ARCHITECTURE
l'extrémité de la tête. Elles sont noires, dentelées, convexes en dehors et concaves en dedans comme les paumes de la main. Les dents au nombre de cinq sont très fortes ; l'extérieure est la plus longue et pointue; elle est située un peu en dehors de la face, tandis que celle de l'intérieur, plutôt émoussée, est située en dedans. Les muscles qui font mouvoir ces organes doivent être nécessairement très forts pour arriver à de pareils résultats. Je suppose qu'ils peuvent se contracter verticalement et latéralement, de sorte que les mandibules fonctionnent tantôt comme une scie, tantôt comme une racloire. Toutefois il est plus que probable que le bois est généralement raclé par les mandibules. L'aspect général de l'architecture, l'organisation des mandibules et les observations sur les Insectes renfermés dans des boîtes conduisent à cette conclusion. La vue extérieure des mandibules présente plus qu'une simple ressemblance avec la main ou la patte des Animaux vertébrés. L'analyse analomique sous le microscope, faite par des personnes compétentes, a démontré des analogies frappantes de structure. La forme dentelée des mandibules n'appartient qu'aux Femelles et aux Ouvrières (qui sont d'ailleurs des Femelles non développées) ; les mandibules des .Mâles sont en massue et lisses, et les rendent ainsi impropres au travail et à la défense. C'est un fait remarquable, que ce qu'on peut appeler les « facultés morales » de l'Insecte est l'apanage exclusif de la Femelle.
« La période d'activité ou peut-être de la plus grande activité dans les travaux d'architecture dure à partir du 15 juin jusqu'à la moitié du mois de juillet. Mes propres observations conduisent du moins à cette conclusion. Cela indique probablement l'époque, lorsque les besoins d'élever les nourrissons ou la perspective de l'accroissement de famille (ou bien tous les deux ensemble) demandent l'agrandissement de l'habitation.
« Les dommages que causent à l'Homme ces travaux ont été l'objet de plusieurs recherches. Je ne suis pas arrivé à résoudre la question par mes propres observations et inductions ; mais je m'en suis beaucoup informé chez les Forestiers, les Mécaniciens et gens pratiques. Le Menuisier et le Charpentier (1) de la propriété Bell m or.' donné plusieurs renseignements sur ce sujet.
Hetzel et Gesen.
«Ainsi, le Charpentier ne croit pas très sérieux les dommages que peuvent produire les Fourmis par leurs travaux; selon lui, ils n'ont pour effet qu'une putréfaction partielle de bois. Il a trouvé des Fourmis dans le Pin blanc, et suivant lui elles établissent ordinairement leur entrée dans les trous des nœuds « sawyer hole », oi' dans les autres points brisés ou endommagés. Leurs Nids se trouvent sur toutes les hauteurs, mais, d'après lui, l'arbreestordinairement sain, lorsque les fourmis habitent le sommet. Il se souvient d'un Pin bl.mc qui était presque rongé par les Fourmis à la hauteur de 7o pieds jusqu'au sommet; l'arbre est tombé à cause de l'épuisement produit. Le Nid dans la poutre du moulin avait à peu près les mêmes dimensions que celui qu'il a vu sur l'arbre tombé.
« Le Meunier a vu souvent travailler les Fourmis sur l'Erable, le Chêne rouge, mais plus fréquemment sur le Pin. Il a trouvé des Nids à la hauteur de 20, de 30 pieds et même plus; mais généralement, ils étaient à la hauteur de 10, 12 et 15 pieds. Souvent il tombait sur des Nids de Fourmis en sciant les troncs des arbres pour le moulin. Quelque temps avant, il a travaillé dans les montagnes à faire des douves et il trouvait souvent dans le bois des dégâts causés par les Fourmis . Il a vu dans les troncs des Fourmilières de 6 pieds de longueur. Selon lui, les Fourmis occupent ordinairement les parties dépérissantes de l'arbre, mais aussi les at-il vues souvent dans le bois parfaitement sain. Tous les témoins qui m'ont fourni des renseignements sur ce sujet se sont à peu près expri mes dans le même sens. Je dois ajouter encore un fait dont je n'ai pu vérifier l'exactitude, mais qui m'a été fourni avec une évidente sincérité. Un jeune fermier de la côte ouest de Brush-Mountain m'a ditqueles Fourmisavaienl complètement détruit un bois de Chênes de construction de 10 acres de superficie, appartenant à son père.
« Les dommages causés par les Fourmis dont il a été question ci-dessus ne peuvent certainement pas être sérieux et ne présentent parfois que quelques inconvénients. Mais une question se pose : les excavations semblables à celles de l'échantillon de notre poutre ne pourront-elles devenir parfois très sérieuses, comme par exemple pour les ponts de chemin de fer? Nous n'avons qu'à supposer qu'une colonie de Fourmis charpentières soit logée et travaille dans l'intérieur d'une poutre du pont, de dimension I de notre échantillon, et la question d'un grand
LES PORMICIDES.
danger se présente de soi-même. La supposition en est très probable. Un coup d'œil sur ce bloc percé de trous dans toutes les directions montre à quiconque ne connaît même pas les données spéciales sur la résistance du bois, que la solidité de la poutre de 12 à 10 pouces, dont faisait partie notre bloc, devait être considérablement diminuée par ces excavations. Il est possible que les dommages causés dans les parties en bois des ponts et d'autres constructions publiques, par les Insectes tels que la Fourmi cbarpentière et la Fourmi fauve, n'ont pas été l'objet d'attention nécessaire de la part de nos agents voyers.
« Cependant, pour que ces constatations ne conduisent pas à des conclusions exagérées et ne donnent point lieu à des alarmes inutiles, je veux présenter les mêmes faits sous une autre forme, moins vive, en donnant le calcul approximatif du temps qui est nécessaire pour le développement de la Fourmilière jusqu'aux dimensions de notre échantillon. Le Meunier constate que la colonie a travaillé au moins cinq ans sur la poutre. D'après l'assertion d'un des propriétaires, l'existence de la colonie a été aperçue très certainement trois ans, peut-être cinq ans avant l'époque indiquée par le Meunier. Ces huit ou dix ans ont été employés à creuser les galeries et les cavités. Sans doute une autre colonie, dans des conditions plus favorables, aurait pu travailler avec plus de succès. Mais toutefois le fait d'un progrès aussi modéré modifie considérablement les chances du danger. Cependant les symptômes les plus faibles d'un péril de ce genre méritent une attention et des précautions les plus minutieuses. Les arbres dans lesquels, d'après les observations et les rapports dignes de foi, on a trouvé ces espèces de Fourmis sont les suivants : l'Érable, le Chêne rouge, le Chêne noir, le Noyer américain et le Pin. »
3° Des Nids en carton, ligneux ou autres. — Ils sont construits en Europe par les Lasius fuliginosus seulement (fig. 964 et 965). Chez cette espèce, les glandes mandibulaires et métathoraciques extrêmement développées fournissent un ciment qui permet aux Fourmis de relier les éclats de bois assemblés, pour construire leurs cloisons intérieures.
« Qu'on se représente, dit Huber, l'intérieur d'un arbre entièrement sculpté, des élages sans nombre plus ou moins horizontaux, dont les planches et les plafonds, à cinq ou six lignes de distance les uns des autres, sont aussi
minces qu'une carte à jouer, supportés tantôt par des cloisons verticales qui forment une infinité de cases, tantôt par une multitude de pelites colonnes assez légères qui laissent voir entre elles la profondeur d'un étage presque entier; le tout d'un bois noirâtre et enfumé, et l'on aura une idée assez juste des cités de ces Fourmis. »
Le carton qui constitue ces Nids rappelle par sa constitution l'enveloppe papyracée des Nids de Frelons ; l'eau froide, l'eau chaude, l'acide chlorhydrique, la potasse caustique, l'alcool, le chloroforme ne peuvent le désagréger.
A ces Nids, on doit rattacher ceux que bâtissent les Fourmis appelées « Cornéliens » à Porto-Rico, et les Fuurmis-à.-étables dont nous parlerons plus loin. Les premières construisent généralement entre les branches des arbres des Nids gigantesques, comme des Ruches d'Abeilles ; et pour s'y rendre, elles établissent sur les branches, sur le tronc, sur les feuilles, sur les pierres et sur le sol, des chemins couverts à 1 abri de la lumière et de la pluie, dont le diamètre intérieur est à peu près celui d'un tuyau de plume. Ces mêmes Comehens pénètrent aussi dans les maisons, traversent les ustensiles en bois, et ne s'écartent de la ligne droite que quand elles rencontrent sur leur route un obstacle impossible à traverser.
4° Des Nids à architecture composée. — Tels sont, par exemple, les Nids bien connus des Fourmis rousses (Formica rufa) de nos forêts; ces Fourmis, que nous étudierons de plus près tout à l'heure, emploient, pour leurs constructions, toute espèce de matériaux susceptibles de servir à cet usage, tels que bois, terre, pierre, feuilles, tiges et aiguilles de Pins, et ces divers matériaux sont groupés et utilisés d'une façon fort habile.
Avant de poser les fondements de l'habitation, elles se mettent à creuser le sol, dans un rayon déterminé; après quoi elles commencent la construction même de l'édifice, à l'aide de la terre fraîchement remuée et des matériaux ci-dessus énumérés ; ce n'est généralement que plus tard, qu'elles étendent et élargissent le bâtiment selon les besoins de la communauté etselon les circonstances. Chaque étage est soutenu par des piliers, des colonnes et des poutres transversales en bois et en argile, dont la solidité est chaque fois soigneusement mise à l'épreuve.