LE BASSUS A TACHES BLANCHES
de la famille des Ichneumonides, qui restent après l'exclusion des tribus suivantes. Toutefois chez un grand nombre de ces Hyménoptères, l'abdomen, tantôt sessile, tantôt pédicule, se caractérise par sa disposition cylindrique, s'épaississant d'avant en arrière en forme de massue, et laissant à peine voir la tarière. Quand ceci n'a pas lieu, l'aspect général rappelle alors quelqu'une des formes des tribus suivantes, mais la conformation des antennes, des ailes, ou de toute autre partie de l'Insecte ne permet pas de l'y rattacher.
Mœurs, habitudes, régime. — Ces Hyménoptères se tiennent volontiers parmi les Roseaux et parmi les plantes analogues.
Nous mentionnerons deux espèces appartenant à deux genres de cette tribu :
LES EXENTÈRES — EXENTERUS (1)
Caractères. — L'aile antérieure possède une cellule spéculaire triangulaire; et l'abdomen se rattache par son premier segment, à peine rétréci en avant et deux fois caréné en haut, au métathorax qui tombe à pic et qui porte plusieurs aires.
Mœurs, habitudes, régime. — Ils paraissent
être essentiellement Parasites des Larves de Tenthrédonines.
LEXENTEKE MAR.G1NE — EXENTETtUS MAItGI- NATOHWS.
Caractères. — L'Exenterus marginatorius (fig. 1055, page 157) est. une Tryphonine assez commune. On la reconnaît aux bords postérieurs jaunes de ses anneaux abdominaux, aux marques jaunes inconstantes de sa tête et de son thorax sur un fond noir, rugueux et strié, ainsi qu'à l'absence d'épines terminales sur ses jambes postérieures jaunes dont les extrémités sont noires. Une empreinte arquée sépare le chaperon de la face.
Mœurs, habitudes, régime. — Cet Hymé-
noptère vole de préférence dans les bois de Pins, parce qu'il y trouve pour sa Larve un excellent gisement, la Tenthrède des feuillesde-Pin, ou Lophyre du Pin (Lophyrus Pinï). Avec son instinct pour découvrir une piste et sa mobilité continuelle, la Femelle de cet Ichneumonide a bientôt fait de trouver la Larve verte, presque adulte, de Lophyre, et
(1) Exenlevo, j'ôte les entrailles.
de lui implanter superficiellement un OEuf d'un coup de tarière, sans que les contorsions de la victime puissent l'éviter. Celle-ci file sa coque en forme de barillet, comme à l'état de santé, pour y passer l'hiver. La Larve, éclose de l'ÛEuf parasite, reste extérieure à son hôte qu'elle dévore entièrement; elle n'en laisse que la peau qu'on retrouve, à la fin, loute racornie, dans un coin de la coque, tissée par lui. La Larve parasite se tisse ensuite son propre cocon dans l'intérieur de celte coque qu'elle ne remplit qu'à demi. L'année suivante, au lieu de la Tenthrède, c'est notre Tryphonine qui sort de cette double enveloppe ; elle ne sort pas, comme l'eût fait le Lophyre, en rongeant le couvercle au sommet, mais en perçant latéralement au voisinage du sommet, un trou irrégulier et arrondi.
LES BASSUS — BASSUS
Caractères. — Un autre genre, dont on rencontre souvent plusieurs espèces élégantes et bariolées, porte le nom de Bassus; on le reconnaît facilement à son premier segment abdominal presque carré, qui relie au métathorax l'abdomen fortement déprimé, court et ovale. Chez quelques espèces, la cellule spéculaire manque; chez d'autres, elle existe et prend la forme triangulaire ; la première nervure récurrente présente une inflexion anguleuse.
LE BASSUS A TACIIES BLANCHES. — LE BJSSUS ALBOSIGNATUS.
Caractères. — Son corps noir présente de riches marques blanches, notamment sur le chaperon, les bords internes des yeux, les écailles alaires, l'écusson, le post-écusson, les bords postérieurs de plusieurs anneaux, enfin sur les jambes postérieures qui portent un anneau jaune. Le reste des pattes est d'un rouge vif. L'aile antérieure manque de cellule spéculaire. Ce Tryphonide (fig. 1056) varie de longueur, 5mm,17 à 8mm,57, suivant qu'il habite une Larve de Syrphus plus ou moins grande.
Mœurs, habitudes, régime. — Le BasSUS albo-
signatus (fig. 1056) n'a pas, en effet, à se lancer dans les découvertes lointaines pour déposer ses Œufs. Visiteur fidèle des colonies de Pucerons, dont il recherche les sucs, il trouve auprès d'eux de quoi satisfaire ses instincts re-
LE BANCHUS FAUCHEUR.
Fig. 1057. — Le Banchus faucheur, très grossi.
Fig. 1058. — Le Banchus faucheur, de grandeur naturelle
Fig. 1050.
Fig. 1059 — Sa coque abandonnée, de grandeur naturelle.
Fig. 1057 à 1059. — Les Ichneuraonides (Banchus).
producteurs ; les Larves de Syrphes (Syrphus) qui vivent elles-mêmes aux dépens des Pucerons sont là pour nourrir sa progéniture. Ces Larves, qui ont la forme d'une Sangsue, sont dotées chacune d'un ÛEuf, et paraissent en être assez peu incommodées; car elles mangent, grandissent et se métamorphosent dans leur peau desséchée qui constitue une coque (pupe) en forme de gouttelette, fixée latéralement le long d'une tige, d'une feuille, ou de toute autre partie du végétal. Dans cette coque se développe, non pas une Nymphe de Diptère, mais une Nymphe d'Ichneumonide. Celle-ci donne naissance à notre Bassus.
Un a constaté les mêmes mœurs chez d'autres espèces encore, entre autres chez un Parasite des Coccinelles qui, comme on le sait, vivent aussi aux dépens des Pucerons.
LES OPHIONINES — OPHIONIN.E
Die Ophioninen,
Caractère». — Les Ophionines ont pour caractère commun , un ahdomen dont le pédicule est droit, le plus souvent, et d'où la tarière émerge à peine. Les articles des antennes sont cylindriques. Chez YHellwigia elegans, espèce fort délicate à couleurs brune et jaune, ils s'épaississent de plus en plus en se rapprochant de la pointe.
Nous signalerons, dans cette tribu, les genres Banchw, Exetastes, Anomalon, O/jhion, et Paniscui.
LES BANCHUS — BANCHUS (I)
Caractères. — Les Banchus diffèrent des vraies Ophionides en ce que l'abdomen sessile ne revêt les caractères de cette tribu, que dans sa moitié postérieure, et se trouve fortement comprimé sur les côtés. Ils' se reconnaissent en outre à leur écusson qui s'allonge en une épine plus ou moins aiguë; aux orifices aériens linéaires du métathorax ; à leur cellule spéculaire presque rhombique, et à leurs griffes dorsales pectinées.
Mœurs, habitudes, régime. — Les BunchuS sont parasites des Chenilles, spécialement des Chenilles de Papillons nocturnes, Bombycides, Noctuélides, Phalénides. Celles-ci n'acomplissentpas leur Nymphose, au lieu de la Chrysalide on voit apparaître une coque noire, comme celle du Banchus falcator représentée sur les figures 1057 et 1058. Son tissu est doué d'une certaine solidité, car il est formé de six à sept membranes accolées, que l'Insecte doit ronger avant de conquérir sa liberté. Les étuis de cette sorte paraissent propres aux Ophionines, car elles abritent les espèces les plus diverses, notamment plusieurs Hyménoptères du genre voisin Exetastcs.
LE BANCHUS FAUCHEUR. — BANCHUS FALCATOR.
Sichelwespe.
Caractères. — Le Banchus falcator, dont Fabricius considérait la Femelle comme appat-
(I) Ëaf/ja, sorte de Poisson.
LANOMALON CIRCONFLEXE.
tenant à une autre espèce qu'il nommait Banchus venator, est un Ichneumonide dont les deux sexes diffèrent non seulement par leur coloration, mais encore par la forme de leur abdomen, ce qui explique les erreurs des différents auteurs. Chez le Mâle l'abdomen, vu de profil, paraît courbé en faucille; il s'élargit d'arrière en avant, s'abaisse brusquement à son extrémité, et laisse apercevoir deux lobules qu'on prendrait pour la gaine d'une tarière, tandis qu'ils appartiennent aux organes Mâles. Sur cet abdomen noir et luisant, se trouvent quatre taches jaunes dont la forme rappelle une selle. Les pattes grêles, à l'exception des hanches et des extrémités des jambes postérieures, l'écusson, les écailles alaires, le triangle situé en avant, deux taches allongées placées au-dessous, enfin presque toute la partie antérieure de la tête et la face inférieure des antennes filiformes, sont de la même couleur. La Femelle que nous représentons (fig. 3) nous montre un abdomen terminé en pointe ; sa couleur dominante est le noir; seules, la moitié antérieure de l'abdomen et les pattes à l'exception des hanches et des extrémités des jambes postérieures, paraissent d'un rouge jaunâtre. Dans les deux sexes, les ailes sont troubles et jaunâtres.
Mœurs, habitudes, régime. — D'après Bou-
ché il vivrait aux dépens delà Fidonia primaria
(Phalénides).
LES EXETASTES — EXETASTES
Caractères. — Chez les Exelastes, l'abdomen, sessile aussi, se termine en pointe chez les Mâles, tandis qu'il s'élargit en arrière chez les Femelles vues de profil, et laisse passer un peu leur tarière. Les griffes, ici, sont simples, les stigmates du métathorax sont ovales ou circulaires ; la cellule spéculaire, relativement petite, est souvent pourvue d'un pétiole.
LES ANOMALON
ANOMALON
Caractères. — Les Anomalon se reconnaissent tout d'abord, comme la plupart des Ophionines, à leur abdomen pédicule, qui s'élargit graduellement en arrière, et à leur faciès général.
Les caractères génériques, empruntés à la forme des ailes et des longs crochets des tarses,
(I) 'AVWIJ.X/.OV, inégale, irrégulier.
sont représentés sur la figure 1036. Il faut y joindre, comme méritant l'attention, le chaperon abrupt en avant, les deux dents terminales inégales des mandibules, les stigmates aérifères ovales du métathorax, et les griffes simples.
Mœurs, habitudes, régime. — Leurs Larves
sont Parasites des Chenilles de différents Lépidoptères nocturnes (Bombycides, Noctuélides).
LANOMALON CIRCONFLEXE. — AlSOMÀLOîS CMCUMFLEXUM.
Kicfernspinner-Sic/telwespc.
Caractères. — La tête, le tronc, l'extrémité de l'abdomen, les hanches, les extrémités des cuisses et des jambes postérieures, sont noires; les antennes sont d'un rouge brun, les tarses sont plus clairs ; le reste, comprenant les bords internes des yeux, les palpes, l'écusson, sont d'un rouge-jaunâtre.
Mœurs, habitudes, régime. — Ainsi que
ses nombreux parents , cet Hyménoptère voltige avec beaucoup de grâce, entre les feuilles des arbres et des buissons, principalement dans les forêts. Il étend avec élégance ses longues pattes postérieures, et, tenant ses antennes relevées, il balance doucement son abdomen recourbé. Il s'abat de temps en temps sur une feuille, pour pomper le suc mielleux qu'un Puceron y a sécrété ou pour absorber quelque gouttelette de pluie, et s'envole pour recommencer la même manœuvre. Il y met toujours un certain calme et une certaine dignité, comme si ses mouvements lui avaient été enseignés par un maître de danse, etcomme s'il voulait observer d'une façon pédante les principes du savoir-vivre. La Femelle quenous représentons n'est pas au repos tout à fait; elle semble avoir au-dessous d'elle une Chenille de Gastropacha Pini dans laquelle elle se prépare à enfoncer sa tarière pour y pondre un OEuf.
L'OËuf qu'elle réussit à incorporer dans la Chenille d'une Noctuelle, ou dans toute autre, subit des aventures merveilleuses. La Larve qui en éclot vit à l'état libre dans la Chenille; elle a 2mm,25 de long ; elle n'est guère plus épaisse qu'un crin de Cheval ; sa tête, cornée, est brune; elle possède une longue queue ; son aspect général est représenté (fig. 1QG1), le second degré de son évolution (fig. 1062), elle s'élargit et diminue de longueur, parce que la queue disparaît (le pinceau qu'on aperçoit à l'extrémité et la torsion du corps proviennent de la pression exercée par le verre pendant
LES OPHIONS.
Fig. 1065. Fig. I0G1.
L'Anomalon circouflexe, Parasite du Bombyx du Pin [Gastroyaclia Pini), Femelle de grand, nat.
Fig. 1061, 1062, 1063 et 1064. — Larve a ses différents stades d'évolution, très grossie.
Fig. 1065. — Nymphe, très grossie.
Fig. 1060 à 1065. — Les Iclineumonides {Anomalon), d'après Ratzeburg.
l'examen au microscope). L'apparition du tube principal et des premières ramifications de l'appareil respiratoire indique le progrès de l'évolution. Au troisième stade (fig. 1063), les conduits aérifères sont complètement ramifiés, mais il n'existe encore aucun stigmate ; Ratzeburg se demande si la queue, qui continue à se raccourcir, pouvait en tenir lieu au début. Aux mandibules, qui existaient à l'origine, s'ajoutent les mâchoires et la lèvre qui complètent ainsi les parties constituantes de la bouche; des palpes et des antennes articulés surgissent. Ratzeburg a trouvé cette sorte de Larve enfermée dans une membrane dont il n'avait pu s'expliquer la présence. Dans le quatrième stade (fig. 1064), la Larve possède enfin l'organisation que l'on connaît chez les autres Parasites. La tête paraît alors petite, disposée surtout pour la succion; au pôle opposé, la queue a entièrement disparu. L'Animal semble alors moins préoccupé de prendre sa nourriture que de choisir dans l'intérieur de plus en plus dévasté de son hôte un emplacement commode et suffisamment large pour se tenir à l'aise. Celui-ci, pendant que son Parasite subit les changements indiqués, s'accroît, mue, et, si c'est une Chenille fileuse, s'endort du sommeil hivernal; puis il mue de nouveau, se tisse une coque et subit la Nymphose. C'est alors, seulement, que la Larve parasite prend la forme représentée sur la figure 1063, c'est-à-dire se transforme également en Nymphe. Elle achève son évolution en mai ou en juin, et sort, rongeant sa cage, à l'état d'Insecte parfait. Les Larves des autres Hyménoptères qui vi- Brehm. — VIII.
vent de la même manière en Parasites subissent des transformations analogues; c'est, du moins, ce qu'on peut conclure de quelques observations de Ratzeburg.
LES OPHIONS — OPHION (1)
Die Ophiunen.
Caractères. — Bien des Ichneumonides de la même tribu paraissent, aux regards peu exercés, appartenir à une seule et même espèce, en raison de leur aspect général et de leur coloration. Ces Insectes ont absolument le même port que les Anomalon dont nous venons de parler ; en les étudiant de plus près, on reconnaît que non seulement ils n'appartiennent pas à une seule espèce, mais qu'ils se divisent en plusieurs genres, dont deux principaux. Le premier , qui a donné son nom à toute la tribu, comprend les Opinons, dont les espèces, nombreuses et sans éclat, s'étendent sur toute la terre. On les distingue aisément de toutes les autres Ophionines, par leurs nervures alaires. Les deux nervures récurrentes aboutissent, ici, uniquement dans la première cellule sous-marginale, car la cellule spéculaire se perd par suite de l'absence de sa nervure interne. Nous verrons plus tard des exemples de cellules spéculaires incomplètes par suite de l'absence de leur nervure externe ; mais nous ne rencontrerons pas d'autre exemple de l'anomalie que nous constatons ici. Les grilles sont pectinées ; et le meta thorax est lisse,
(1) 'Oifi'wv, un des Titans.
Lnsectes. — H 2
LES PANISGUS.
tandis qu'il est strié chez les Anomalon et chez les autres Ophionines. Quand on veut distinguer les espèces il faut tenir compte de variations presque insensibles dans les couleurs, depuis le brun grisâtre jusqu'au rouge-jaunâtre sale ; il faut observer si l'on peut apercevoir ou non sur les ailes antérieures des taches cornées, et examiner d'autres détails analogues. Mœurs, habitudes, régime. — Partout, Sur les buissons, sur les haies, sur les fleurs, nous
Fig. 10C6. — L'Opliion jaune.
rencontrons ces Hyménoptères d'un jaune argileux, qui se promènent, les ailes relevées, et dont le vol paresseux et vacillant fait entendre parfois un cliquetis d'ailes; on les voit venir et s'en aller s'abattre lourdement dans le voisinage, pour y chercher ce qu'elles n'ont pu trouver encore. Leurs Larves vivent ordinairement aux dépens des Chenilles, des Bombycides et des Noctuélides, cependant VOphion simplex serait Parasite de VApoiierus Coryti. Nous représentons une des espèces les plus communes, Ophion jaune (Ophion lutens), Parasite d'un grand nombre de Noctuelles.
LES PANISCUS — PANISCUS (1)
Caractères. — Le genre Paniscus présente les mômes nervures alaires que les Anomalon; mais il s'en dislingue principalement par ses griffes pectinées, et par les stigmates de son premier segment abdominal qui se trouvent situés au-devant de la ligne centrale. Un Tryphonide (Mesoleptus testaceus) peut prêter à la confusion, en raison de sa coloration analogue, même pour des yeux exercés. Nous signalons tous ces Ophionines, non pas pour prévenir toute confusion, ce qui exigerait des descriptions différentielles, mais pour traiter un point de développement observé déjà par de Geeret par d'autres.
(1) Ilavîoxo;, petit Pan.
Mœurs, habitudes, régime. — NOUS voulons parler des OEufs pédicules, signalés déjà en passant, à propos des Tryphonides et des Ûphionides. Ces OEufs se trouvent quelquefois appendus, isolés ou par grappes, à l'extrémité abdominale des Femelles. Quel est leur rôle ici? On ne saurait s'expliquer leur apparition, qu'en admettant le besoin de pondre chez une Femelle qui ne trouve pas le terrain favorable auquel elle puisse confier ses OEufs.
«J'ai souvent trouvé, rapporte Taschenberg, de ces OEufs pédicules, au nombre de un à trois, en différentes places, principalement au voisinage de la tête de diverses Chenilles nues. Ils ont l'aspect noir et luisant des semences de certaines plantes, des Queues-de-Renard par exemple, et sont fixés, d'un coup de tarière, à la peau de la Chenille.
« D'après mes observations, deux cas peuvent se présenter dans l'évolution consécutive de ces OEufs.
« J'ai trouvé, il y a quelques années, une belle chenille de YHybocampa Milhauseri, Bombycide très appréciée des collectionneurs à cause de sa rareté. Malheureusement elle était piquée, car au côté gauche elle portait deux OEufs ayant l'aspect que nous venons d'indiquer. Dans l'espoir d'intervenir encore à temps, en qualité de médecin, je les comprimai avec une pince, mais je constatai que je n'agissais que sur la coque vide: la Larve éclose avait donc pénétré déjà dans le corps de la Chenille. Sans en prendre souci, la Larve fut soignée avec précaution et approvisionnée d'écorces de Chêne pour favoriser la Nymphose. Cette Métamorphose s'opéra, en apparence, régulièrement. La Chenille se ménagea, dans l'écorce rongée, une installation convenable, à contour elliptique, tissa par dessus une coque unie, mélangée de rognures d'écorce ; et l'enveloppe protectrice fut construite, comme en liberté, si habilement et si bien dissimulée, qu'un œil exercé la distinguait à grand'peine des autres inégalités de la branche de Chêne. Tout cela se passait à la fin de l'été. Le Papillon devait apparaître au mois de mai de l'année suivante s'il était apte encore à cette évolution. Mais, avant cette époque, j'eus la triste surprise de trouver la coque ouverte ; et au lieu de la Chrysalide qui devait la remplir, j'y trouvai la Nymphe noire, allongée en forme de barillet, que je connaissais depuis longtemps comme appartenant aux Icbneumonides. Quelques semaines plus tard, en effet, j'en vis sortir une
LES IGHNEUMONINES.
Ophionine d'un jaune terreux, le Paniscm testaceus, comme j'en avais retiré déjà dans d'autres circonstances des coques du môme Papillon. Je ne saurais dire ce qui est advenu du second OEuf.
« Je veux exposer ici un deuxième cas, afin de mettre en lumière une autre influence de parasitisme. Je rapportai, à la fin de l'été, une quantité de Chenilles nues d'une Noctuelle peu rare, \&Nœnia typica. Elles étaient encore assez jeunes, et furent nourries de Polygonum aviculare, plante qui croît sur tous les chemins. Je remarquai bientôt que quelques Chenilles s'attardaient dans leur développement, à côté de leurs compagnes en pleine prospérité. Un examen plus minutieux me prouva qu'elles avaient été piquées, au voisinage de la tête, et qu'un ou deux Œufs analogues à ceux que nous avons décrits plus haut s'y trouvaient fixés. Ces Chenilles avaient mué comme les autres et s'étaient débarrassées de leur tégument ancien, mais non de leur appendice parasitaire. Je mis en observation spéciale deux de ces Chenilles endommagées, que j'emprisonnai avec des aliments dans une boîte en carton ; je prenais fréquemment de leurs nouvelles. Chacune avait un OEuf fixé latéralement sur la nuque. Bientôt l'Œuf s'ouvrit par une fente longitudinale, laissant voir la partie antérieure d'un Ver. Chez l'une de ces Chenilles, le Ver parut croître lentement, mua une fois et devint une Nymphe très petite ; la Chenille devint aussi une Chrysalide, rabougrie au niveau de la tête. Malheureusement, alors, la Nymphe d'Ichneumonide périt. Cette observation établit seulement que l'Œuf avait été implanté par un Ichneumonide plus petit, et par suite moins nuisible à la Chenille tout en entravant son évolution régulière.
« Il en fut tout autrement de la seconde Chenille en observation. Le Ver, tout en restant fixé dans l'OEuf par la moitié postérieure de son corps, se mit tout d'abord à dévorer son hôte avec avidité, comme on pouvait en juger par les mouvements de cette partie de son corps visible à travers la mince membrane de l'Œuf, et par la rapidité de sa croissance. Au bout de huit jours il était adulte, et son hôte entièrement dévoré. Il se mit alors à filer, mais il ne parut pas se trouver dans les meilleures conditions à cet égard ; car il ne tissa qu'une sorte de matelas assez élevé sur le plancher de la boîte, et ne produisit aucune coque fermée. 11 reposa toutefois, en liberté, sur ce tissu et
subit la Nymphose. Quand l'Insecte fut assez développé pour que sa couleur jaune d'argile et son aspect général aient suffi à établir qu'il appartenait au geure d'Ichneumonides en question, il mourut, parce qu'il manquait de l'humidité qui lui est nécessaire pour vivre. S'il était permis de supposer qu'une seule et même espèce pût vivre en Parasite tantôt intérieurement, tantôt extérieurement à son hôte, j'admettrais volontiers que cet Animal étiolé n'est autre chose que le Paniscus mentionné. Ces observations, en tout cas, jettent une vive lumière sur l'existence si intéressante de nos Parasites aux formes si variées. »
LES ICHNEUMOMNES — ICIINEU- MONINES
Die lchneumonincn.
Caractères. — Nous placerons volontiers au centre les Ichneumonines (Icltncumoninx) pour constituer, avec les formes les plus nobles, le noyau delà famille. Leur abdomen, aplati, lancéolé, est pédicule de telle sorte que la partie postérieure du premier anneau ainsi que les suivants se trouvent plus élevés que la base du pédicule. Ses orifices aérifères se trouvent en arrière de son centre et ne sont pas plus éloignés les uns des autres que de l'extrémité postérieure de l'anneau. La tarière est entièrement dissimulée dans le corps, la plupart du temps. La cellule spéculaire, pentagonale, tend à figurer un angle en arrière du bord antérieur. Les antennes, dont les articles sont quelque peu renflés, sont toujours sétiformes chez les Mâles, parfois piliformes chez les Femelles, et s'enroulent plus ou moins au moment de la mort. Les aires du Métathorax sont au complet, et ses orifices aérifères ne sont circulaires que chez les espèces petites.
Les Ichneumons présentent les couleurs les plus bariolées ; le corps des Femelles est bigarré de rouge, de noir, de jaune ou de blanc ; ces couleurs franches appartiennent presque en propre à cette famille. C'est dans cette tribu aussi que nous trouvons les plus grandes différences dans la vestiture des deux sexes. Nous trouvons parmi ces Ichneumons les formes les plus importantes, et les couleurs les plus vives. 11 y a des espèces entièrement noires, et des espèces noires et surtout d'un noir bleuâtre avec des marques d'un blanc d'ivoire. Ces marques se trouvent principalement aux bords des yeux, sur la face, sur la