MŒURS, HABITUDES, RÉGIME. — MOYBNS DU DESTRUCTION
quence qu'il devait èlre facile d'attirer ces Insectes à la surface du sol et de détruire pres- *que complètement une Fourmilière ou même toutes les Fourmilières d'un jardin ; et pour acquérir la preuve que mes prévisions étaient justes, et en même temps pour me débarrasser des Fourmis dont j'étais très incommodé, je mis en pratique le moyen que je vais indiquer, et pendant plus de cinq mois, depuis le 1er mai jusque vers les derniers jours du mois d'octobre dernier (1845 : l'année 1843 a été humide), principalement pendant les mois de juin, de juillet et d'août, j'oblins constamment les meilleurs résultats.
On place une cloche en terre, fig. A, sur chaque fourmilière, ou sur les trous d'où l'on voit sortir des Fourmis, quels que soient les endroits où se trouvent ces trous, qu'ils soient sur des parties cultivées ou sur celles non cultivées, comme les allées d'un jardin. Environ cinq à six jours après, si c'est à la fin d'avril ou au commencement du mois de mai, et quelquefois dès le surlendemain, vers la fin de juin et pendant les mois suivants, on peut, de midi à quatre heures, et notamment de deux à trois, lever les cloches. Un est presque toujours sûr de trouver une grande quantité de Larves ou de Nymphes à la surface du sol, et une multitude d'Ouvrières qui sont là prêtes à les reporter dans leur Nid aussitôt que quelque chose les inquiète. Quelquefois on n'aperçoit que de petits monticules de terre nouvellement remuée, provenant des grains de sable extraits des galeries creusées par ces Insectes, mais qui indiquent que, en cet endroit, il existe une Fourmilière; dans ce cas, il faut replacer les cloches et attendre quelques jours pour les visiter de nouveau. Si, lors de la première visite, on n'apercevait ni Fourmis, ni monticules, ni rien qui indiquât une Fourmilière, on pourrait les porter ailleurs. 11 est à remarquer que les parties les mieux exposées au soleil sont ordinairement celles où l'on rencontre un plus grand nombre de Fourmis, et que c'est surtout immédiatement après les pluies qui ont trempé le sol, et lorsque le soleil réchauffe sa surface, que les Fourmis sortent avec le plus d'activité leurs Larves et leurs Nymphes (I);
(I) Dans le cas où la terre serait très sèche, on pourrait arroser abondamment le sol autour des Fourmilières, afin d'exciter les Fourmis h sortir leurs Larves et leurs Nymphes, comme cela a lieu plus particulièrement après les pluies qui ont rafraîchi la terre.
comme aussi les temps orageux qui surviennent assez communément pendant la dernière quinzaine de juillet et au commencement d'août sont les moments que les Mâles et les Femelles de Lasii/s niger choisissent préférablement pour s'accoupler. Ordinairement, pour accomplir cet acte, ils prennent leur essor de quatre à sept heures ; il est donc nécessaire de faire sa visite sur les trois heures au plus lard.
A défaut de cloches en terre, on peut se servir de pots à fleurs ou de tous autres objets concaves ou plats, peu épais, tels qu'une assiette, une tuile, etc. ; mais rien n'est aussi convenable, surtout à l'égard du Lasius niger, que les cloches en question, employées dans certaines localités pour faire blanchir les chicorées.
Maintenant, pour tuer tout d'un coup les masses de Larves, de Nymphes et d'Insectes parfaits qui se trouvent hors de leur Nid sous les cloches, différents moyens peuvent être employés.
Il suffit, si la surface du sol est dure et unie, telle que celle des allées d'un jardin, d'écraser les Fourmis avec une pelle, après avoir fait tomber les individus qui se trouvent dans l'intérieur des cloches.
11 est un moyen plus expéditif. On fait chauffer de l'eau, et, lorsqu'elle bout très fort, on transporte le vase qui la contient près de chacune des cloches, puis on la verse, avec un autre vase moins grand, sur les Insectes qu'il s'agit de faire périr. Si l'on avait beaucoup de Fourmilières à échauder, il vaudrait mieux, pour ménager celle eau, y jeter les Fourmis, ou les y faire tomber en frappant quelques coups secs sur les cloches tenues au-dessus du premier vase. On ne doit soulever les cloches qu'au moment où l'on opère ; car il faut bien peu de temps à ces Insectes pour rentrer les Larves ou les Nymphes dans leur Nid et pour disparaître avec elles.
11 est encore un moyen plus commode et plus convenable pour faire périr ces Hyménoptères, surtout lorsqu'il s'agit d'opérer loin des habitations. On peut très facilement les détruire avec de la chaux ou de la suie délayée en assez grande quantité dans de l'eau et déposée dans un grand vase ou dans un baquet, ou mieux encore, si l'on pouvait se les procurer à très bas prix dans la localité, avec des matières 'grasses ou gluantes, telles que du savon noir, de la'mélasse, de l'huile
LES FOHMICIDES.
de poisson, de l'huile empyreumatique, ou toute autre liqueur analogue étendue avec de l'eau ou formant une couche assez épaisse à sa surface; mais il faut, après qu'on a jeté ces Insectes dans le vase, remuer le mélange grossier qui s'y trouve déposé, afin de les empâter de manière qu'ils ne puissent s'échapper, et il faut observer de ne répandre, sur les cloches ou sur les Fourmilières, aucune des matières employées de peur que leur odeur n'empêche les Fourmis de sortir au même endroit.
Comme ordinairement une Fourmilière n'est point détruite du premier coup, on remet les cloches dans la même place, et, deux à trois jours après, et souvent même dès le lendemain, on recommence la même opération, qui peut être renouvelée à d'assez courts intervalles, suivant la température jusqu'à quatre ou cinq fois, ou enfin jusqu'à l'entière destruction de la Fourmilière. On attend aussi parfois deux à trois jours pour replacer les cloches, par exemple, lorsqu'on vient de faire une ample destruction ; mais cela n'est pas toujours nécessaire : avec un peu d'expérience on jugera facilement des petites modifications à apporter selon les circonstances, du moment le plus favorable pour opérer et du temps qu'il faut laisser s'écouler entre chaque opération, temps qui varie suivant la température.
Il m'est arrivé plusieurs fois consécutivement de faire sortir d'une même Fourmilière, établie dans une allée et indiquée seulement par quelques trous, un si grand nombre de Fourmis, que l'intérieur de la cloche en était tout noir et en même temps une si grande quantité de Nymphes, que le fond d'une assiette en eût été couvert, sur plus de 4 millimètres d'épaisseur (1).
Il est donc impossible d'employer un moyen plus certain, puisqu'il atteint ces Insectes lorsqu'ils se sont amassés sur un même point, pour satisfaire au besoin qui les porte continuellement à chercher l'action vivifiante du soleil; plus simple, puisque les moindres objets suffisent pour augmenter la chaleur au-dessus de leur Nid, de manière à les attirer tous à la surface du sol ; et il est impossible, je crois, d'obtenir un meilleur résultat, dès que l'on détruit en même temps les Larves, les Nymphes, les Ouvrières, les Mâles et les Femelles, c'est-à-dire la Fourmilière entière.
(l)Les Nymphes sont presque toujours entassées dans l'endroit le plus chaud et contre la partie de la cloche la plus longtemps exposée aux rayons du soleil.
Four ne rien omettre de ce qui peut faciliter la destruction des Fourmis, je me permettrai encore déconseiller quelques expédients dont je n'ai eu l'idée qu'en rédigeant ce mémoire, et que, par conséquent, je n'ai point éprouvés, mais qui me semblent devoir produire de bons effets, parce qu'ils sont également fondés sur les mœurs de ces Insectes et sur leur goût, surtout, pour les matières sucrées, goût bien prononcé, comme le prouve l'affection si remarquable qu'ils ont pour les Pucerons.
Ainsi, dans le cas où une Fourmilière aurait été se fixer au pied d'une plante que l'on désirerait conserver, on pourrait placer une ou deux cloches à l'entour et mettre dessous quelques-uns des aliments que ces Insectes recherchent avec ardeur, par exemple, un morceau de pain couvert de miel, un morceau de fruit ou de viande, etc. ; peut-être les détermineraiton à se déplacer en leur offrant ainsi un logement en rapport avec leurs besoins et une pâture dont ils sont si friands.
Dans le cas où elle se serait établie dans un appartement d'où on voudrait la faire sortir, on planterait dans un vase, soit une plante ou un arbuste sur lequel se trouveraient de nombreux Pucerons, soit une plante à laquelle on attacherait des feuilles d'une plante de la même espèce chargées de ces Insectes (1), et l'on placerait ce vase le plus près possible de la Fourmilière dont on aurait le désir de se débarrasser; ou bien encore, on remplirait un pot à fleurs de terre sèche, en ayant soin de couvrir le trou du fond avec une coquille d'huître, afin que les Fourmis pussent s'introduire plus facilement par cet endroit ; on presserait ensuite la terre pour lui donner plus de consistance, et de manière à ménager un espace vide en dessus pour y déposer l'un ou l'autre des aliments que je viens d'indiquer, puis on couvrirait le pot avec une assiette, une tuile ou tout autre objet peu épais, et l'on porterait cette espèce de piège à côté de la Fourmilière qu'il s'agirait d'attirer. Ces deux moyens pourraient offrir des chances de succès (2) ; car il est à remarquer que la plupart des Fourmis
(I) 11 faudrait avoir soin d'entretenir la plante ou l'arbuste dans un état de vie et de fraîcheur tel qu'il pût nourrir les Pucerons ; toutefois on l'arroserait le moins possible, afin de ne pas chasser les Fourmis qui chercheraient à s'établir dans le vase.
(•I) On pourrait aussi les employer dans le premier cas, si le moyen indiqué pour délivrer une plante précieuse des atteintes de ces Insectes ne réussissait pas.