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MOEURS, HABITUDES, RÉGIME. - MOYENS DE DESTRUCTION

« Je suis bien persuadé qu'on peut, dans certains cas, avec de la patience, venir à bout d'une Fourmilière de Lasius, mais on ne peut pas en purger une localité comme des Formica rufu. « Je crois que le seul moyen efficace est d'introduire dans le Nid, là où cela est possible, une substance vénéneuse non volatile telle que du phosphore (1), du sublimé corrosif, du mercure métallique, de l'onguent gris, du sulfate de cuivre, et de boucher ensuite autant que possible les diverses ouvertures. Ce moyen doit surtout être efficace pour les Nids sculptés dans les arbres, car là les Femelles ne peuvent pas boucher leurs galeries. Si les Fourmis ne périssent qu'en partie, ce qui est probable, celles qui restent seront du moins forcées de se retirer ailleurs. Les substances volatiles (camphre, benzine, chloroforme), ou décomposables à l'air (cyanure de potassium, etc.) ne tuent que quelques Femelles ; les autres se réfugient un peu plus loin ou se protègent à l'aide de murs mitoyens, et reviennent dès que le danger est passé.

« Ratzeburg recommande de boucheries ouvertures des Nids avec de la chaux rendue amère au moyen d'une décoction de coloquinte, et d'entourer de goudron le pied des arbres qu'on veut protéger contre les Fourmis. La poudre persane (poudre de Pyrèthre) peut servir à éloigner pour un certain temps des Lasius emarginalus d'une armoire à confitures, mais elle ne les détruit pas.

« Je préviens surtout les personnes, qui s'imaginent emprisonner les Fourmis dans les murs d'une maison et les réduire à mourir de faim en bouchant tous leurs trous avec du mastic, qu'elle entreprennent un travail parfai-

(1) Je me suis assuré que l'odeur concentrée du phosphore ordinaire tue les Fourmis au bout d'un certain temps (deux ou trois jours d'après mes expériences). Mais l'inflammabilité de cette substance la rend dangereuse. On peut cependant diminuer considérablement ce danger en pilant le phosphore dans un corps visqueux et hygrométrique (mélasse p. ex., on emploie ce mélange pour la mortaux-rats). Pour plus de prudence, il faudrait, s'il s'agit d'un Nid dans le bois, mettre le mélange de phosphore et de mélasse dans un petit récipient en verre ouvert à une extrémité, afin de pouvoir enlever le tout à volonté. Ce récipient devrait être introduit avec son contenu dans le Nid par quelque issue de telle façon que son ouverture communique avec l'intérieur du Nid. Il faudrait ensuite boucher avec du ciment ou de la terre glaise toutes les issues du Nid qu'on pourrait découvrir et pas seulement celle par laquelle on aurait introduit le récipient à phosphore. Les Fourmis ne craignent pas de manger cette mélasse au phosphore, et je ne crois pas qu'elles en meurent si elles vont ensuite dans une atmosphère pure.

tement inutile. Puisque nous n'arrivons pas môme à enfermer les Souris de cette manière, nous arriverons bien moins à enfermer les Fourmis auxquelles suffit une ouverture grosse comme une tôte d'épingle.

L'eau bouillante ne sert qu'à tuer quelques Femelles qui sont à la surface, parce qu'elle se refroidit aussitôt qu'elle pénètre dans le Nid: l'huile serait peut-être plus efficace, car elle adhère au corps des Insectes et bouche ainsi leurs stigmates. »

Avec de la mélasse ou du miel délayés dans un verre à moitié remplis d'eau, on peut quelquefois faire périr une certaine quantité de Fourmis.

Avec de la glu ou toute autre matière gluante appliquée en forme d'anneaux autour du tronc d'un arbre isolé, on les chasse ou on leur fait perdre l'habitude de grimper sur les végétaux dont elles attaquent les fruits.

Mais, par ces procédés ou d'autres semblables, on ne détruit que des Ouvrières et ordinairement en assez petite quantité, car il arrive fréquemment qu'elles évitent le piège. Au surplus, quel que soit le nombre des victimes, il reste toujours assez de ces Insectes pour veiller à l'entretien et à la conservation des Larves, des Nymphes, des Mâles et des Femelles que l'on n'atteint jamais par de pareils moyens.

Et puis il ne faut pas croire que les Fourmis se découragent facilement. Toutes les personnes qui se sont occupées de jardinage et d'agriculture et même jusqu'aux ménagères, gardiennes de sucreries et de confitures à la campagne, savent avec quelle persévérance et quelle adresse les Fourmis reviennent à la charge, quand on a opposé quelque obstacle à leur marche.

Si on suspend au milieu d'un appartement un objet qu'on veut soustraire à leur rapacité, elles montent le long des murs, suivent une ligne sur le plafond et viennent descendre par l'un des supports quelconques qu'il a fallu établir pour maintenir l'objet de leur convoitise.

Si l'on a entouré le pied d'un arbre ou d'un arbuste, de quelque bourrelet trempé dans une essence qu'elles redoutent, elles transportent, sur un point de ce bourrelet, de la terre, des fétus de paille, et autres débris qui établissent une couche et leur rendent le passage

praticable.

Lorsqu'un pot de fleur ou un vase quelconque

LES FORMICIDES.

sont placés au milieu d'un bassin, comme une île, plusieurs d'entre elles se réunissent et forment une chaîne ou un pont volant à l'aide duquel des colonnes franchissent l'espace liquide. Il est vrai que dans cette circonstance quelques Fourmis se trouvent noyées, mais cette considération n'arrête jamais les bandes, attendu que peu de leurs expéditions ont lieu sans entraîner la perte d'un certain nombre des Croisés.

M. J. F. J. Blisson, membre de la Société entomologique de France (1), a proposé, il y a un certain nombre d'années, un moyen de destruction, qui est fondé sur des observations intéressantes que nous allons rapporter; il repose entièrement sur la connaissance approfondie des habitudes des Fourmis.

Plusieurs cloches en verre ayant été déposées sur un carré de mon jardin au commencement du printemps de 1844 et ayant été laissées quelque temps au même endroit sans avoir été dérangées, je m'aperçus, en voulant les enlever, que des Fourmis s'étaient installées dessous et que déjà leur Nid avait pris un très grand développement. Cela me surprit, car j'avais de la peine à comprendre comment ces Insectes pouvaient supporter une température aussi forte que celle qui devait exister pendant la plus grande partie du jour sous ces cloches parfaitement exposées au soleil, et sous lesquelles l'air ne se renouvelait pas, leurs bords portant sur le sol. Cet état de choses excitant ma curiosité, je me gardai bien de troubler mes Fourmis dans leurs occupations ; elles purent donc continuer sans inquiétude les galeries souterraines et les déblais qu'elles avaient commencés. Toutefois, la chaleur concentrée sous la voûte transparente qui les recouvrait devenant probablement trop forte, elles parvinrent à la modérer en remplissant presque entièrement les cloches de terre, ou bien en les tapissant intérieurement d'une couche de sable, et bientôt il ne fut plus possible de voir ce qui se passait sous l'enveloppe alors opaque qui les cachait complètement. Non loin de là, d'autres Fourmis étant occupées à construire des habitations que rien ne protégeait, il me fut facile de comparer les travaux des unes et dus autres, et de reconnaître, par l'immense développement des Nids placés sous les cloches, que les premières, logées sous une véri-

(1) Blisson, Mémoire sur ta destruction des Fourmis [Mémoire de la Société royale et centrale d Agriculture, 18iM.

table serre chaude, se trouvaient évidemment dans des conditions bien autrement favorables que les secondes, établies en plein air.

Cette première observation, dont j'entrevis aussitôt le côté utile, me fit examiner, avec plus d'attention que je ne l'avais fait jusqu'alors, les Fourmilières que je rencontrais dans mes courses entomologiques. Je remarquai donc que non seulement les Fourmis choisissaient le plus ordinairement les expositions chaudes et sèches, mais qu'elles recherchaient les objets qui pouvaient les protéger et leur permettre de s'assembler en toute sûreté au-dessus du domicile commun. J'observai encore que les espèces dont les Nids étaient abrités par des pierres ou par des planches, et que celles qui habitaient dans l'intérieur des troncs des arbres, sortaient au plus fort de la chaleur, et à certaines heures du jour, leurs Larves et leurs Nymphes, et les entassaient sous les objets qui viennent d'être indiqués ou les apportaient sous les écorces exposées aux rayons du soleil, les plaçant ainsi dans des conditions analogues à celles qui peuvent exister sous des cloches, et qu'en outre un grand nombre d'Ouvrières se réunissaient autour des Larves et des Nymphes pour les rentrer ou les reporter dans leurs Nids au moindre signal de danger ; habitudes qui, au surplus, ont été signalées depuis longtemps par divers Entomologistes, notamment par Huber (1).

Enfin je reconnus que, à l'approche du moment où les accouplements devaient avoir lieu, les Mâles et les Femelles, ainsi qu'un grand nombre d'Ouvrières, s'assemblaient au-dessus de leur habitation comme pour préluder à l'acte si important de la reproduction, et quetous ces individus, probablement quand il n'y avait pas eu d'accouplement, continuaient jusqu'en novembre à sortir de leur retraite souterraine par un beau soleil, et restaient agglomérés pendant la plus grande partie du jour pour profiter des restes de la belle saison. Or, de ces observations je tirai la conseil) Lorsque la terre est extrêmement aride et quand la chaleur est excessive, les Fourmis ne sortent pas à la surface du sol ou n'y viennent que rarement. Ainsi, lors des années très sèches, comme l'année I81G, après avoir opéré au commencement du printemps il faut attendre l'automne. Toutefois on peut toujours employer le moyen qui va être indiqué immédiatement après une pluie, surtout si elle a été abondante. Les années qui semblent les plus favorables pour détruire les Fourmis sont les années humides.

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