MŒURS, HABITUDES, REGIME. — ARCHITECTURE
interrompues. Dans un endroit la section d'une de ces salles est entièrement fermée et forme une chambre triangulaire d'un quart de pouce de hauteur et d'un pouce et demi à sa base. Dans l'échantillon que nous avons, elle ressemble à une sorte de fenêtre en saillie élevée au-dessus de la galerie. Le plafond de cette chambre sert de plancher (sol) à la chambre supérieure, et son fond est évidemment le plafond delà grande salle de dessous. Le mur de cette chambre est usé et très mince, il présente une petite ouverture semblable à une fenêtre ; en plongeant la sonde dans cette dernière, j'ai pu constater que la chambre en question est une cavité. Son entrée est par derrière. Le plus grand nombre d'excavations se trouve dans le bloc qui a 1:2 pouces de hauteur et forme la partie inférieure de la Fourmilière.
« Les séries de galeries ci-dessus décrites sont terminées ou surmontées d'un dôme irrégulier, qui par ses colonnes penchantes ressemble à une voûte d'une grotte calcaire avec ses stalactites. C'est le vrai plafond de la Fourmilière principale. Il peut être considéré comme la première des nouvelles séries de la construction. L'architecture de cette seconde série, caractérisée par un dôme ou une voûte, est tout à fait différente de celle de la première série ; le caractère principal de cette dernière étant un système de galeries et de salles. La première peut être appelée colonnades, tandis que la seconde se nommerait cavernes. Le dôme a une hauteur de presque 1 pouce et demi. Au-dessus de celui-ci se trouve une voûte irrégulière ou une série de voûtes dont les hauteurs varient entre 3/4 et 3 pouces, et qui communiquent avec deux escaliers tubulaires ou montés. Le sol , jes murs et les voûtes de ces cavités sont assez lisses et noirâtres comme s'ils étaient tachés avec de l'acide formique. L'une de ces cavités est séparée du système central et n'est reliée avec celui-ci qu'à l'aide d'une galerie circulaire de 5 pouces de longueur. Le sol de cette caverne est d'une forme irrégulière ; la surface en est inégale, comme celle des galeries et des salles, mais présente en outre dans quelques endroits des coupures et des rainures semblables à celles faites avec un couteau. Elle ne porte pas de taches que l'on observe dans les autres séries.
« La voûte est taillée en forme de diamant et par deux de ses angles communique en haut et
latéralement sur la distance de plusieurs pouces, comme cela a été prouvé par le sondage, avec des galeries et de vastes salles. Les cavités semblables à celles que nous avons décrites plus haut sont creusées dans la principale Fourmilière et en forment la partie inférieure, mais de dimensions réduites. Les contours de ces cavités sont représentés sur le plan.
« Il serait important de déterminer rigoureusement l'économie de ces différentes cavités, mais par des raisons bien simples, nous sommes forcés de nous borner à l'étude générale de leur destination. M. Huber jeune a essayé d'accoutumer la Fourmi fuligineuse, espèce de Fourmi-charpentiôre de l'Europe {Formica fuliginosa, Latr.) à vivre et à travailler sous ses yeux. Mais l'instinct de réclusion de ces créatures n'a pu être surmonté par les efforts ingénieux de l'éminent Naturaliste. Si j'avais su aussi bien, avant la division du bloc, les faits détaillés que je viens d'exposer, j'aurais pu observer avec plus de soins la distribution des Larves et des Nymphes, dont un très grand nombre a été trouvé dans les cavités. Je puis dire que lorsque le bloc a été scié en pièces, nous en avons trouvé dans toutes les parties de laFourmilière. Elles étaientrangéessurlesol des galeries, et je crois qu'elles se trouvaient en masse au fond des cavernes. Quant à la chambre fermée et à la caverne isolée on ne saurait définir positivement leur destination ; toutefois je me permets de poser la question suivante : ne seraient-ce pas les pièces royales, l'appartement de la Fourmi-reine, ou bien les nourriceries servant à élever les futures souveraines de la colonie? Ou bien encore (et ce serait peut-être une question plus importante) ce sont les chambres où les Ouvrières déposent les OEufs que laisse tomber de son corps la reine féconde.
« Le volume de la poutre occupée par la Fourmilière est de 2 pieds de longueur sur 7 pouces de largeur et 7 de hauteur. La Fourmilière s'élevait au-dessus du sol de 24 pieds; les cellules inférieures dépassaient de 4 pieds le plancher du second étage du moulin, que les Fourmis ont choisi pour leur habitation. Les Fourmis sont ainsi préservées de l'humidité et de la température extérieures dont souffrent leurs congénères des champs ; toutefois, il est difficile de comprendre comment elles parviennent à obtenir par les différentes altitudes des salles et des cavernes la température nécessaire à la bonne santé des Larves et des Nym-
LES F0RMIC1DES.
plies, comme c'est le cas par exemple dans les constructions des Formica rufa.
« Les portes oblongues ou rondes servent d'entrée à la Fourmilière; elles sont percées irrégulièrement sur tout le pourtour de la poutre. Ces trous donnent généralement dans les galeries tabulaires ou circulaires qui communiquent avec l'intérieur. Quelques-unes néanmoins conduisent directement dans les vestibules spacieux qui servent probablement de séjour aux Larves et aux Nymphes, lorsqu'on veut les exposer à l'air. La disposition des portes ainsi que de l'ensemble des galeries permet une ventilation parfaite. La fissure verticale dans la poutre (fig. 963, -a) présentait d'après mes observations la principale voie de communication avec l'intérieur. Les Ouvrières en sortaient continuellement, ponant dans leurs mandibules des fibres de bois. Ces dernières étaient déposées sur la traverse disposée à 18 pouces plus bas et y formaient un petit tas (fig. 963, b). Des Ouvrières se rassemblaient en grand nombre sur ce tas; elles étaient toutes occupées à transporter avec soin les fibres de bois au bord de la traverse et à les jeter de là sur les marches de l'escalier. Le meunier me renseigna que les Fourmis travaillaient aussi sur les marches; mais, apercevant qu'il les balayait chaque jour, elles abandonnèrent définitivement cette partie de leurs travaux comme étant complètement superflue et se bornèrent dans leur entreprise à la fente de la traverse. Les Fourmis témoignèrent ainsi un trait caractéristique vraiment humain, en évitant tout travail inutile.
« L'habitude de jeter dehors les rognures de bois est un instinct très prononcé de ces créatures. A Fairmount-Park on a pu observer comment les Fourmis éloignaient du pied du Cèdre qui leur servait d'habitation les rognures de bois. J'ai eu l'occasion d'observer plusieurs fois le même fait dans certaines colonies habitant les arbres qui se trouvaient à proximité de l'Académie des sciences naturelles à Logan square (Philadelphie). Dans Race street, près de la dix-huitième rue, un petit Erable de 8 pouces de diamètre attirait surtout l'attention. Une escouade de Fourmis travaillait sur le côté nord de cet arbre, clans un creux de 8 à 9 pouces de longueur et de 3 à 4 pouces de largeur, disposé à 1 pied au-dessus du trolloir. Au fond de ce creux se trouvaient entassés des petits morceaux de bois. Vers ce point arrivaient constamment des Ouvrières
en apportant la nourriture, qui consistait en petits Vers et en une sorte de grains brunâtres que j'ai pris pour des Coccidœ, sans toutefois en avoir la pleine certitude. J ai suivi une de ces Ouvrières à partir du creux jusqu'à l'arbre voisin, sur lequel elle monta et où je la perdis de vue. Probablement se rendait-elle à la recherche des provisions dans les branches supérieures de l'arbre. Pour déterminer si les Ouvrières qui portent le bois s'occupent aussi du transport des provisions, j'ai enlevé chez une porteuse le Coccus, que j'ai placé ensuite dans la cavité de l'arbre. Une des porteuses, en lâchant son petit bout de bois, reprit le Coccus et l'emporta avec. 11 n'existe probablement pas de division de travail dans la Fourmilière, mais toutes les Ouvrières percent des galeries ou bien s'occupent de l'approvisionnement, suivant le besoin ou le goût.
« Sur le côlé Est de l'arbre, à quelques pouces du sol, se trouvait une petite ouverture tubulaire, dissimulée derrière une saillie de l'écorce. Les Fourmis jetaient dehors par celte ouverture des rognures, qui s'entassaient à la base du tronc. Deux Ouvrières travaillaient sur ce tas, en emportant les rognures et les jetant dans le ruisseau. C'était vraiment intéressant et en même temps amusant à voir les manières de ces créatures dans leur occupation. Après avoir atteint le bord du ruisseau, elles s'asseyaient sur leurs pattes de derrière, restaient un moment dans cette posilion, ensuite, se penchant en avant, elles laissaient tomber de leurs mandibules le petit bout de bois. Ensuite elles se mettaient à faire des mouvements rapides avec les pattes de devant, comme pour enlever de leurs mandibules les sciures qui y adhéraient. Un vent léger remuait les rognures rejetées et les transportait le long du ruisseau à une distance de plusieurs pieds. D'après les nombreuses observations, la Fourmi ouvrière se penche invariablement en avant en se débarrassant de sa charge de rognures. L'instinct de transport est probablement quelque chose de plus qu'une simple habitude de propreté. 11 doit être envisagé comme ayantune très grande importance pour la sûreté de l'Insecte, qui éloigne ainsi du voisinage de son habitation toute trace de sa présence.
« La quantité de bois creusé durant une journée est relativement très grande. Les mandibules sont l'instrument au moyen duquel ce travail est effectué; ce sont des organes triangulaires, très rigides, disposés à
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