HIS
Caractères. — Ce genre est remarquable par les extraordinaires épines et crochets de formes très variées qui couvrent tout le corps.
Les Polyrhaelus, assez grands de taille, peu actifs, et vivant en petites communautés dans des endroits exposés, seraient vite détruits par les Oiseaux insectivores, puisqu'ils n'ont ni aiguillon pour piquer, ni mandibules pour mordre, s'ils n'étaient pas protégés par ces pointes aiguës qui hérissent leur corps.
BHstriuution géographique. — Le genre
Polyrhachis abonde dans les forêts de la Malaisie.
Mœurs, habitudes, régime. — Ces Fourmis
habitent des Nids placés sur les feuilles et faits
Fig. 1013. — Nid de Polyihacliis.
d'une sorte de papier (fig. 1013); lorsqu'elles sont troublées, elles se précipitent au dehors en se frottant contre les parois du Nid, de manière à produire avec leurs épines une sorte de bruissement.
LES OECOPIIYLLES— OECOPHYLLA (3)
Une autre Fourmi de couleur verte, fort commune dans les îles de la Malaisie, YŒcophylla smaragdina, très active, grâce à de longues jambes, et très intelligente, se construit un Nid en collant ensemble, par leurs bords, des feuilles des Zingibéracées. Si l'on vient à toucher leur demeure, tous les habitants en sortent avec impétuosité, se tenant verticalement, et frappant avec violence les feuilles pour éloigner l'agresseur, en faisant du bruit, car elles n'ont que ce moyen de défense.
(I) P. 50 et suiv. et p. 8" et suiv.
(ï) rioWpaxi:, qui a beaucoup d'épiue9 sur le dos.
(3) Otxo;, demeure; yûW.ov, feuille.
LES MYRMECOCYSTES -
CVS TUS (1)
MYRMECO-
Dans les contrées qui avoisinent la Méditerranée, se trouvent quelques espèces de Fourmis qui peuvent passerinaperçues; mais sur le continent américain se trouve une forme congénère, qui jouit d'une grande célébrité, c'est la fameuse Fourmi à m iel, connue au Mexique sous le nom de Busilera, dont l'histoire jusqu'ici peu connue mérite d'être retracée tout au long. Sans nous arrêter à caractériser le genre qui est défini par les caractères de celte espèce type, nous passerons immédiatement à l'étude de ce remarquable Hyménoptère en prenant pour guide l'intéressant mémoire que M. Mac Cook vient de publier (1882) (2), estimant que nos lecteurs nous sauront gré de leur faire connaître ses observations si curieuses; réminent naturaliste américain a su nous faire connaître un monde nouveau aux mœurs étranges et inattendues.
La particularité des Fourmis à miel [Myrmecocystus melligêr), qui a attiré l'attention spéciale des Naturalistes, consiste en ce que l'une des castes ou formes de travailleurs a l'abdomen distendu de façon à figurer le volume et la forme d'un grain de Groseille ou d'un petit grain de Raisin, abdomen entièrement rempli de miel.
LA FOURMI A HIIÏL. — MIll.lIECOClSTUS MELLIGER.
Caractères. — Ouvrières trois formes : maîtresse-Ouvrière, jeune Ouvrière, petite Ouvrière.
Couleur, un reflet uniforme jaune; le corps est couvert entièrement et d'une façon serrée, de poils courts jaunes, les pattes le sont d'une façon moins serrée. Les palpes maxillaires sont très longues, ont six segments, le troisième est le plus long; elles sont couvertes, surtout en dessous, de longs poils recourbés en arrière. Les palpes labiaux ont 4 articles; les mandibules ont neuf dents. La tête est quadrangulaire, plus arrondie chez la maîtresse Ouvrière que chez la jeune
(1) M0p(jiT]4, Fourmi; xûcm;, vessie, par allusion à la forme vésiculeuse de l'abdomen de certaines Ouvrières.
(2) Henry C. Mac Cook, Tlie Honey Ants of Vie Guiden of Vie Gods (Les Fourmis ù miel du Jardin des Dieux). Philadelphie, 1832.
LA FOURMI A MIEL
Fig. ion.
Fig. lOlfi.
Fig. 1014. — Reine ontourée par une légion d'Ouvrières qui constituent sa garde d'honneur et surveillent ses agissements.
Fig. 1015. — Ouvrière normale.
Fig. 1010. — Ouvrières nourrices ou Fourmis à miel
Fig. ion
Fig. mr.i.
suspendues aux parois de leur chambre dans l'attitude
qui leur est particulière.
Fig. 1017. — Fourmi à miel malade.
Fig. 1018. — Fourmi à miel tombée sur le dos. Fig. 1019. — Ouvrière entraînant une Fourmi à miel.
Fig. 1014 h 1019. — Les Fourmis ,\ miel ou Myrme:ocystes melligrr.
Ouvrière, et la petite Ouvrière ; plus large que le thorax. Le chaperon est lisse, arrondi, légèrement aplati du côté de l'aire frontale qui est lisse, luisante, triangulaire, un peu tronquée en arrière. Les yeux sont assez proéminents; une touffe de poils, sur la face en dessous, dirigés en avant. Le thorax d'une bonne longueur est rétréci et comprimé en dessous vers le mésothorax; le mélalhorax (mélanotum) est aussi haut, ou légèrement moins haut que le prothorax (pronotum). Le nœud fendu à l'extrémité, épaissi à la base, est inséré perpendiculairement sur le pédoncule; l'anus est fortement cilié. Longueur de la maîtresse- Ouvrière 8 mill. 1/2; de la jeune Ouvrière 7 mill. ; de la petite Ouvrière 5mn, 1/2.
Porteurs de miel. — Forme sédentaire, se distinguant par l'abdomen distendu en forme sphérique .par l'expansion du jabot rempli de miel. La longueur (y compris l'abdomen) est de 13 mill. (1/2 pouce); les proportions et la description de la tête et du corps sont celles de la maîtresse Ouvrière dont elle peut être une forme développée.
Breiim. — VIII.
Femelles. — Reine vierge, longueur totale, 13*"". Comme il suit : mandibules, lmm; tête, 2mm ; corps, Smm; abdomen, 5°"°. Largeur de l'abdomen 3mm, du prothorax 2min.
Couleur jaune livide. Ailes antérieures, 14'0m de long.
Mâles. — Longueur, 5mm; longueur de l'aile de devant, omm, 1/2, couleur jaune livide; la partie supérieure du thorax et dorsale de l'abdomen noirâtre. Les mandibules ont une faible dent à leur extrémité et deux autres plus courtes et plus faibles.
Historique. — Les premiers renseignements sur la Fourmi à miel furent publiés par le Dr Pablo de Llave, en 1832, dans un journal mexicain (1) ; une traduction française de cet écrit fut donnée par M. H. Lucas en 1860 (2); cependant (1838) M. Wesmaël avait publié une description et une figure
(1) P. de Llave, Registro trimestre o collecion de Memorias de Historia, Litteratura, Ciencias y Artes, 1832.
(2) Lucas, Observations sur les Busileras, ou Fourmis ii miel du Mexique. {Revue et Magasin de Zoologie, t. XII, 1860, p. 271.)
LES FORMICIDES.
de la Fourmi, sans avoir eu connaissance de l'écrit de Llave, créant pour elle le genre Myrmecocystus. Le nom générique de "Wesmaël resta, mais le nom spécifique (Mexicanus) a cédé naturellement devant celui de Llave, modifié cependant de melliyera en melliger. Cook regarde l'Insecte du Colorado, qui a fait le sujet de ses études, comme une nouvelle variété, et l'a nommé Myrmecocystm hortus-deorum, conservant le nom donné par Wesmaël comme un nom de variété.
Les informations de Llave étaient de seconde main, car il n'avait fait aucune observation personnelle sur les habitudes de la Fourmi melligère; il tenait ses renseignements d'un habitant de Dolores, village voisin de Mexico. La plupart de ces faits ont été confirmés en totalité ou en partie par les observations de Mac Cook.
Wesmaël (1), qui fit ses études sur des spécimens envoyés du Mexique par le délégué Belge, baron Normann, fait mention de la croyance à la théorie émise par ce voyageur, à savoir que le porteur de miel élabore le miel et le dépose en certains réservoirs, analogues aux cellules des Abeilles, pour la nourriture des habitants de la Fourmilière, Le baron Normann ne réussit pas à obtenir des échantillons de ces réservoirs pour les envoyer en Europe, ou plutôt préféra ne pas les expédier dans la conviction qu'ils auraient été détruits pendant l'embarquement. En fait, de tels réservoirs n'existent que dans son imagination.
Un des rapports les plus embrouillés sur les Fourmis à miel est celui de M. Henry Edwards (2). L'exposé qu'il en donne est fait de seconde main d'après la narration verbale du capitaine W. B. Fleeson, dont les observations furent faites à ou près de Santa-Fé. Elles sont si extraordinaires et si contradictoires qu'on est forcé de ne pas y ajouter foi.
On connaissait donc jusqu'ici très peu les mœurs des Myrmécocystes ; l'Ouvrière portemiel {honey-bearer) et la grande Ouvrière ( Worker-major) seulement ont été observées. Afin, si possible, de les étudier sur le vif et de les prendre sur le fait, Mac Cook, sachant que les Fourmis à miel avaient été trouvées dans le voisinage de Santa-Fé et même au Nord
(1) Wesmaël, Bulletin de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, t. V, 770. PI. XIX, fig. 1-4.
(2) Henry Edwards, Note sur les Fourmis ù miel du Texas et du Nouveau Mexique. {Comptes rendus del'Acad. des scie?ices de Californie, vol. V, 1873, p. 72.)
aussi loin que Abiquiru sur le Big Chama River (1), partit au commencement de juillet 1879 pour le Nouveau-Mexique.
Distribution ^«-og-raphique. — Pendant lin
court séjour à la maison de campagne du général Charles Adams, de Manitou (Colorado^ qui est placé à la porte du Jardin de Dieux, et dans le cours de quelques observations faites sur les Fourmis du voisinage, il découvrit un Nid dont l'architecture extérieure était nouvelle pour lui. Les sentinelles étaient attirées au dehors au moyen d'une paille, et leur aspect général faisait soupçonner qu'elles pouvaient être des Fourmis à miel que les descriptions lui avaient seules fait connaître, attendu qu'il n'en avait jamais eu de spécimen. Le Nid découvert, il fut charmé d'avoir sous les yeux l'objet de ses recherches. Sur ces entrefaites, explorant le voisinage, et trouvant que les Nids étaient suffisamment nombreux pour atteindre le but de ses études, il abandonna ses préparatifs de départ pour le Nouveau-Mexique, et s'installa dans le Jardin des Dieux pour faire les observations dont l'article suivant contient la relation.
i< Jusqu'au temps de ma découverte, j'ignorai, dit-il, que les Fourmis à miel étaient répandues aussi loin dans le Nord. Je ne trouvai pas de Fourmilière dans d'autres endroits de l'État, et il y a lieu de douter qu'on puisse les trouver dans les endroits favorables dans la portion extrême sud de l'État et peut-être aussi au nord de la latitude de « Pike's Peak ». Le Mexique, le Nouveau-Mexique, et le sud du Colorado, peuvent certainement être regardés comme l'habitat naturel des Fourmis à miel. Il est, cependant, probable que l'on peut les trouver dans les parties tout à fait sud-ouest du nord de l'Amérique, principalement sur les plateaux. On les trouvera certainement à l'ouest des montagnes Rocheuses, car j'ai récemment trouvé une Femelle de cette espèce dans une collection d'Hyménoptères envoyée du sud de la Californie à M. Cresson. »
Le tableau suivant énumère les localités où on les rencontre suivant l'altitude.
Auteurs.
Mexico 7,482 pieds Llave.
Matamoras. Mex. J ,„ T . „
D ... „ „ / 50 ». Langstroth.
Bronswille. U.S.)
Santa Fe 7,047 pieds Loew, Kumtnevd.
(1) Rev. Henry C. Mac Cook, D, D. The Iloneij Ants of the Garden of the Gods. [Les Fourmis a miel du Jardin des Dieux, Philadelphie, 1882).
LA FOURMI A MIEL
Albiquiu 5,930
Jardin des Dieux. 6.181
Cope.
Mac Cook.
On voit ainsi que les endroits où jusqu'ici mi a trouvé ces Insectes se trouvent pour la plupart sur les plateaux compris entre 6,000 et 7,500 pieds au-dessus du niveau de la nier. La découverte de M. Langslroth est rapportée comme faite « dans le voisinage de Matamoras ». Si cela signifie voisinage immédiat, le fait s'oppose à la généralisation qu'on serait d'ailleurs tenté de faire en limitant l'habitat des Fourmis à miel aux Hauts-Plateaux, car Matamoras n'est situé seulement qu'à une faible altitude.
Alu'urs, habitudes, rés'ime. — EMPLACEMENT
liES mus et architecture extérieure. — Les Fourmis à miel habitent donc en grand nombre dans la portion de pays connue sous le nom de Jardin des Dieux; mais la conformation du sol, paraissant ici être un élément important pour la détermination de l'habitat des Insectes, mérite une courte notice.
Le Jardin des Dieux embrasse un espace d'environ deux milles de longueur, sur un de large, dont la surface est coupée par des chaînes de montagnes qui se croisent sous des angles variés. Ces montagnes sont couronnées et bordées à leur faîte de grès rouge et de conglomérat, dont la forme et la ressemblance avec les divinités païennes ont probablement suggéré le nom donné à ce paysage. On peut se faire une idée de la topographie du pays par le dessin d'un fer à cheval, dont la pointe serait tournée vers le nord et à l'intérieur duquel se trouverait un second fer à cheval occupant la moitié de l'espace en largeur et le tiers en longueur. Ces chaînes sont composées de grès rouge qui affleure librement, formant de larges bancs et des falaises. La surface du sol où le roc n'est pas à découvert e>t un sable lourd sur lequel poussent des touffes de gazon, des bouquets de bois épars, de petits Cèdres et des Pins, et, dans les petits vallons ou les recoins, des Tournesols sauvages, des Roses sauvages, et de nombreux petits buissons et groupes de Chênes rabougris [Quercus ttndulatà). C'est le long de tous les sommets de ces collines, et sur les versants est et sud-est que l'on rencontre les Nids de Fourmis à miel. On trouve environ 90 0/0 de ceux-ci sur les sommets des collines, chacun d'eux sur le faîte ou dans son voisinage ou encore sur la liarne centrale du
sommet. On peut, par conséquent, regarder le choix d'un tel endroit comme l'habitat fixe des Fourmis.
L'avantage d'une telle position est évidente, au moins dans les moments de sécheresse et de chaleur. M. Cook fit plusieurs observations des effets des pluies d'orage de juillet et d'août sur l'architecture extérieure, qui est un monticule surbaissé, couvert de sable, percé au centre d'une galerie tuhuleuse ou d'une porte de 3/4 de pouce de diamètre. Les grands monticules couverts de sable de la Fourmi occidentale (Pogonomyrmex occident alis, Cresson), dont une grande quantité étaient construits dans la vallée du Boiling Fountain Creek, et dans les recoins entre les montagnes, étaient plus ou moins avariés par l'eau qui les mouillait. Quelques-uns étaient sérieusement endommagés, un d'entre eux complètement emporté. Le seul préjudice causé sur les Nids des Myrmécocystes était la chute de quelques grains de gravier à l'intérieur de la porte. Il n'y avait aucun dégât causé par l'eau qui les mouillait et il ne paraissait y en avoir d'autre que celui que ces gouttes de pluie tombant sur les Nids et à l'intérieur de l'ouverture pouvaient causer momentanément.
Pendant tout un orage, durant lequel on surveillait un Nid, plusieurs Fourmis stationnaient semblables à des sentinelles à l'intérieur de l'ouverture autour de son bord supérieur. Évidemment elles étaient là pour réparer les dégâts de leur demeure. Le dérangement de quelques grains de sable obligeait deux de ces sentinelles de rapporter du gravier et d'essayer les réparations. Mais il y avait peu d'occasions de le faire, bien que la force delà pluie fût assez grande pour causer de grands malaises à l'observateur. Au bout d'une demi-heure la pluie cessa, le soleil reparut sur le Pike's Peak, et un arc-en-ciel entoura le Mésa. Une maîtresse Ouvrière monta sur le sommet du Nid, s'étendit, éleva la tête comme pour humer l'air frais, descendit la pente graveleuse et suivit à pas mesurés un sentier conduisant à un taillis de Chênes voisins. Une heure après, elle n'était pas revenue, et aucune autre Fourmi n'avait quitté le Nid. Plusieurs, cependant, sortirent, mais elles furent apparemment troublées par le vent qui suivit la pluie et elles rentrèrent. Dans une autre occasion, le léger dérangement du Nid causé par la pluie fut immédiatement réparé après l'orage. Il aboutit à la fermeture de la plus
grande partie de l'entrée par quelques graviers déplacés le long de l'ouverture du cratère.
L'architecture extérieure a été comparée à un petit monticule de sable. Le plus grand était situé en une des chaînes de l'intérieur du Jardin ; il mesurait autour de la base 32 pouces, en hauteur 3 pouces 1/2, la longueur dans la direction nord de 4 pouces 1/2. Les dimensions moyennes des Nids sont quelque peu inférieures à celles-ci. Le diamètre de la base varie de 10 à 3,3 pouces, le plus grand nombre mesure G à 7 pouces. La hauteur ordinaire est de 2 à 3 pouces. La forme du Nid est celle d'un cône tronqué. Le diamètre de la section supérieure de ce cône est de 2 pouces. Au centre, se trouve une ouverture ou porte tubuleuse, de 3/4 à 7/8 de pouce de diamètre.
Architecture intérieure. — L'architecture de la porle-cochère, terme par lequel Cook caractérise la structure du Nid au point le plus voisin de l'entrée, est fort simple; c'est un simple tube s'ouvrantau centre du monticule et ayant 3/4 à 7/8 de pouce de diamètre. L'intérieur de la porte est uni, et celle-ci pénètre le monticule de terre perpendiculairement à une profondeur variant de 3 1/2 à 6 pouces. Cette porte-cochère a la forme d'un entonnoir au sommet, et cet entonnoir est revêtu de sable, différant en cela de la partie inférieure ou de la partie tubulaire de la porte. Cette partie tubulaire descend perpendiculairement, ou avec une inclinaison légère, à 3 pouces en moyenne et se dévie alors sous un angle plus ou moins brusque formant une portion du trajet ordinairement plus courte que la partie tubulaire précédente. Celle-ci conduit dans une série de chambres et de galeries rayonnées, et le point de déviation peut être appelé le vestibule. Ces galeries et ces chambres paraissent s'étendre habituellement fort au-dessous et principalement dans une seule direction depuis la porte. Il y a, il est vrai, des galeries qui entourent immédiatement la porte de chaque côté ; mais celles-ci paraissent peu étendues, sauf dans une direction, sur un rayon et sur une profondeur de 8 à 10 pouces.
Les galeries ont une ouverture tubulaire, variant quelque peu en dimension, de 1/2 à 3/4 de pouce de diamètre et même davantage. Une section verticale montre uniformément un cercle parfait. La Fourmilière souterraine comprend un système de galeries et de chambres, disposées en plusieurs séries horizontales, les unes au-dessus des autres, se
rapprochant de la disposition des étages dans une maison et communiquant entre elles en plusieurs points par des galeries verticales. Le caractère de l'architecture intérieure sera peutêtre mieux donné plus loin, quand nous ferons connaître quelques détails des études de Cook sur les Nids.
Le Nid choisi et sacrifié pour une exploration était situé sur le sommet de la chaîne d'Adam, juste au-dessus de l'enfoncement qui abritait le camp. Mac Cook et son assistant consacra à ce travail trois jours entiers, sans compter d'autres moments. Le Nid intérieur s'inclinait vers l'Est, et vers la base de la montagne. Il occupait (en nombre rond) un espace de 8 pieds de long, 3 pieds de haut et 1 de 1/2 de large; il était entièrement creusé (en forme de tunnel) dans le grès rouge tendre qui compose la montagne. Cette roche est très friable, s'émiettant complètement sous la pression de la main, mais se tasse fortement sous le choc du marteau ou du ciseau, ce qui le rend difficile à miner pour l'Homme sinon pour les Fourmis. La plus grande partie du travail était faite avec le ciseau et les galeries et les chambres dégagées peu à peu avec les couteaux.
Un côté de la galerie longeait deux chambres et paraissait s'ouvrir dans une quatrième chambre qui cependant avait trop été maltraitée dans la fouille pour être reconnaissable. Les plafonds étaient voûtés et rugueux, et s'élevaient à la hauteur de 3/4 à 1 1/4 de pouce. A l'intérieur, cramponnées au plafond, étaient entassées les Fourmis à abdomen globuleux (fig. 1016). Le nombre dans chaque chambre était de 30 environ ; et, comme elles occupaient au moins 10 chambres, leur nombre dans le Nid n'était certainement pas inférieur à 300. A première vue, le plus grand nombre avait l'abdomen distendu comme une sphère parfaite.
Positions des porteurs de miel dans les Nids. — Laissant de côté les détails de l'architecture, nous pouvons envisager les mœurs qui donnent à cet Insecte un si grand intérêt, c'est-à-dire l'histoire des porteuses de miel. Le premier Nid qui fut découvert et appelé Nid « de Bessie », pour la commodité des remarques, était situé sur une pente de la chaîne d'Adam, regardant droit au sud, et tout proche de la vallée du petit cours de la Fontaine-qui- Bouille. Le sable n'avait pas été creusé à une profondeur de plus de 6 pouces avant que la
LA FOURMI A MIEL
chambre à miel fût découverte, et la présence de « porteuses de miel » indiquait la trouvaille d'une demeure de véritables Fourmis à miel. Sous la voûte de l'édifice, sur une surface de 3 pouces en largeur et de 3 quarts de pouce en hauteur, se trouvaient suspendues les « porteuses de miel » qui se cramponnaient par leurs pattes à la voûte. Leurs corps jaunes s'allongeaient le long du plafond (fig. 1016), mais ils laissaient pendre leur abdomen arrondi, en forme de globule presque parfait, d'un tissu transparent, à travers lequel se montrait le miel couleur d'ambre. Ils ressemblaient à une grappe de raisin de Delaware ou à de grosses Groseilles. La plupart des abdomens étaient entièrement arrondis, mais ils étaient à des degrés variés de plénitude (fig. 1017). Sur quelques-uns, la membrane externe de l'abdomen formait des plis. Le plus petit nombre d'abdomens, et c'étaient ceux qui étaient peu distendus, étaient de couleur blanche au lieu d'être ambrés.
Les Fourmis à miel de Nids artificiels, ont leur miel, recueilli sur du sucre blanc, entièrement blanc et tranciucide. Il est probable que la couleur devient ambrée et môme d'une couleur vineuse avec l'âge. Quand l'abdomen est plein, il reluit d'une façon fort belle, réfléchissant la lumière de la lampe qui tombe sur lui. Chez la plupart des porteuses de miel, l'abdomen pend sans toucher le plafond ; chez quelques-unes, cependant, toute la partie basse de l'abdomen reste contre le plafond. Gela paraît surtout dépendre du contour de l'appui et non du degré relatif d'aisance de la Fourmi dans les deux positions.
Le plafond de la chambre à miel diffère du plancher; ce dernier est relativement uni, tandis que le premier est inégal et possède une surface granuleuse qui est laisssée telle quelle après sa formation avec de la terre sablonneuse. Cette disposition permet naturellement aux Fourmis à miel de se suspendre plus facilement et plus sûrement. Elles ne sont pas retenues dans cette posture par leurs mandibules en se tenant à la voûte rugueuse à l'aide de leurs dents acérées, mais presque exclusivement par les pattes dont les griffes, les poils et les pulvili (voy. Introduction, p. 1 ) contribuent sans doute à les fixer.
A en juger d'après les observations sur les Nids artificiels et d'après leur lourdeur extrême et leur faiblesse lorsqu'elles sont entièrement chargées, les porteuses de miel ne sont guère
disposées à changer de position une fois en place, du moins quand elles ont atteint un degré considérable de rondeur. Mais les récits des auteurs tendant généralement à faire admettre qu'elles sont parfaitement incapables de se mouvoir, et de changer jamais de position, sont des assertions sans preuves. Elles ne sont pas incapables de se mouvoir, et, à vrai dire, elles doivent à l'occasion changer de place. J'ai vu fréquemment ceux dont l'abdomen n'a que la moitié ou les deux tiers de leur volume maximum, sortir de leurs chambres, monter les galeries et se mouvoir librement sur le sol. Celles dont l'abdomen est plein peuvent se mouvoir avec une certaine agilité lorsqu'on les place sur une table, ou quand, dans leur Nid, on les expose à un danger ou une alarme inaccoutumés. Dans les Nids, elles s'avancent pas à pas en mouvant leurs pattes obliquement, et changent ainsi de position (fig. 1020).
Si, par hasard, les Fourmis à miel quittent leur appui et tombent sur le plancher, elles semblent ordinairement incapables de se relever. Nombre d'eutre elles, remplies, se laissant tomber pour des causes variables, ou secouées par d'insoucieux visiteurs, gisaient sans force
Fig. 1020. — La Fourmi à miel, Ouvrière nourrice servant de réservoir alimentaire, très grossie.
sur le plancher, portées par leur abdomen arrondi, le corps en l'air, pattes et antennes en mouvement et semblaient excessivement malheureuses. Celles qui tombaient de façon à avoir quelque objet où poser leurs pattes, comme un peu de terre ou la surface du vase, se trouvaient mieux. Dans les cas très favorables, quelques-unes regagnaient leur perchoir. Mais, en général, elles étaient faibles, restaient immobiles, et passaient ainsi leur vie, qui était évidemment abrégée par leur position ; cependant plusieurs d'entre elles vécurent plusieurs mois (fig. 1018).
Moeurs de la Reine. — Sa chambre. — Mac Cook eut la bonne fortune de capturer la Reine féconde de cette colonie. Il la trouva tout à
LES FORMICIDES.
l'ail près de l'extrémité de la Fourmilière, dans une chambre presque circulaire de A pouces de diamètre. La série de galeries et de chambres à miel dont se composait cette Fourmilière se terminait par une galerie unique d'environ 18 pouces de long, 3/4 de pouce de large et un demi-pouce de haut. La galeriesuivait rigoureusement la pente du versant de la colline sur laquelle le Nid était fait. Près de leur partie moyenne était la chambre de la Reine qui était éloignée de 72 pouces du centre de la porte cochère et 38 pouces 1/2 audessous de la surface du sol. En outre la chambre de la Reine contenait un grand nombre de Larves, de Nymphes, de Fourmis à miel, et d'Ouvrières. Il est probable que la Reine habite habituellement dans cette chambre ou dans son voisinage; mais il peut se faire que le Nid attaqué, les Ouvriers emmènent leur Reine toujours de plus en plus loin du point dangereux jusqu'à ce qu'elle soit en sûreté. Dix pouces au-dessous de la chambre de la Reine la galerie se continuait, et se terminait enfin d'un côté, dans une petite chambre circulaire ou sorte de baie, de l'autre côté dans une galerie étroite et incurvée.
La Reine capturée dans son grand et profond Nid fut transportée à Philadelphie, placée dans un Nid artificiel, sous un grand globe de verre, et fut le sujet de plusieurs observations intéressantes.
Sa garde du corps. — D'après la coutume en usage chez les Fourmis, la Reine se trouvait continuellement entourée d'une garde de travailleurs (fig. 1014), en nombre variable, mais habituellement de 12 à 20.
Les serviteurs l'entouraient entièrement et contenaient ses mouvements, paraissant la veiller et la garder avec le plus grand soin. Une fois, elle s'échappa à la surface du Nid, elle fut alors suivie et saisie par une maîtresse Ouvrière' qui la saisit par ses mandibules et la fit redescendre par la porte à l'intérieur. La royale dame n'opposa qu'une résistance passive, reculant avec quelque peu de difficulté.
Dépôt des Œufs, — J'extrais de mes notes, rapporte Mac Cook, la description de celte opération et quelques scènes variées que je puis aussi esquisser. « La Reine a déposé un petit tas d'OEufs. Elle est maintenant sur une petite élévation de terre, entourée de nombreuses Ouvrières de tous rangs ; quelquesunes d'entre elles lèchent son abdomen, principalement le dessous et la pointe (apex).
« L'une d'elles, pendant ce temps, lui donne des aliments à la manière ordinaire par régurgitation. Je vois, dans cet acte, les langues de deux Insectes laper. L'abdomen de la Reine est soulevé en haut, la tête est abaissée; elle porte son abdomen en haut et en bas. Les Ouvrières sont assemblées sous son corps, lui donnant ainsi l'apparence d'un candidat heureux porté en triomphe. Elle a changé sa position; les Ouvriers la suivent, l'entourant entièrement. Deux se trouvent sur son abdomen qui est maintenant abaissé, la tête étant élevée. Les serviteurs s'assoient patiemment pour la veiller.
« Ils maintiennent leurs antennes continuellement en mouvement, pendant qu'ils s'amusent à faire la toilette de leur personne. La Reine bouge ; une petite Ouvrière saisit une patte de devant et s'applique à réprimer sa marche. Ce dernier mode et le pincement avec les mandibules sont les façons ordinaires par lesquelles le garde dirige les mouvements de la Reine.
» Les Œufs déposés forment une masse irrégulière d'environ 1/8 à 1 pouce d'épaisseur ; ce sont 20 à 30 petits corps ovoïdes, jaunâtres, qui adhèrent les uns aux autres. Les Ouvrières entourent la masse ; quelques-unes paraissent la lécher. La Reine s'avance au-dessus des OEufs, et pose une patte sur la masse. Une petite Ouvrière saisit précipitamment la patte pour la retirer, pendant qu'une autre Ouvrière enlève la masse des OEufs et la met de côté. »
Actes de bienfaisance. — Dans leur état naturel, les Ouvrières montrent un grand intérêt à protéger ou à déplacer les Fourmis à abdomen globuleux, se comportant avec elles beaucoup mieux qu'avec les Larves. Lorsque les chambres à miel furent ouvertes et les Fourmis dérangées de leur perchoir, les Ouvrières de toute classe s'élancèrent, précipitamment vers elles, et les entraînèrent dans la partie de l'intérieur qui n'était pas brisée. Quelquefois, plusieurs Fourmis se réunissaient pour retirer une Fourmi à gros abdomen, la poussant et l'entraînant avec elles (fig. 1019).
Cette protection est maintenue dans la vie de tous les jours de la Fourmilière. On voit les Ouvrières se promener continuellement autour des Fourmis à miel, que celles-ci soient suspendues au plafond ou qu'elles soient posées sur le plancher faisant la toilette de leur personne. 11 est évident que ces créatures sont regardées comme soumises et, ainsi
LA FOURMI A MIEL
que la Reine, les Femelles vierges, les Maies et les Larves, sont nourries et soignées par les membres actifs de la communauté. Dans tous les cas, le môme instinct commun contrôle évidemment les actions, donnant ainsi au moins l'image de la bienfaisance.
Mais un grand nombre d'observations jettent un doute sur la possession d'un sentiment personnel ou individuel comme dans des cas particuliers de besoin, en dehors des limites dont il a été question. Quelques-unes d'entre elles méritent d'être rapportées.
En se rendant a ses Nids artificiels, placés sur le sol naturel, étroitementtassés, Mac Gook y introduisit les Fourmis, sachant bien qu'elles travailleraient en dehors de leurs propres habitations. Les Fourmis à miel étaient alors mêlées à la surface du sol avec les Ouvrières auxquelles incombait toute la tâche de creuser les galeries. Dans ce travail, et dans la distribution des tas de terres retirés, il y avait motif pour donner des soins et des marques de tendresse aux porteurs de miel; il ne vit pas témoigner la moindre sollicitude, bien qu'il veillât étroitement et avec quelque anxiété pour découvrir les qualités de ses petites amies. Au contraire, les preuves d'une négligence cruelle et même d'une cruauté certaine furent nombreuses. Les grains de sable et de terre furent amassés autour des Fourmis à gros abdomen jusqu'à ce qu'elles fussent enterrées vivantes. Il aurait été facile pour ces Ouvrières-maçonnes de les mettre à l'écart et de poursuivre leur travail. Mais il ne leur arriva jamais de le faire, ou cette manière de faire manquait.
Au contraire, quand les ouvertures furent faites dans la terre, la plupart des Fourmis globuleuses qui n'étaient pas empêchées, comme plus haut, se préparèrent à descendre les galeries et à occuper une position sûre dans les chambres à miel. On ne vit pas les Ouvrières leur prêter secours, elprobablementelles atteignirent leur perchoir sans aide. Quelques-unes, en route, furent arrêtées dans le couloir dans une position très incommode, tète en bas, corps en travers, etc.. Les Ouvrières passèrent sur et sous elles continuellement, pendant plusieurs jours, sans s'inquiéter le moins du monde, et certainement sans faire le moindre effort pour relever leurs camarades qui auraient pu promptement être débarrassées et conduites dans les chambres.
Il arriva souvent que les Fourmis ventrues tombaient ou se laissaient tomber de leur per-
choir du plafond sur le plancher. Ces êtres restaient dans la position où ils étaient tombés (lig. 1018), sauf quand ils avaient la chance de tomber de façon â pouvoir serrer avec leurs pattes quelque motte de terre, ou de graines, ou une surface rugueuse des murs en saillie ou du plafond. En pareil cas, ces Fourmis ou bien n prenaient leur perchoir, ou bien se plaçaient dans une position relativement commode. Le plus grand nombre, cependant, tombaient sur leur abdomen arrondi de telle sorte (pie leur corps était droit, laissant leurs pattes écartées sans appui. Ces Fourmis infortunées étaient fidèlement soignées, souvent nettoyées et caressées, mais dans plus d'une occasion les Ouvrières attendaient pour les relever et les replacer au plafond. Quoique peu d'effort leur eut été nécessaire pour le faire, elles laissaient les Fourmis qui étaient tombées languir sans le moindre secours.
Quelques-unes d'elles vivaient deux mois ou plus dans cette malheureuse position, mais il était bien évident qu'elles étaient extrêmement incommodées. Quand il arrivait de pouvoir venir en aide à celles qui étaient près de la surface, l'assistance était reçue avec empressement ; la perche de secours, la hampe présentée était serrée par les mandibules, quelquefois même par les pattes, assez fortement pour permettre de transporter ces lourdes créatures et même de les sortir de leur Nid. Ici encore, l'idée ou au moins le fait de l'assistance mutuelle faisait défaut. Si nous prêtons aux porteurs de miel la faculté de communiquer leur détresse et leurs désirs, nous devons penser que les Ouvrières surtout manquaient de tact et d'intelligence.
Économie des Fourmis a miel. — Quelle est la raison de la structure remarquable, et des mœurs des Fourmis à miel? Le Naturaliste ne peut pas compter sur les observations faites à l'état libre ; mais d'après les études faites par Mac Cook sur ses Fourmilières artificielles, par une analogie fort raisonnable, on n'hésite pas à dire que l'économie des Myrmécocystes est précisément celle de l'Abeille qui approvisionne son rayon de miel ; la différence repose sur ce fait que l'Abeille dispose ses provisions dans des magasins faits d'une matière inorganisée ; la Fourmi, dans les organes eux-mêmes ; l'Abeille les place dans l'intérieur d'une alvéole de cire que son industrie construit; la Fourmi, à l'intérieur du tissu vivant de sa sœur Fourmi, compagne dont elle a été pourvue par le Créa-
LES FORMICIDES.
teur. Le miel est placé en réserve à lintérieur d'un cellier globuleux de tissu animal pendant tout le temps que les Ouvrières ne cessent de récolter la nourriture.
La Reine, les Femelles vierges, les Mâles, les Larves nouveau-nées sont tous, et toujours ensemble, subordonnés aux autres pour leur alimentation. Durant l'hiver, et dans les saisons où la provision de miel est rare, ou fait entièrement défaut, peut être pendant les longues saisons pluvieuses, la famille entière veut être nourrie. Précisément de même que les Abeilles vont au rayon de miel dans de telles nécessités, la Fourmi à miel va à la porteuse de miel : il y a assurément une différence correspondante dans la façon d'obtenir les doux sucs récoltés: l'Abeille brise la cellule et lape le miel. La Fourmi affamée place sa bouche sur celle de la porteuse de miel dont la bouche reçoit le miel régurgité de la poche à miel (jabot). Les muscles de l'abdomen agissent sur cet organe, comme le fait la pression de la main d'une dame sur la poire élastique d'un pulvérisateur de toilette contenant de l'eau de Cologne (1).
Le miel rassemblé en un petit globule semblable à une goutte de rosée sort et se trouve lapé par les pensionnaires qui en ont besoin : les porteuses de miel sont les greniers d'abondance des habitants du Nid.
L'acte par lequel les Fourmis retiraient les provisions des porteuses de miel fut observé par Mac Cock aussitôt apiès le transport des Fourmis dans le Nid artificiel. La Fourmi globuleuse releva la tête et leva son thorax et régurgita une grosse goutte d'un liquide ambré qui se suspendit à la bouche et aux palpes : d'abord deux Fourmis étaient « en train de manger » ; une maîtresse Ouvrière était dans une position semblable à celle de la Fourmi ventrue et un petit qui se tenait sur ses pattes de derrière pour s'élever au-dessus du sol; pendant la collation une autre Maîtresse-Ouvrière fut attirée au repas et obtint sa part en s'élevant sur le dos de la première Ouvrière, se tenant, il est vrai, en partie sur elle, et introduisant sa bouche dans le « plat » commun. Les mandibules et les maxillaires des pensionnaires servent d'une sorte d'assiette sur laquelle chaque portion de miel est prise et savourée ensuite à loisir.
La gloutonnerie des Ouvrières pour la pro-
(1) C'est un pasteur protestant qui parle !
vision placée à l'intérieur des Fourmis globuleuses fut remarquablement mise en évidence pendant l'extraction du Nid. Nécessairement, en brisant les chambres, quelques abdomens distendus des Porteurs de miel furent crevés; l'état extrême d'émotion qui s'empara de la colonie, l'instinct ordinaire pour défendre le Nid, et protéger les Larves, les Cocons et les autres Fourmis soumises cessèrent en présence de cette délicieuse tentation, et au milieu des ruines de leur maison, les Ouvrières, s'arrêtaient et s'assemblaient en larges groupes autour de leurs infortunés camarades pour lécher avidement les endroits humectés de miel : cela faisait pitié à voir. « J'éprouvai, dit Mac Cook, une sorte d'indignation mitigée, et au déshonneur des Fourmis, je me rappelai les faits humiliants que l'histoire a souvent rapportés et dont moi-même j'avais été témoin : l'humanité ne montre-t-elle pas une semblable avidité et une ignoble satisfaction égoïste en présence des périls et des ruines menaçant leurs pays et leurs maisons ? »
On peut citer cependant un trait de mœurs qui semble plus à l'honneur de notre Melliger: de temps en temps les porteuses de miel meurent ; les corps de celles qui périssent sur leur perchoir restent suspendus au toit quelques jours avant le terme final, elles lâchent prise et tombent. 11 arrivait plus d'une fois que les Ouvrières ne reconnaissaient pas le changement, et que pendant un certain temps, un jour ou plus après la mort, elles continuaient aies nettoyer et à les soigner comme de coutume. Quand l'erreur était enfin reconnue et le mort mis de côté, l'abdomen arrondi était d'abord séparé du thorax en coupant le pétiole, puis les parties étaient portées séparément au cimetière que ces Fourmis, comme toutes celles que Mack Cook a observées, conservaient constamment. Les trésors mis en réserve dans ces globes ambrés, véritables outres â miel, étaient extraits des galeries, roulés le long des chambre* et lancés dans le cimetière avec les jambes, les têtes et les autres membres. Elles n'étaient jamais ouvertes de propos délibéré, en dépit de leur contenu tentant ; si cet acte est le résultat d'un sentiment instinctif par lequel la nature assure la protection aux porteuses de miel qui sont mortes (et cela est vraisemblable), il doit nous paraître très beau et louable. Mais comment savoir s'il est la conséquence d'une impulsion instinctive profonde capable d'empêcher même la tentation d'utiliser la provi-
LA FOURMI A MIEL
Fig. 1 024 .
Fig. 1025.
Fig. 1022
Fig. 1021. — Pheidole pallidula, petit neutre ou Ouvrière. Fig. 1022. — Pheidole pallidula, grand neutre ou Soldat.
Fig. 1021 à 1026. — Types de Myrmicines. — Les Pheidoles et les Aphœnogasters ip. 134 et 135).
Fig. 1023, 1024, 1025 et 1026. — Tôles d'Aphamogaster (Atta) stvuctor.
sion perdue par l'ouverture de l'abdomen ?
Source des provisions de miel. — « Ce ne sont pas, raconte MackCook, les Fourmis globuleuses qui élaborent le miel, comme on l'a fréquemment affirmé. Mais d'où tirent-elles leurs provisions ?
« Ce n'est pas des Apbides, du moins dans cette saison de l'année. J'examinai chaque plante et chaque arbuste dans le voisinage, qui renfermait quantité de buissons de Rosiers sauvages, mais je ne réussis pas à trouver une de ces colonies utiles qui vivent familièrement avec les Fourmis. Certainement, du moins, les Fourmis à miel ne tiraient pas d'elles leurs provisions. 11 n'était pas possible de découvrir les Fourmis en quête d'aliments pendant le jour, car je trouvai très lard qu'elles étaient des Insectes nocturnes. Leurs Nids, silencieux pendant le jour, semblaient vides, comme une habitation abandonnée.
En conséquence, je m'installai à côté d'un Nid pour attendre la tombée de la nuit. Ce Nid était placé sur le sommet d'une chaîne Breiim. — VIII.
que , d'après l'aspect particulier de son rocher, je nommais Tête d'Aigle : c'était le Nid de la Tète d'Aigle. A 7 heures 30 du soir, le soleil était couché et la nuit commençait à descendre. Quelques Fourmis apparurent à l'intérieur de la porte. Elles s'avancèrent vers le haut, suivies par d'autres, elles descendirent la pente graveleuse du terlre sur lequel un bel essaim d'Insectes jaunes était déjà rassemblé. Il n'y avait, parmi ces attroupements, aucune Fourmi à rond ou demi-rond ; toutes étaient des travailleuses avec un abdomen normal.
« Bientôt une Fourmi quitta le monticule et s'engagea sur la chaîne qui regarde le Nord ; une autre, plusieurs, une vingtaine suivirent, jusqu'à ce qu'en peu de temps une grande colonne prit une même direction. La soirée était si avancée qu'il était difficile de suivre les traces de la colonne, mais en me baissant tout près de terre et en ayant soin de ne pas alarmer les Fourmis, j'étais capable d'obs.erver leurs agissements. Le trajet était tant soit peu sinueux, mais à tout prendre. Insectes. — 108
LES FORMICIDES.
il paraissait avoir été choisi avec attention pour éviter les inégalités du sol ; je n'étais cependant pas surpris de l'habileté des manœuvres des Insectes en pareilles circonstances.
« A une dislance d'environ 50 pieds du Nid, la colonne descendit la pente et entra dans un taillis de vieux Chênes (Quercus undulala). Je suivis une quantité de Fourmis vers un buisson, à plusieurs pieds dans l'intérieur du taillis, mais je manquai cette nuit d'éclaircir le mystère. La nuit suivante une semblable déception m'attendait: après une longue, soigneuse, mais vaine recherche je me relirai dans ma tente tout déconcerté. La troisième nuit (29 juillet) les Fourmis du voisinage de la Tête d'Aigle sortirent à 7 h. 23 m. du soir ; celles de la chaîne de Toad-Slone, vers laquelle je consignai mon assistant Johnson, sortirent à 7 h. 25 m. du soir, mais ne commencèrent pas à bouger avant 7 h. 44 m. Johnson les suivit, mais ne put trouver leur lieu de nourriture. Elles se dirigeaient du côté Nord-Est comme le faisaient celles de la Tête-d'Aigle. Ces dernières commencèrent à se mettre en mouvement presque aussitôt après leur sortie; elles suivirent le même trajet que le soir précédent, ce trajet ayant été marqué par moi. Le mouvement était quelque peu plus lent qu'auparavant, peut être parce que le chemin avait été pendant l'après-midi lavé par une forte pluie. Il n'y avait pas de guide. Une petite Ouvrière se mit en avant-garde sur la plus grande partie du trajet, et une Ouvrière plus jeune prit la tête de la colonne. Elles étaient séparées l'une de l'autre et du front de la colonne par un intervalle d'environ 8 à 10 pouces: cependant à aucun moment, malgré mon attention, dans aucune partie de cette ligne mouvante je ne pus constater la plus légère apparence de conduite. Les Fourmis se dirigèrent vers le même arbre que dans les premières excursions, l'atteignant en 17 minutes, à7 h. 40 m. du soir : elles se distribuèrent le long de l'arbre, fouillant le tronc, les branches, les feuilles. Je pouvais les suivre, mais quand je me rappelle que j'étais enfoncé dans les branches basses et épaisses de ce Chêne trapu tenant une lanterne d'une main, et me servant de l'autre pour déblayer le terrain ; quand je songe que la nécessité d'éviter d'alarmer ces timides Insectes me poussait à rester longtemps dans une position très incommode, il ne paraîtra pas étrange que je n'aie pu trouver rien de satisfaisant avant 9 ou 10 h.
« Enfin, après de longues investigations, j'atteignis l'extrémité d'une branche sur le côté sud de l'arbre, et trouvai une quantité de Fourmis engagées sous des groupes de Galles d'un brunrouge. Les Fourmis allaient de Galle en Galle, ne s'arrètant pas longtemps sur chacune, mais appliquant fréquemment sur elles leurs organes buccaux. Le défaut de lumière, la distance que j'étais obligé de garder, m'empêchèrent d'en voir davantage, mais il était clair qu'elles étaient en train de faire leur provision de miel, car à la lumière de ma lanterne, je pouvais voir que leur abdomen était déjà très distendu par les produits sucrés qu'elles avaient lapés.
« La branche fut soigneusement coupée sans troubler les Fourmis, je la transportai sous ma tente, et plaçant la branche de façon à empêcher la fuite des Fourmis, j'observai les mouvements des Insectes durant le reste de la nuit. Elles étaient d'ailleurs tellement préoccupées par leur récolte de miel, qu'elles firent peu de tentatives pour s'échapper. Dirigeant mon attention sur les Galles, il semblait que quelques-unes d'elles laissaient graduellement exsuder de petites gouttes d'un liquide blanc transparent que les Fourmis léchaient avec avidité. Je goûtai la liqueur et trouvai qu'elle était très douce et agréable. L'objet de l'expédition nocturne des Fourmis et la source de leur provision de miel m'étaient dès lors révélés.
« Le continuel va-et-vient des Fourmis, de Galle en Galle et de branche en branche, était alors expliqué : les exsudations successives les invitaient à de fréquentes visites vers les Galles qui les avaient déjà nourries.
« Le retour à la maison commençait vers ou un peu avant minuit, et continuait jusqu'à 4 ou 5 h. aux approches du jour dans cette saison. Un ou deux extraits de mes notes indiqueront les faits sur ce point.
« 11 h. 30 du soir : quelques Fourmis retournent à la maison ; le mouvement est très lent et réfléchi.
« 12 h. 30 : de nombreuses Fourmis sont complètement de retour. Quelques-unes se promènent encore dehors. Nombre de travailleurs parcourent le monticule et son voisinage, attirant celles qui sont près de rentrer et qui ont à résister à l'épreuve et à donner les satisfactions demandées. Quelle est la consigne ? Aucune de celles qui rentrent pleines ne paye un droit aux sentinelles de la maison...
« Ce malin à 4 h. 30, j'ai vu les Fourmis rentrer du buisson de Chênes, la plupart bien chargées,
LA FOURMI A MIEL
mais d'autres moins pleines. 11 y a évidemment parmi elles des degrés dans l'habileté à récoller le miel. Quelques-unes courtes ont l'abdomen très plein...
« 4 h. 30 du matin : les Fourmis retournent en nombre et marchent rapidement du buisson au Nid. C'est a peu près le point du jour.
» Dans ces observations nocturnes la lumière de la lanterne ne paraissait pas causer aux Fourmis en marche le plus petit trouble. Elles se dirigeaient vers la lanterne pendant qu'elle était sur le monticule près du sentier, paraissaient l'examiner, puis s'éloignaient. La lumière semblait embrouiller leurs idées des lieux, cl ébranlait leur confiance, quanta la situation du sentier, bien qu'aucune d'elles, de ce fait, ne perdît la voie. Les sentinelles de la maison étaient toujours plus ou moins excitées parla lumière, et exigeaient en tout lieu de délicats procédés pour conserver les conditions normales et pour leur dérober leur manière d'agir naturelle,
« On ne voyait les Fourmis à aucun moment de la journée, excepté quand il pleuvait, et seulement alors quelques sentinelles se montraient à l'ouverture. Ordinairement l'entrée, d'aussi loin que l'on pouvait voir, était entièrement abandonnée. Il est douteux que la Fourmi melligère puisse endurer une grande somme de chaleur et de lumière. En creusant un Nid, je réunis une quantité de spécimens dans une grande bouteillevide que j'avais mise de côté pour un autre usage. A peu près trois minutes après m'être servi de mon vase pour y mettre mes spécimens, ceux qui étaient déjà réunis étaient morts. Le soleil répandait la température ordinaire du mois d'août, mais la bouteille était grande, et un tel résultat dans un temps si court montre leur extrême sensibilité à la chaleur. J'ai observé que les Fourmis agricoles évitent toujours la chaleur de midi au Texas, qui est certainement intense ; et, ;\ la vérité, toutes les Fourmis me semblent fuir, plus ou moins, l'ardeur du soleil pendant le jour. Mais la Fourmi melligère est, sans doute, plus sensible aux influences solaires que la plupart de ses congénères. Je ne puis donc m'étonner qu'elle cherche sa nourriture sous la protection de la nuit. »
Qualité du miel de fourmi. — Dans les fouilles un certain nombre de Myrmécocystes fut inévitablement avarié, les abdomens écrasés en creusant les Nids permirent à Mack Cook d'étudier les qualités du miel. Ce dernier est très doux, d'une saveur aromatique particulière
rappelant le miel d'Abeille, qui est tout a fait agréable. Le Dr Loew le décrit comme ayant « un goût agréable, légèrement acide en été à cause des traces d'acide formique, mais parfaitement neutre en automne et en hiver. » Il contient, selon cet écrivain, un peu plus d'eau que le miel d'Abeille, et possède à cause de cela une limpidité quelque peu plus grande. Fort heureusement, la composition de ce miel d'Abeille a été soumise complètement à l'analyse chimique par une autorité compétente, le Dr Chas. M. Wetherill (I). Les expériences furent faites à la demande du Dr Leidy, sur des spécimens de Myrmecocystus melligtr, collectionnés par M. Langstroth à Matamoras, Mexico (2). Ces Fourmis présentaient les variations que j'avais observées sur la distension de leur abdomen et la quantité et la couleur du miel. Six porteuses de miel de moyenne grosseur furent pesées et accusèrent un poids moyen (sans le miel) de 0;r,0-48 environ, et une seule Fourmi un poids moyen de Osr,3942. La quantité de miel était donc 8,2 fois plus grande en poids que le corps sans le miel. La densité calculée sur des Fourmis gorgées de miel était 1 ,28, etpour le corps seulement 1,05. Les calculs du DrWetherill exprimés en poids de troy anglais (3) accorderaient environ six grains pour le poids de chaque porteur de miel. Il faudrait alors un millier (960) de Myrmécocystes pour faire une livre (poids troy) de miel, ou environ 1200 (1166) pour faire une livre de seize onces (livre avoir du poids).
Le sirop extrait des Fourmis possède un goût agréable et doux et une odeur semblable à celle du sirop de Scille ; mis en repos aussi bien que transporté, il ne montre aucune trace de cristallisation à l'œil nu ou sous le microscope. Avec un fort grossissement, on voit des fragments de tissus organisés. Soumis à l'évaporation, à la chaleur de la vapeur, il sèche en une masse gommeuse, qui ne présente aucune trace de cristallisation après une attente de deux semaines.
Cette masse, très hygroscopique, devient rapidement molle par l'absorption de l'eau de l'atmosphère. Elle se dissout sans résidu dans l'alcool ordinaire, laissant un résidu dans l'alcool
(1) Proc. Acad.nat. sci. Philad.,\o\. VI, 1832, p. 1 1 1, 1 12.
(2) Mack Cook en possède encore quelques-uns qui ont été conservés dans l'alcool pendant 29 ans et sont demeurés en bon état.
(3) Le poids de « troy » est une mesure anglaise servant à évaluer le diamant; une livre de poids de troy = I !",:!■; 3, 23S Dict. Elwain.
LES FORMICIDES.
presque absolu. Mises au repos, ces solutions ne cristallisent pas. Elles ont exactement l'odeur du rhum (bay-rum) parfumé. Après des épreuves variées, le Dr Wetherill analysa parla combustion avec l'oxyde de cuivre et le chlorate de potasse une portion de cette substance semblable à de la gomme qui, provenant du miel de Fourmis, avait été placée dans le vide pendant deux semaines. Comme cette dernière n'était pas parfaitement dure, mais d'une nature visqueuse, il devenait nécessaire de l'introduire dans le tube de combustion sur une lame de verre.
In poids de 0,497 de miel donna 0,30G d'eau.
et 0,08 i d'acide carbon.
ce qui correspond à la composition centésimale suivante :
H = 0,841 O. absorbée = 55,634
Ce qui correspond, d'une façon aussi approchée qu'on puisse l'attendre des circonstances de celte analyse, à la formule du sucre de raisin cristallisé C12H"0". Le Dr Wetherill, qui, dans cette analyse, cherchait particulièrement à faire la lumière sur l'origine du miel de Fourmi, expose alors ses conclusions:
« 11 semble, je crois, de ces expériences que le miel contenu dans la Fourmi mexicaine est à peu près une solution pure de sucre qui, dans son état d'hydratation, est isomère du glycose C12H1401*, dont il diffère seulement par ce fait qu'il ne cristallise pas. » C'estcertainementune intéressante confirmation de la valeur du raisonnement tiré de cette analyse, à savoir que les observations faites dans la nature ont montré que les Fourmis tiraient bien leur miel, comme le concluait le Dr Wetherill, du nectar des plantes. C'est ainsi que les méthodes du laboratoire et les études objectives de la campagne se confirment et se complètent.
En ayant égard à l'acidité du miel de Fourmi, à laquelle on a fait allusion, le Dr Wetherill a trouvé qu'il réagissait d'une façon légèrement acide sur le papier bleu de tournesol, mais il manque d'expériences satisfaisantes qu'il n'a pu faire. Il soupçonnait qu'il avait affaire à de l'acide formique ou de l'acide acétique provenant de l'oxydation de l'alcool dans lequel les Fourmis étaient conservées. Une partie de l'alcool (à réaction acide semblable à celle du miel) neutralisée par la potasse caustique fut distillée avec de l'acide sulfurique et donna un liquide
acide, lequel, après addition de nitrate d'argent, donna un précipité blanchâtre devenant noir par l'ébullition, et rendit ainsi probable la présence supposée de l'acide formique.
Usages. — Les usages auxquels les Mexicains et les Indiens emploient ce miel de Fourmis sont variés. Qu'ils en mangent abondamment, et le regardent comme un morceau délicat, cela est hors de doute.
Les femmes et les enfants de la vallée connaissent parfaitement bien les Nids, et les ouvrent fréquemment pour y chercher les porteuses de miel. Le miel est sucé de l'abdomen de ces Fourmis avec grand plaisir, auprès des Nids; mais, si on désire les conserver, on les soulève par la tête et le thorax et on les place sur des assiettes qui parent les festins du village où elles sont mangées comme friandises.
Les Mexicains (Loew) pressent les Insectes, et servent le miel recueilli à leurs repas. On dit aussi qu'ils préparent avec lui par fermentation une liqueur alcoolique.
Le prof. Corre, venant au Nouveau-Mexique, se fit servir, à l'imitation des Indigènes, des Fourmis sur un plat comme une friandise délicate.
Les Myrmécocystes occupent une place, comme remède, dans la thérapeutique domestique des Indiens, qui composent une boisson en mêlant trois à quatre drachmes de leur miel avec six onces d'eau; cette boisson est employée dans les cas de fièvre; le miel est appliqué comme onguent dans les maladies des yeux, spécialement dans la cataracte.
Ils appliquent également (Edwards) le miel sur les contusions et les membres enflés, lui attribuant de grandes propriétés curatives.
Le conseil du Dr Loew donné aux éleveurs d'Abeilles d'éprouver la valeur commerciale de ces Fourmis comme producteurs de miel est entièrement impraticable. Les difficultés d'exploiter les colonies, de récolter leurs provisions, et la quantité limitée de la production, empêcheraient une industrie profitable. Le plus grand nombre des porteuses de miel dans une grande colonie, en prenant les observations de Mack Cook comme type, n'excède pas six cents qui fournissaient, en comptantsix grains de miel par Fourmi, un peu plus d'une demilivre (avoir du poids) = 8 onces.
D'ailleurs le sentiment de répulsion qu'on éprouve a tirer du miel d'Insectes vivants, sentiment digne de respect, ne saurait être vaincu. Aussi, les Mexicains et les Indiens ne seront probablement pas troublés dans leur monopole
LES MYRMIGINES.
de l'exploitation du miel des Nids de Fourmis melligères.
La Fourmi à miel n'a pas de valeur commerciale parmi les Nouveaux-Mexicains.
LES ODONTOMACHINES OU FOURMIS PORTE-PINCES — ODONTOMACMNsE
Die Zangenameisen, !>>• Odontornachinen.
Les Odontomachus, que Latreille rangeait jusqu'à présent parmi les Ponérides, ont été. réunies par Mayr a plusieurs autres espèces pour former un groupe a part, qui vient se placer entre les Formicines et les Ponérines.
Caractères. — Ces Fourmis se distinguent par un corps grêle, élancé, par une longue épine dirigée en arrière et implantée sur l'unique nodosité du pédicule, enfin par les deux cellules sous-marginales et les trois cellules médianes de leurs ailes. Ce qu'elles présentent de plus remarquable, ce sont leurs mandibules, extraordinairement longues chez les Femelles et les Ouvrières, qui s'insèrent, très près l'une de l'autre, à l'extrémité d'une tête très effilée, à la manière des branches d'une pince métallique.
Ces énormes pinces, munies d'un crochet, leur permettent de se fixer solidement pour enfoncer ensuite leur aiguillon.
Distribution géographique. — Ces intéressants Insectes ne vivent guère qu'en Asie et dans l'Amérique méridionale.
Mueurs, habitudes, régime. — Les Odonto-
machines errent solitairement dans les forêts.
LES PONÉRINES OU FOURMIS A AIGUILLONS — PONEMNjE
Die Stachelameisen, Die Punerinen.
Caractères. — Leur nom provient de ce que les Ouvrières et les Femelles sont munies d'un aiguillon (1) ; le premier segment de 'abdomen forme à lui seul le pédicule qui l'attache au thorax ; ce pédicule est donc constitué par un seul nœud, l'abdomen présente un étranglement entre le premier et le second anneau.
nistribution géographique. — Elles ont
peu de représentants en Europe ; on compte 8 espèces seulement. L'espèce indigène la plus répandue, la Ponera contracta, a une aire de distribution géographique des plus étendues ; elle
(1) IlovYipô;, méchant.
habite toute l'Europe et se retrouve à Madère ainsi que dans toute l'Amérique du nord.
Mœurs, habitudes, régime. — Leurs soi il es
sont généralement peu nombreuses ; elles ne sont guère connues qu'a l'état d'Ouvrières et leur régime n'a pas été observé.
Les Ponérides exotiques sont de grandes Fourmis des forêts ; elles ne sont pas représentées par beaucoup d'individus, mais elles sont liés redoutées par les indigènes, en particulier la Ponera ( Paraponera ) clavata de la Guyane, à cause de leurs piqûres très douloureuses. M. WallaCe ayant été atteint a la jambe par une de ces Fourmis eut beaucoup de peine a revenir chez lui et dut ensuite garder le lit pendant deux jours (1).
LES MYRMICINES OU FOURMIS A NOEUDS — MYRUICINJE
Die Knotenamciscn , Die Ulyrmicinen.
Caractères. — Toutes les Myrmicines ont des caractères communs : le pédicule abdominal est composé de deux articles qui ont l'apparence de deux nodosités; les Femelles et les Ouvrières ont un aiguillon.
Les Myrmicines présentent les plus grandes variétés de forme, et les classificateurs ont été conduits à les diviser en quarante-deux genres environ, chiffre destiné à, s'accroître avec les recherches nouvelles.
Certains genres comme le Myrmica, Eciton, Atta, connus depuis longtemps déjà, les Aphœnogaster, Monomoriiim, Typhlatta, et d'autres découverts récemment par les deux zélés Myrmécologues des temps modernes, G. Mayr de Vienne, et Smith de Londres, contiennent un grand nombre de formes.
Distribution géographique. — Les Myrmicines sont répandues dans le monde entier; une quinzaine de genres sont européens et renferment de nombreuses espèces.
Nous insisterons peu sur celles de nos climats, nous réservant plus d'espace pour la description des mœurs plus intéressantes de plusieurs espèces étrangères.
Mœurs, habitudes, régime. — Les Myrmicines fréquentent beaucoup les maisons, dévorant tout ce qui est susceptible d'être rongé ; plusieurs piquent aussi avec une telle force qu'elles ont été appelées Fourmis de feu.
Une espèce de ce groupe, une petite Crema-
(1) Wallace, La Faune des régions tropicales (Revue scientifique, 1879, tome XVII, p. 29).
LES FORMICIDES.
togaster de la Nouvelle-Guinée, construit son Nid sous les toits des maisons et elle y arrive au moyen de galeries établies le long des planchers et des parois, visitant sur sa route toutes les parties de l'habitation et pénétrant jusque sous les vêtements. Heureusement qu'elle disparaît à l'entrée de la nuit.
Un autre genre appelé Pheidole est singulier par la variété des formes qu'on observe dans une même espèce (fig. 1021 et 1022). Certains individus sont, en effet, cent fois plus gros que les autres et ont en particulier une tète énorme; leurs mouvements sont de plus beaucoup plus lents que ceux des petits individus de la communauté, et on ignore quel est leur rôle; on les nomme les soldats (fig. 1022).
Les Myrmicines dévorant les Larves, les Termites, ainsi que tous les Insectes mous et sans moyens de défense, représentent dans la Malaisie les Fourmis fourrageuses d'Amérique (Eciton) et les Driver Ants d'Afrique (Anomma), quoiqu'elles soient beaucoup moins nombreuses que ces deux groupes et beaucoup moins voraces. Cependant une espèce de Solenopsis répandues aux Moluques comme dans toutes les régions intertropicales de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique est un véritable fléau : celte Fourmi fait en particulier le désespoir des Naturalistes, car lorsqu'elle habite une maison, il est bien difficile d'y conserver intactes des collections d'histoire naturelle.
LES TETRAMORIUM RIUM t\]
TETRAUO-
Caractères. — Les caractères génériques sont les suivants : chaperon retroussé en arrière, de chaque côté, et bordant, en bas, l'excavation au fond de laquelle sont insérées les antennes ; palpes maxillaires de quatre articles; palpes labiaux de trois articles ; antennes de douze articles, ceux du fouet aussi longs ou plus longs que les autres. Le thorax, court, élevé, continu, c'est-à-dire sans rétrécissement, est bidenté en arrière.
Le Mâle se distingue : par des stries longitudinales, en fourchette, sur le thorax; des antennes de dix articles, dont la base est plus courte que le second article du fouet; les dentelures du bord interne des mandibules ; une cellule marginale sans division.
Distribution sjôoijrapliiquo. — Les Tetrfl- (1) T£Tpi|j.oipo;,r partagé en quatre.
morium comptent une espèce très répandue dans toute l'Europe et le monde entier, ainsi que quelques espèces exotiques.
LA FOURMI PES GAZONS. — TETliAMORW?!