LA FOUHMI-DE-VISITE
Fig. 1038.
Fig. 103
Fig. K
Fis. 103C.
Fie. 1039.
Fig. 10-15. — Mâle, de grand, nat.
Fig. 1036. — Femelle, de grand, nat.
Fig. 1037. — Grosse Ouvrière portant un fragment de feuille, c'est-à-dire son parasol.
Fig. 1038 et 103U. — Grosses Ouvrières , de grand.
nat.
Fig. 1040 et 1041. — Petites Ouvrières, de grand, nat.
Fig. 1035 à loi 1. — Les Fourmis-de-visiie ou Fourrais à parasol {(Mcodoma cephalotes).
mension d'une pièce d'un groschen, en ne respectant que les grosses nervures (fig. 1042 et 1043). Lorsque la section est presque complète, la Fourmi saisit le morceau entre ses mandibules, et pour qu'il ne tombe pas, elle le détacbe brusquement; elle descend de l'arbre en emportant son butin, maintenu verticalement (fig. 1044). Parfois elles le laissent tomber, et ce sont alors d'autres Fourmis qui s'en emparent. Elles retournent ainsi, en longues colonnes, vers leur habitation située souvent à un demi-mille de distance, serrant entre leurs mandibules le bord inférieur de la feuille qui oscille verticalement au-dessus de leur tête (fig. 1037 et 1044); l'aspect tout particulier qu'elles présentent à ce moment leur a valu le surnom de Fourmis à parasol. Les chemins qu'elles suivent, en longues bandes, ressemblent bientôt aux traces que laisse une voilure passant au travers d'un fourré.
Le célèbre voyageur Dampier aperçut un jour une semblable colonne de Fourmis à parasol, où l'on ne distinguait, selon son expression, qu'un flot mouvant de feuilles cachant complètement les porteurs. Pourtant la colonne avançait très vite et tout le sentier en paraissait vert.
Voici ce que M. le docteur Fr. Ellendorl de Breum. - VIII.
Wiedenbrùck, qui a séjourné pendant de longues années en qualité de consul dans l'Amérique centrale, écrit à propos de ces Animaux merveilleux : « Il faut compter parmi les espèces les plus intéressantes, les Fourmis à parasol. Je les ai souvent rencontrées au commencement de la belle saison à Costa- Rica, quand elles envahissent, par millions, les plantations de Caféiers où elles se mettent à la recherche de leur troupeau bien -aimé, chacune portant au-dessus de la tête un petit éventail vert. 11 m'est arrivé maintes fois de contempler longuement le spectacle de leur infatigable activité, et un jour, j'attachai mon mulet sur la route pour suivre lentement à pied leur longue file et arriver à leur habitation. Mais au bout d'une demi-heure de marche rien ne se présentait encore, et je dus m'en retourner car le temps me manquait. Quelques années plus tard je trouvai une meilleure occasion et plus de loisir pour les observer. A l'entrée de la belle saison, l'herbe ne tarde pas à être brûlée sur les montagnes par les rayons du soleil tropical, c'est alors que commencent les incursions de ces petits Animaux dans les plantations de Caféiers. Que de travail et de persévérance dépensent ces Fourmis pour pourvoir à leurs besoins! Il leur eût été impos- Insectes. — HO
LES FORMIGIDES.
sible de se frayer un passage à travers l'herbe, quelle que courte qu'elle fût, avec un fardeau sur la tête. C'est pourquoi de leurs mâchoires tranchantes elles coupent l'herbe au ras du sol sur une largeur de cinq pouces et la rejettent sur les deux bords. Une route se forme de cette manière, route qui, à force d'être sillonnée nuit et jour par des millions et des millions de Fourmis, devient loute unie et plane. » En voyant, dit Belt, ces myriades d'Insectes qui se succèdent à l'ouvrage sans interruption, on ne peut s'empêcher de se demander comment la végétation d'un pays peut résister à la longue à une pareille dévastation. Heureusement que cela se passe sous les tropiques; ces Animaux choisissent rarement les arbres forestiers indigènes, dont un grand nombre sont naturellement protégés, soit parce que leurs feuilles ont une odeur désagréable, soit parce qu'elles sont impropres au but que les Fourmis se proposent d'atteindre, soit enfin par d'autres moyens.
11 n'en est pas moins vrai que la voracité des Œcodoma rend la naturalisation de certaines plantes étrangères, telles que les Citronniers et les Orangers, fort difficile, car elles sont immédiatement dépouillées de leurs feuilles, si on ne les surveille pas avec le plus grand soin. « Passant un jour auprès d'un arbre assez isolé, raconte Lund (1), je fus étonné d'entendre, par un temps parfaitement calme, le bruit des feuilles qui tombaient à terre comme de la pluie. En jetant les yeux autour de moi, je m'aperçus bientôt que ces feuilles provenaient de l'arbre auprès duquel je venais de passer. C'était un arbre de la famille des Laurinées, d'une douzaine de pieds de hauteur, à feuilles épaisses coriacées, qui en tombant par terre, produisaient un certain bruit; mais ce qui augmentait mon étonnement c'est que les feuilles qui tombaient avaient leur couleur verte naturelle et que l'arbre semblait jouir de toute sa vigueur. Je m'en approchai donc afin de trouver l'explication d'un phénomène si étrange, et alors je vis que sur presque tous les pétioles était posté une Fourmi qui travaillait de toutes ses forces pour les couper... Une autre scène se passait au pied de l'arbre ; la terre était couverte d Œcodomes occupées à découper les feuilles à mesure qu'elles tombaient en morceaux portatifs qui élaient immédiatement transportés dans le Nid
(1) Lund, Lettre sur les habitudes de quelques Fourmis du Brésil. Ann. se. nul., 1831
u En moins d'une heure le grand œuvre s'était accompli sous mes yeux, et l'arbre ainsi dépouillé ressemblait, pour me servir de l'expression forte et juste de mademoiselle de Mérian, plutôt à un balai qu'à un arbre. »
Si nous n'avons pas affaire à une espèce autre que l'OE. céphalotes, il y a lieu de faire remarquer que, suivant les circonstances, les Fourmis à parasols découpaient les feuilles tantôt sur les arbres mêmes, tantôt sur le sol après leur chute; dans ce second cas il y aurait une division du travail fort remarquable. A quoi servent les feuilles que les Fourmis introduisent sans interruption dans leurs demeures? Que deviennent-elles? On a fait làdessus plusieurs hypothèses. M. Belt pense qu'elles en font une sorte de terreau sur lequel croissent des champignons qui servent de nourriture aux Fourmis.
Si l'on ouvre en effet une Fourmilière, on ne voit point de feuilles, mais on trouve, dans plusieurs chambres, de la grosseur d'une tête d'Homme et qui communiquent entre elles par des passages, une matière brune et floconneuse au milieu de laquelle se trouvent de peliles Fourmis beaucoup plus petites que celles qui vont chercher les feuilles ainsi que des Larves et des Chrysalides.
Si l'on examine avec soin cette substance floconneuse, on voit qu'elle consiste en de très petits fragments de feuilles sèches, colorés en brun et réunis entre eux par les ramifications d'un champignon. Lorsqu'une Fourmilière doit émigrer, les Fourmis ont soin d'emporter avec elles toute cette matière floconneuse et de la mettre le plus vite possible à l'abri.
Les feuilles ne doivent être introduites dans l'intérieur d'une habitation ni trop sèches, ni trop humides; si elles sont trop humides, elles sont séchées auparavant à l'enlrée; si la pluie persiste, ellessontabandonnées définitivement; si le temps est, au contraire, trop sec, les feuilles ne sont plus cueillies que la nuit. 11 paraît aussi qu'une exacte et convenable ventilation est maintenue dans l'intérieur, au moyen de galeries tenues ouvertes ou fermées, et c'est sans doute pour faciliter cette ventilation que les Fourmilières ne se trouvent jamais dans l'intérieur de la forêt, mais sur le bord des clairières.
Pour faire leur terreau les Fourmis ne se servent pas uniquement de feuilles, mais aussi de diverses substances, par exemple de la peau intérieure des Oranges, delleurs apparte-