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LE POU DU CORPS

Bremser (1) a rencontré une myriade de Poux dans une tumeur de la tête.

Jules Cloquet en a vu des milliers rassemblés dans une poche sous-cutanée.

Aujourd'hui la Phthiriase est encore commune dans certaines parties de l'Europe où les habitants sont sales et malheureux. En Galice et dans les Asturies, elle n'est pas rare en Pologne, elle accompagne, dit-on, la plique.

L'homme sauvage est assailli par les différents parasites qui s'attachent à notre espèce. Dans sa chevelure épaisse, graisseuse et mêlée, foisonnent les Pouxet un grand nombre de peuplades sauvages ont la coutume de les manger.

Au rapport des voyageurs, il existe aussi des Parasites du même genre dans les cheveux des Nègres d'Afrique, des Indiens asiatiques et américains et des habitants de la Nouvelle- Hollande.

Oviédo, l'un des premiers écrivains par lesquels on connut en Europe l'Histoire naturelle des pays conquis en Amérique par les Espagnols, a écrit que par le travers des Açores les Poux disparaissaient sur les Européens qui faisaient voile vers l'Amérique et qu'au retour les navigateurs en étaient de nouveau attaqués, et cela dans les mêmes parages; maison sait bien aujourd'hui qu'il n'en est rien, et il y avait même des Poux en Amérique avant l'arrivée des Espagnols. Il faut ajouter cependant qu'ils y étaient fort rares.

J'aivu,ditHouzeau(2), des familles indo-mexicaines s'asseoir en ligne sur la terre et chacun prendre la vermine à son voisin. Une opinion populaire attribue le développement rapide des Parasites, parmi les indigènes de l'Amérique, à la douceur du sang chez des peuples qui font à peine usage du sel. Mais la fécondité de ces Insectes est assez grande pour qu'il soit inutile de chercher d'autre cause favorable, sinon l'insuffisance des soins de propreté.

De Martius, cité par Perty (3), fait remarquer que les Indiens du Brésil ont rarement des Poux, mais que la vermine est fréquente chez certains colons dont la paresse et la saleté sont extrêmes. On verra quelquefois, suivant lui, des mères refuser de marier leur fille pour nepasêtreprivées dans leur vieillesse del'occupation de lui chercher les Poux. Justin Goudot

(1) Bremser, Traité des vers intestinaux de l'Homme. Paris, 1837.

(2) Houzeau, Etudes sur les facultés mentales des Animaux. Mons, 1872,t. I, p. 256.

(3) Perty, Deliciœ Insect. Brasilia.

nous a appris que les Poux sont rares chez les Indiens de la Magdalena en Colombie.

De même que la Chienne croque les Puces de ses jeunes et que les Singes se prennent la vermine et la mangent, certains Sauvages portent le Pou à la bouche après l'avoir saisi. Les Indiens de l'ancienne Amérique russe, maintenant Alashka, qui ont beaucoup de peine à subsister, mangent leur vermine quand les vivres sont rares (1). Le capitaine Portlock raconte qu'étant à Portlock's Harbourg, il laissa un marin à terre en otage. Ce malheureux fut bientôt couvert d'autant de vermine que les Indiens au milieu desquels il vivait. « L'habitude ne l'avait pas rendu insensible à ces hôtes gênants ; aussi trouvait-il sa situation fort désagréable. A la fin, il détermina une femme à le débarrasser. Celle-ci, regardant sans doute les Insectes parasites comme un mets choisi, se mit à la besogne de tout cœur et l'eut bientôt nettoyé (2). »

En lisant ce récit, on se reporte involontairement au tableau d'Arago et du général Berthénice dans le moulin de Rosas, quand les prisonniers étaient heureux de se faire croquer la vermine par les Singes qu'ils avaient avec eux (3).

Dans lesîles Aléoutes, les sauvages se repaissent avidement de leur vermine. Les Algonquins, dit Stearne, mangent les Poux qu'ils se prennent sur le corps.

Les Hottentots, dit Sparmann (4), se prennent les Poux et les mangent.

Labillardière a écrit depuis longtemps que les femmes des malheureuses peuplades de l'Australie mangeaient les Poux qu'elles prenaient sur la tête de leurs enfants; les Hottentots ont aussi cette sale habitude, qu'ils partagent avec les Singes.

On voit donc que la coutume subsiste dans des races différentes et paraît inhérente à l'état social.

Mais si l'état de sauvagerie est le seul dans lequel l'homme mange la vermine à la manière des bêtes, la race barbare nous offre encore le spectacle de la profusion des parasites dans toutes les classes de la société, et l'état civilisé nous montre les restes du même tableau borné maintenant aux classes inférieures.

(1) Portlock et Dixon, Voyage to King George^s Sound, 31 juillet 1788.

(2) Portlock et Dixon, Voyage to King George's Sound, 20 août 1788.

(3) Arago, Œuvres, t. I, Histoire de ma jeunesse.

(4) Sparmann, Voyage to the Cape, 15 décembre 1773.

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