LES ICHNEUMONS
collerette, surl'écusson, sur les écailles alaires, sur les pattes où elles prennent la forme annulaire, plus rarement sur les bords des articles abdominaux, plus fréquemment sur l'extrémité anale. Chez un grand nombre d'espèces, l'abdomen présente deux teintes rouge et noire ; et si le rouge est plus clair, quelques-uns des derniers segments sont bordés de blanc. Ces couleurs peu nombreuses produisent pourtant les plus grandes variétés de teintes; les Femelles paraissent, en général, plus bariolées que les Mâles, ce qui rend très difficile la confrontation des deux sexes d'une même espèce. Les Femelles se reconnaissent aisément à leurs antennes, filiformes ou sétiformes, un peu noueuses, toujours plus ou moins enroulées au moment de la mort, et rarement à la gaine à peine visible de leur tarière.
Gravenhorst (1) décrivit, en 1829, dans le genre Ichneumon, 274 espèces, vivant en Europe et principalement en Allemagne, et souvent représentées par un sexe unique Wesmaël, en 1844, dans ses divers travaux présentés à l'Académie de Bruxelles, entreprit de réunir d'une façon régulière les deux sexes pour constituer des espèces bien définies. Le nombre des genres et des sous-genres s'accrut notablement, et des recherches ultérieures multiplièrent encore les espèces.
Mœurs, habitudes, régime. — En dehors
de quelques espèces qui passent l'hiver sous la mousse ou dans les troncs d'arbres vermoulus, on commence à apercevoir la plupart des Ichneumons en juin. Les ailes posées à plat sur le dos, on les voit fureter parmi les feuilles des buissons isolément, ou en nombre considérable quand il s'y trouve des Pucerons dont ils puissent lécher les sucs ou des Chenilles pour recevoir leurs OEufs à l'époque de la ponte. On peut entendre leurs frôlements et leurs cliquetis lorsqu'il s'en trouve un grand nombre d'espèces réunies, formant avec d'autres Hyménoptères de la même famille, surtout aussi avec des Guêpes sanguinaires, des Mouches volages et d'autres, un mélange bariolé de gourmands et de pillards ! C'est un spectacle attachant, que l'observation de la mobilité des uns, de la lourdeur des autres, de la pusillanimité de certaines espèces et de l'effronterie des autres. 11 y a là une activité et une vitalité qu'on ne peut dépeindre, et qu'il faut avoir contemplées pour s'en faire une juste idée.
;i) Gravenhorst, ïchnëitmologia europea.
" J'ai eu l'occasion, une fois, raconte Taschenberg, d'observer cette sorte de fêle foraine, comme j'appellerais volontiers celte réunion de petits êtres. C'était par un été très sec, et chaque bête, chaque plante soupirait après la pluie. Un orage avait enfin amené une ondée rafraîchissante; et le long d'une roule assez large, ombragée en divers endroits par une forêt d'arbres feuillus et de Pins mélangés, il était resté quelques places humides et quelques flaques parmi les herbes et les ronces. Des milliers d'Insectes altérés se trouvaient là rassemblés : des Ichneumonides grands et petits sans tarière ou à longue tarière, des Ophionines, plusieurs espèces pimpantes des Ichneumons en question, des Mouches et des Papillons, tourbillonnaient, foule bigarrée, voltigeant et grouillant. L'herbe fraîche, et surtout les bords humides des flaques exerçaient sur ces Insectes un attrait irrésistible et semblaient imposer une sorte d'instinct paisible à ces petits êtres d'ailleurs belliqueux, et même toujours prêts à faire acte d'hostilité. Je suivais ce chemin à une heure assez avancée de l'après-midi, et je fus véritablement émerveillé de celte vitalité; je reconnus là, aussi, combien l'eau était indispensable à ces créatures qui semblent si peu en user. »
Malheureusement les Ichneumons, comme la plupart de leurs apparentés, accomplissent les actes principaux de leur existence, l'accouplement et la ponte, pendant la nuit ou du moins en cachette, si bien dissimulés dans la verdure, que personne, que l'on sache, n'a pu observer leur copulation, et qu'on n'a pu que dans quelques cas très isolés, lorsque certaines Chenilles se trouvaient réunies en grandes masses, voir une de ces Femelles en piquer une au passage.
Leurs Larves, autant qu'on peut en connaître, se distinguent par un aspect quelque peu flétri, et ne paraissent pas filer, parce que de grosses Chrysalides leur servent de cocons. On ne retire ces Hyménoptères que des Chrysalides de Lépidoptères ; pour en sorlir, elles leur rongent la partie supérieure de la tête. La Femelle ne dote chaque Chenille que d'un seul OEuf.
LES ICHNEUMONS — ICHNEUMON (1) Caractères. — Ces Insectes se reconnaissent
(1) 'Ixvôû|«ov, sorte d'Insecte.
L'ICHNEUMON REGLUS.
Fig. I0G9.
Fig. 10C7. — L 'Ichneumon reclus [Ichneumon pisôrius) sortant, de la Chrysalide du Sphinx du Pin, Màlo do grandeur naturelle.
Fig. ItltiS. — Le Crypte h tarses blancs (Cryptus tarso leucus), Mâle de grandeur naturelle.
Fig. 10C0. — Le Mésosterne porto-glaive (Mesostcrmn yladiator), Femelle de grandeur naturelle.
Fig. 1070. — L'RpIiialtcs empereur (EfiliiaUcs imperalor) , Mâle de grandeur naturelle.
Fig. 1071. — L'F.pliialtcs empereur, Femelle venant de pondre et retirant sa tarière.
Fig. 1007 a 1071. — Les Iclincumonides {Ichneumon, Cryptus, Mésosternut, Epkialies).
à leur abdomen aussi épais que large, à la forme pointue de l'extrémité du corps de la Femelle qui est formée de sept anneaux, a sa dernière écaille ventrale un peu éloignée de l'origine de la tarière, aux stigmates allongés du métathorax, dans l'absence de marques particulières sur le thorax et sur le chaperon. Il faut joindre à ces caractères propres à toute la tribu, les caractères génériques des nervures alaires, tels que Wesmaël les a assignés à tous les Ichneumons (fig. 1054, page 155).