‹ Merveilles de la natureChapitre 73 sur 412 · LE LOPHYRE DU PIN · texte numérisé non relu

LE LOPHYRE DU PIN

tentèrent d'émigrer vers quelque autre région qui se trouvait séparée par un ruisseau du théâtre de leurs dévastations. Elles fourmillèrent bientôt par millions sur le bord; et comme elles ne changèrent pas de direction, elles tombèrent dans l'eau. Chaque jour elles se succédèrent ainsi, quittant les lieux ravagés par elles, et marchant l'une après l'autre à une mort certaine; aussi le ruisseau, pendant ce temps, parut-il comblé d'Insectes luttant contre la mort, plutôt que rempli d'eaux vives. Ces années dernières les Lophyres ont commis des dégâts considérables dans les plantations de Pins de la Champagne et de la forêt de Rambouillet.

La LarveduLophyreduPin (flg. 1135, p. 201) possède vingt-deux pattes; la teinte verte du corps tire sur le jaune ou sur le brun, suivant l'âge; et les pattes antérieures portent des marques particulières variables, d'un gris enfumé ou noires.

Au bout de huit semaines ou d'un temps plus long si les conditions atmosphériques sont moins favorables, elle a acquis toute sa taille après avoir mué cinq fois. Dans cet état on peut en rencontrer plusieurs sur les branches, dans les barillets qu'elles se sont tissés le long des aiguilles (fig. 1136, p. 201). A la fin de juillet, l'Insecte adulte découpe incomplètement un couvercle hémisphérique et paraît au jour.

Aussitôt après leur apparition, ces Hyménoptères s'accouplent; puis, tout en tâtonnant avec ses antennes étirées, la Femelle grimpe, sur les aiguilles de l'année précédente, si le mois de juillet n'est pas encore passé, sur les nouvelles aiguilles de l'année, si c'est à la suite d'un essaimage ultérieur qui commence au mois d'août. A-t-elle enfin trouvé la place convenable, elle s'installe sur l'arête étroite de l'aiguille; puis, commençant tantôt par la pointe, tantôt par la base, elle fend, avec sa scie, le parenchyme jusqu'à la nervure médiane de la feuille, et laisse glisser les OEufs les uns à côté des autres, sur toute la longueur de l'aiguille. La fente est bouchée par les mucosités qui s'écoulent, en môme temps que les Œufs, le long des dentelures de la scie. Les Œufs pénètrent ainsi, au nombre de deux à vingt, dans une aiguille dont l'arête est refermée ensuite par un nombre égal de tubercules agglutinatifs, disposés en série et présentant un profil quadrangulaire.

Une seule Femelle peut pondre de quatre-

vingts à cent vingt OEufs, et les dépose toujours sur des aiguilles voisines. Ce travail, interrompu à peine par quelques courts moments de répit, dure jour et nuit jusqu'à la fin; une mort prochaine est la suite de cet effort prolongé. Suivant les conditions atmosphériques, l'OEuf met de quatorze à vingt- quatre jours à éclore; il augmente de volume, et le tubercule agglutinatif s'ouvre alors de lui-même; la Fausse- Chenille nouvelle en sort ainsi sans peine.

En calculant la durée de chaque évolution, nous trouvons que, dans les cas favorables, la vie dure près de trois mois, depuis l'OEuf jusqu'à l'essaimage de l'Hyménoptère. Si le premier essaimage a lieu, comme dans les conditions atmosphériques habituelles, au mois d'avril, lasecondecouvée,ordinairementplus nombreuse, fera son essaimage en juillet. Les Fausses-Chenilles de la première couvée dévorent donc en mai et en juin ; celles de la seconde, en août et septembre. Ces dernières passent l'hiver dans les barillets qu'elles se tissent sous la mousse, et commencent leurs ravages au printemps suivant. Il ne faudrait pas croire, toutefois, à une régularité absolue : des observations attentives ont montré que la première couvée pouvait n'achever son développement qu'au printemps suivant, 'ou qu'à l'été delà Saint-Martin, voire môme au bout de la troisième année ; la couvée de la fin de l'été n'effectue pas davantage son essaimage forcément au printemps prochain. C'est un fait assez digne d'attention que les Larves d'une même espèce d'Hyménoptères peuvent ne reposer dans leur coque que quelques jours, ou y rester, plus rarement, plusieurs années. Elle est, en général, assez sensible aux influences extérieures, surtout dans sa première jeunesse et avant l'époque où elle file ; on a trouvé plus d'une fois, après une nuit froide, après une forte pluie d'orage, après un brouillard sec, etc., des colonies entières mêlées d'espèces distinctes par leurs colorations et leurs habitations, mortes, soit sur les aiguilles, soit au pied de l'arbre. Les chapitres précédents nous ont appris qu'elles étaient recherchées par de nombreux Parasites; on en a retiré environ quatorze espèces différentes. En hiver, les Mulots dérobent volontiers leurs coques en barillets pour en dévorer les Insectes.

Moyens de destruction. — L'écheilillage,

pratiqué avec le plus grand soin en juillet et août, puis en octobre, paraît être le seul procédé de destruction donnant des résultats sérieux.

LES DOLERINES.

LES NÉMATES — NEMATUS (1)

Caractères. — Le genre Nematus est très répandu ; les espèces sont fort difficiles à distinguer à cause du peu de différence de leurs teintes, souvent mates et indécises. Les caractères génériques consistent dans des antennes velues, à neuf articles, qui paraissent assez longues, relativement à l'exiguité du corps, et dans une cellule marginale et quatre cellules sous-marginales dont l'emplacement existe, mais qui se réduisent quelquefois à deux par suite de la disparition des deux premières; la deuxième reçoit les deux nervures récurrentes.

Ce genre est extrêmement nombreux ; dans son excellente monographie, M. André a décrit 223 espèces européennes.

Mœurs, habitudes, régime. — Les Larves possèdent vingt pattes. Parmi elles, se trouve celle que nous avons mentionnée plus haut.

LE NÉMATE DU SAULE. — NEMATUS SAUC1S.

Caractères. — Le Nematus Salicis a le vertex, les stigmas alaires, les antennes jaunes et le mésothorax noir parsemé de grandes taches jaunes; il mesure environ 10 millimètres de long.

Mœurs, habitudes, régime. — La Larve est d'un bleu verdâtre sur la région moyenne du corps, jaune à ses deux extrémités, entièrement revêtue d'un pointillé noir, et possède une tête complètement noire; c'est elle qui frappe les yeux, de juillet à octobre, par son attitude en point d'interrogation, sur diverses espèces de Sa.\i\es(Salix fi agilis, alba, vitellina).

LE NEMATE DU GIIOSE1 I 1 II II — NEMATUS VENTRICOSUS.

Stachelbeerblatlwespc.

Caractères. — La Tenthrède du Groseillier (Nematusventricosus), qui porte encore unefoule d'autres noms, a tout au plus 6mm, 5 de long. La femelle a la tête noire (la bouche et la face inférieure des antennes exceptées), le thorax jaune avec trois taches noires et l'abdomen entièrement jaune ou à base noire ; chez le Mâle, le thorax est plus ou moins noir avec le pronotum jaune ; dans les deux sexes, les ailes sont transparentes avec le stigma noir ou brun ;

(1) Nfjna, «to;, fil.

les pattes sont jaunes avec les extrémités des jambes et les tarses bruns.

Mœurs, habitudes, régime. — Sa Larve, d'un vert sale, revêtue de poils courts, munie de verrucosités noires sur les côtés du premier et des quatre derniers segments, et pourvue d'une tête noire, dénude parfois complètement, au mois de mai, les Groseilliers communs (Ribes rubrvm) et les Groseilliers à maquereaux [Ribes uva crispa) et apparaît, une seconde fois dans l'année, en juillet et en août. De Fausses-Chenilles ayant été récoltées le 22 mai, deuxTenthrèdes Femelles terminèrent, dès le 3 juin, leur évolution. Une Femelle peut pondre jusqu'à 120 Œufs, ce qui explique l'augmentation rapide de leurs familles.

LE NÉMATE GALLICOLE. — NEMATUS GALIICOLA

Caractères. — Chez la Femelle, la tête est noire avec le labre blanc; les antennes sont noires, pâles en dessous ; le thorax est noir avec les épaules blanches; les ailes sont transparentes avec le stigma blanc à la base et brun à l'extrémité; les pattes sont jaune pâle avec les hanches noires a la base; l'abdomen est noir avec une bande dorsale blanche sur le dernier segment. Chez le Mâle, le ptérostigma est entièrement brun clair et l'abdomen est entièrement noir.

Mœurs, habitudes, régime. — Les renflements verts ou rouges en forme de Haricots ou de Fèves observés sur les feuilles des Saules (Salix fragilis, alba, caprea) varient dans leur structure et leur mode d'accroissement, et sont produites par les petites Fausses-Chenilles qui sont d'une jolie couleur vert tendre plus clair sous le ventre; elles descendent en terre pour se métamorphoser.

La Larve d'une autre espèce (Nematus viminalis) habite également des Galles; mais ces Galles en partie jaune verdâtre, en partie pourpre, de la grosseur d'un pois, sont sphériques, tuberculeuses, lisses ou velues et situées à la face inférieure des feuilles des Salix cinerea, Hélix aurita; l'Insecte adulte est la Mouche à scie des Galles rondes du Saule de De Géer.

Page 1