LA FOURMI-DE-VISITF
nant a des plantes dont elles n'aiment pas les feuilles. Il arrive quelquefois qu'elles apportent par erreur des matières qui ne sont pas convenables, mais, dans ce cas, ces matières sont promptement ramenées au dehors et mises de côté.
Quant au rôle des petites Fourmis que nous avons vues vivre dans l'intérieur de la Fourmilière, il est probable qu'il consiste à réduire les matières apportées en petits fragments, et à soigner les Larves. On les voit quelquefois au dehors, le long des sentiers parcourus par les Ouvrières qui vont chercher des feuilles, mais elles ne portent jamais rien, et môme lorsqu'elles doivent revenir elles se placent sur les fragments rapportés par les Ouvrières.
M. Belt termine l'histoire de ces Fourmis en citant quelques traits remarquables de leur intelligence.
Pour aller exploiter la forêt une colonne avait à traverser un tramway qui servait à l'exploitation des mines d'or, et les wagons, en passant continuellement, tuaient un très grand nombre d'individus. Les Fourmis, au bout d'un certain temps, lassées de ces pertes firent de petits tunnels au-dessous des rails. M. Belt, ayant ensuite suspendu le passage des wagons et bouché les tunnels, elles en creusèrent de nouveaux et jamais il ne vit aucune Fourmi passer sur les rails.
Un Acacia qui croît dans les lieux secs et découverts du Nicaragua, où il atteint une hauteur de quinze pieds environ est habité par des colonies de petites Fourmis (Pseudomyrma bicolor) qui trouvent à la fois sur cette plante une habitation et une abondante nourriture. Cet arbre porte en effet sur son tronc et sur ses branches de grosses épines doubles, renflées à la base, imitant un peu les cornes d'un Bœuf. Lorsque ces épines sont jeunes, elles sont remplies d'une pulpe sucrée à laquelle les Fourmis parviennent en faisant un petit trou à l'extrémité pointue et tout en s'en nourrissant elles se forment une excellente habitation où elles élèvent leur progéniture. Lorsque cette première source de nourriture est épuisée, les Fourmis recherchent avec avidité soit un liquide sucré sécrété par des glandes situées à la base des jeunes folioles des feuilles bipennées, soit des petits corps d'une couleur orangée qui se trouvent à l'extrémité de ces mômes folioles au moment où elles se déplient en sortant du bourgeon.
On comprend que des Fourmis si bien pour-
vues ne tiennent point à se laisser déposséder; aussi, dès qu'un Animal herbivore ou que des Fourmis coupeuses de feuilles apparaissent dans le voisinage, les voil-cn sortir par milliers de leurs habitations, ne cherchant qu'à mordre ou à piquer avec leur aiguillon.
Pendant la saison humide, ces Fourmis ont une nourriture abondante ; car ces jeunes feuilles se forment continuellement, mais lorsque la sécheresse arrive, la végétation s'arrête, et par conséquent le liquide sucré et les corps oranges disparaissent. La colonne ne tarde donc pas à souffrir de la famine et à diminuer rapidement; mais elle se multiplie avec une incroyable rapidité dès que les pluies font reparaître de nouveaux bourgeons.
D'autres plantes, telles que les Cecropia et quelques Mélastomacées, fournissent aussi une demeure et indirectement de la nourriture aux Fourmis. La tige des Cecropia est creuse et divisée en cellules par le moyen de cloisons transversales; chaque cellule est habitée par des Fourmis; dans les unes on trouve des OEufs, dans les autres des Larves ou des Nymphes; une cellule destinée à la reine est entourée d'un mur formé avec une sorte de cire. Ces Fourmis ne se nourrissent point de la plante elle-même, mais d'un liquide sécrété par des Pucerons gardés avec soin dans l'intérieur des cellules.
Dans les Mélastomacées, les Fourmis habitent des renflements situés sur le Pétiole.
D'autres plantes, telles que des Orchidées et des Passiflores, etc., sans fournir d'habitations aux Fourmis les attirent aussi par des sécrétions sucrées, et M. Belt pense que la présence de ces Insectes a pour but indirect de protéger ces plantes surtout dans l'Amérique centrale contre les ravages des Œcodoma.
Les Fourmis ne sont pas les seuls Insectes qui aiment à se nourrir du liquide sucré se-' crété par diverses espèces de Pucerons ; les Guêpes aussi en sont très friandes, et il est intéressant d'observer la lutte qui s'établit souvent, entre les deux catégories de compétiteurs pour savoir qui restera maître du terrain. Lorsqu'une Fourmi paraît sur une feuille occupée par des Pucerons visités déjà par une Guêpe, celte dernière se précipite aussitôt sur elle et la fait tomber sur le sol, l'empêchant ainsi d'aller prévenir ses compagnes. Lorsqu'au contraire une Guêpe veut essayer de mettre en fuite des Fourmis, déjà installées dans une localité, elle ne peut arriver à ses fins que fort difficilement, car de nouvelles
LES FORMICIDES.
Fourmis ne tardent point à venir remplacer celles qui ont été mises de côté : aussi finit-elle presque toujours par abandonner la partie.
Deuxième grief contre ces Fourmis.
Elles pratiquent des visites nocturnes dans les maisons, où elles pillent tout ce qu'elles peuvent trouver en fait de matières sapides. Quant à l'opinion qui représente ces Œcodoma comme des bienfaiteurs venant délivrer les habitations humaines de tous les Insectes importuns, elle repose sur une illusion. Sans doute, bien qu'elles ne soient pas, à proprement parler, des Fourmis de proie, elles mangent aussi des Insectes et surtout elles lèchent les sucs qu'ils renferment ; mais les avantages qu'elles procurent ainsi aux demeures humaines sont de beaucoup au-dessous de leurs méfaits. Ce sont des Animaux nocturnes, et comme tels, ils sont plus actifs la nuit que le jour; à ce moment-là, les Hommes sont d'ailleurs moins redoutables pour eux.
Bâtes, au début, ne voulait pas ajouter foi au dire des habitants accusant les Fourmis en question de pénétrer de nuit dans les maisons pour enlever la cassave ou farine de Manioc, qui remplace au Brésil le pain dans les classes inférieures; pendant un séjour qu'il fit plus tard dans un village, il put se convaincre de la vérité de leurs récits. Il fut réveillé une nuit, par son serviteur qui vint l'avertir que des Rats étaient en train de ronger les corbeilles pleines de farine. En y regardant de plus près, on y reconnut une colonne de plusieurs milliers à'Œcodoma cephaloles. Les corbeilles remplies de ladite farine, et placées sur une table élevée, étaient couvertes de ces Fourmis; le bruissement des feuilles sèches qu'elles rongeaient avait donné l'éveil, et l'on surprit ces petites bêtes emportant chacune un grain par- . fois plus gros et plus lourd que l'Animal tout entier. On essaya de les tuer en frappant dans le tas avec quatre sabots en bois, mais la tentative fut absolument stérile; car les troupes envahissantes se succédaient sans relâche et remplaçaient sans cesse celles qu'on venait d'anéantir. Les nuits suivantes, on alluma des traînées de poudre sur leurs routes, et l'on parvînt peu à peu, par ce procédé, à les intimider, car elles finirent par ne plus revenir. Baies ajoute qu'il ne s'explique pas à quoi peuvent leur servir ces granules de Manioc, qui contiennent beaucoup de farine, mais point de gluten et qui par conséquent ne sauraient être utilisés par elles comme ciment ; ne sont-
ils pas utilisés tout simplement pour leur alimentation?
Usages. — Le corps des Femelles remplies d'OEufs est une des plus grandes friandises des Indiens, qui les mangent eu y ajoutant un peu de sel. Lorsqu'on en a fait une riche capture, on les grille en les saupoudrant de sel, et sous cette forme les Européens même peuvent les apprécier.
Moyens do destruction. — Pour débarrasser son jardin de ces visiteurs plus qu'incommodes, M. Belt eut recours a l'acide phénique, etles résultats furent merveilleux. A peine, en effet, eût-il été arrosé avec cette substance que toute la population émigra pour aller s'établir à une certaine distance emportant avec elle ses provisions, ce qui donna à M. Belt l'occasion de constaterl'intelligence de ces petits Animaux. Ayant à descendre une pente très inclinée ces Fourmis savent très bien abandonner au sommet leur fardeau qui, roulant ensuite jusqu'au bas, était alors repris par d'autres. Cependant, tout en s'établissant dans une nouvelle demeure, le souvenir de l'ancienne fut conservé, car l'année suivante les Fourmis y revinrent sans doute pour s'éviter l'ennui de creuser de nouvelles galeries. Ces galeries, en effet, sont fort longues et ont des dimensions très considérables, leur diamètre pouvant varier de un à huit pouces.
Du sublimé corrosif répandu en poudre pendant un temps sec sur le sol produit sur les OEcodomes un effet singulier car elles se mettent immédiatement à courir çà et là dans une grande agitation, se mordant fortement les unes les autres. Cette sorte de folie se communique de proche en proche et alors on voit sortir de la Fourmilière de gros individus de trois quarts de pouces de longueur qui ne viennent au dehors que dans de graves circonstances, c'est-à-dire dans les cas de migrations ou lorsque la demeure est attaquée. Leur démarche est d'abord grave etfière, mais, dès qu'ils ont été en contact avec la substance vénéneuse, ils manifestent les mêmes symptômes que les autres.
LES DORYLINES OU EOURM1S AVEUGLES — DORYLIN.E
Die lilindameisen.
Caractères. — Ces Dorylines, dont les trois formes sont encore très imparfaitement con-