainsi, lorsqu'elles l'avaient appliquée à l'endroit où elle devait rester, elles la divisaient et la poussaient avec leurs dents, de manière à remplir les plus petites inégalités de leur muraille. Leurs antennes suivaient tous leurs mouvements, en palpant chaque brin de terre, et quand ils étaient disposés ainsi, la Fourmi les affermissait en les pressant légèrement avec ses pattes antérieures : et le travail allait fort vite.

« Après avoir tracé le plan de leur maçonnerie, en plaçant cà et là les fondements des piliers et des cloisons qu'elles voulaient établir, elles leur donnaient plus de relief, en ajoutant de nouveaux matériaux au-dessus des premiers. Souvent deux petits murs, destinés à former une galerie, s'élevaient vis-à-vis l'un de l'autre et à peu de distance; lorsqu'ils étaient à la hauteur de quatre ou cinq lignes, les Fourmis s'occupaient à recouvrir le vide qu'ils laissaient entre eux, au moyen d'un plafond de forme cintrée : cessant alors de travailler en montant, comme si elles avaient jugé leurs murs assez élevés, elles plaçaient contre l'arête intérieure de l'un et de l'autre des brins de terre mouillée, dans un sens presque horizontal, de manière à former au-dessus de chaque mur un rebord qui devait, en s'élargissant, rencontrer celui du mur opposé : leur épaisseur était ordinairement d'une demi-ligne. La largeur des galeries qui résultaient de ce travail était le plus souvent d'un quart de pouce.

« Ici plusieurs cloisons verticales formaient l'ébauche d'une loge qui communiquait avec différents corridors par des ouvertures ménagées dans la maçonnerie; là c'était une véritable salle dont les voûtes étaient soutenues par de nombreux piliers; plus loin, on reconnaissait le dessin d'un de ces carrefours dont j'ai parlé ci-dessus, et auquel aboutissent plusieurs avenues. Ces places étaient les plus spacieuses ; cependant les Fourmis ne paraissaient point embarrassées à faire le plancher qui devait les recouvrir, quoiqu'elles eussent

(I) lluber, toc. cit., p. 36, 41.

souvent deux pouces et plus de largeur : c'était dans les angles formés par la rencontre des murs, puis le long de leurs bords supérieurs, qu'elles en plaçaient les premiers éléments; et de la sommité de chaque pili<;r s'étendait, comme d'autant de centres, une couche de terre horizontale et un peu bombée, qui allait se joindre à d'autres parties de la même voûte, parlant de différents points de la grande place publique.

« Cette foule de maçonnes, arrivant de toutes parts avec la parcelle de mortier qu'elles voulaient ajouter au bâtiment; l'ordre qu'elles observaient dans leurs opérations, l'accord qui régnait entre elles, l'activité avec laquelle elles profitaient de la pluie pour augmenter l'élévation de leur demeure, offraient l'aspect le plus intéressant pour un admirateur de la nature.

» Cependant, je craignais quelquefois que leur édifice ne pût pas résister à sa propre pesanteur, et que ces plafonds, si larges, soutenus seulement par quelques piliers, ne s'écroulassent sous le poids de l'eau qui tombait continuellement, ei semblait devoir les démolir; mais je me rassurais envoyant que la terre apportée par ces Insectes adhérait de toutes parts au plus léger contact, et que la pluie, au lieu de diminuer la cohésion de ses particules, semblait l'augmenter encore. Ainsi, loin de nuire au bâtiment par sa chute, elle contribue donc à le rendre plus solide. Ces parcellesde terre mouillée, quine tiennent encore que par juxta-position, n'atlendentqu'une averse qui les lie plus étroitement, et vernisse, pour ainsi dire, la surface du plafond qu'elles composent, ou les murs et les galeries restées à découvert. Alors les inégalités de la maçonnerie disparaissent; le dessus de ces étages, composés de tant de pièces rapportées, ne présente plus qu'une seule couche de terre bien unie, et n'a besoin, pour se consolider entièrement, que de la chaleur du soleil.

« Ce n'est pas qu'une pluie trop violente ne détruise quelquefois plusieurs cases, surtout lorsqu'elles sont peu voûtées ; mais les Fourmis ne tardent pas à les relever avec une patience admirable.

« Ces différents travaux s'exécutent à la fois sur toutes les parties de la Fourmilière qu'on vient de décrire : ils se suivaient de si près dans ses nombreux quartiers, qu'elle se trouva augmentée d'un étage complet en sept ou huit heures. Car toutes ces voûtes, jetées d'un

LES FORMIGIDES.

mur à l'autre, étant à la même distance du plan sur lequel elles s'élevaient, ne formèrent qu'un seul plafond lorsqu'elles furent terminées, et que les bords des unes atteignirent ceux des autres.

« A peine les Fourmis eurent-elles achevé cet étage qu'elles en bâtirent un nouveau; mais elles n'eurent pas le temps de le finir; la pluie cessa avant que leur plafond fût entièrement construit. Elles travaillèrent cependant encore quelques heures, en profitant de l'humidité de la terre; mais le vent du nord s'étant levé avec violence, il la dessécha trop promptemenl; de manière que les fragments rapportés n'avaient plus la même adhérence, et se réduisaient en poudre : les Fourmis, voyant le peu de succès de leurs efforts, se découragèrent enfin, et renoncèrent à bâtir; mais, ce dont je fus étonné, c'est qu'elles détruisirent toutes les cases, et les murs qui n'étaient pas encore recouverts, et répartirent les débris de ces ébauches sur le dernier étage de la Fourmilière. »

i 2° Des Nids sculptés dans le bois. — Ils sont forés dans le bois encore ferme, et présentent des couloirs souvent plus réguliers que les conduits analogues creusés dans la terre humide. Les couches ligneuses annuelles, respectées, servent le plus souvent de parois, et le trajet des fibres ligneuses commande la direction des couloirs et des chambres. La structure de ces Nids présente parfois des configurations merveilleuses, comme on en voit sur le tronc d'arbre que nous représentons, à droite d'un groupe de Fourmis, sur le premier plan de la planche XIX.

Certaines espèces, petites, dont les colonies sont peu nombreuses, et qui appartiennent au genre Leptothorax, forent dans l'écorce épaisse des vieux arbres un petit nombre de chambres, aplaties et communiquant entre elles. Les Fourmis qui nichent dans le bois ne détériorent jamais les arbres sains ; au contraire, elles activent, d'une part, le renouvellement parmi les éléments des végétaux malades, et elles anéantissent, d'autre part, les vieilles souches plus rapidement que les couvées de mainte vermine : aussi sont-elles considérées comme des alliées par les Forestiers, qui les protègent volontiers.

M. Mac Cook (1) a étudié d'une façon spéciale

(1) Mac Cook, Notice sur l'architecture et les habitudes de la Fourmi charpefitière de Pennsylvanie, Formica Peunsylvanica (Trans. of the Amer. Entom. soc, 1876).

l'architecture et les mœurs de la Fourmi charpentiôi,edePensylvanie,Fo/-»iî'ca/>eMwsy/i;a7!icM. Nous lui empruntons le récit qu'il a publié : «Pendantrétédel874,monnttentionfutattirée par une colonie de Formica Pcnnsylvanica, De Geer, qui avait établi son Nid dans une poutre d'un moulin de Maryann Forge, Blair, Co. Pa. <i Dans ma visite suivante au mois d'août 1876, j'ai réussi à obtenir une section de la poutre contenant la Fourmilière. C'était un bloc de pin blanc, large de 10 à 12 pouces. Je dois ce précieux avantage à une rare obligeance de deux héritiers de la propriété Bell, M. J. W. Riddle, le directeur, et M. John Bell. Leurs ouvriers m'ont aidé à établir des charpentes, à scier la section voulue et à y substituer un bloc de proportion convenable. La poutre fut préalablement coupée dans le sens vertical au moyen de ciseaux et de tarières; ce qui a permis de voir l'intérieur du nid.

« Le gros bloc ainsi obtenu fut scié en plusieurs petits morceaux afin de permettre l'observation et l'étude de la structure intérieure delà Fourmilière. En effet, l'ensemble de ces parties constitue le plus parfait échantillon de l'architecture des Fourmis qu'on pourrait obtenir. Ce qu'il y a de plus frappant dans la section verticale, c'est que les galeries deviennent plus étroites et plus serrées à partir d'un côté vers le centre. On peut adrilettre que cet endroit fut l'origine de l'habitation, et que les premières galeries furent dirigées vers le haut et le bas le long de cet axe. Comme les besoins de la colonie augmentaient toujours, les parties servant de supports, ainsi que les colonnes ont été réduites peu à peu, et l'espace ainsi gagné a été employé à l'extension des limites de l'habitation des deux côtés vers la surface à un pouce de distance de laquelle les galeries se sont arrêtées.

«En examinant de près le labyrinthe des cellules et leur structure systématique, on aperçoit nettement la disposition des étages et demi-étages. Le sol des galeries, bien que n'étant pas uni, est disposé sur le même niveau général. Plusieurs de ces étages sont formés par des galeries tubulaires qui deviennent de plus en plus larges et s'entre-croisent finalement. On y aperçoit des corridors ou des salles d'une forme parfaitement accusée, disposés parallèlement en séries de deux, de trois et plus. Ils sont séparés par des colonnes et des arches ou bien par des cloisons très minces, en plusieurs endroits complètement

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