MOEURS, HABITUDES, REGIME. — CONSTRUCTIONS HORS DES NIDS
ceau [Leptothorax tuberum, Colobopsis truncaià).
Plus la colonie est petite, et plus le Nid est simple; plus elle est grande, plus les couloirs et les chambres sont compliqués; l'habitation s'étend alors en surface, les étages se superposent, et les détours se multiplient à travers la matière première (bois ou terre) restée ferme, ou au milieu des constructions consolidées par des murailles, des arceaux ou des piliers fabriqués. Certains passages conduisent au dehors, souvent fort loin, et relient le Nid aux pâturages fréquentés par ses habitants.
11 n'est pas rare de rencontrer de larges surfaces couvertes de Nids d'une seule et môme espèce, tous reliés entre eux.
En revanche, on trouve parfois sous une pierre deux ou Irois espèces distinctes de Fourmis, qui vivent dans un voisinage tellement étroit que les couloirs de l'une serpentent au travers de ceux de l'autre (Solenopsis fugax) ; mais les demeures de chacune sont isolées par des cloisons.
Constructions hors des mus. — « Une Fourmilière, dit Forel(l), doit le plus souvent chercher sa subsistance hors de son Nid, surtout sur les arbres où elle va traire les Pucerons au bout des branches. Toutes les constructions dont nous allons parler sont faites dans ce but. Elles manquent chez beaucoup d'espèces, surtout chez celles qui ne font que de petites Fourmilières. Nous ajouterons les colonies à cette division.
« 1" Canaux souterrains. — Toutes les Fourmis savent à l'occasion creuser des canaux qui, partant de la partie souterraine de leur Nid et se tenant plus ou moins loin de la surface du terrain, s'en vont aboutir à une distance souvent assez considérable.
« Leur but est soit de relier deux Nids d'une colonie chez les espèces à mœurs souterraines, surtout chez les Camponotus œthiops et lateralis, Lasius flavits, L. umbralus et ses races, Formica fusca, Tetramorium csespitum, Solenopsis fugax, soit de procurer aux habitants d'un Nid une issue éloignée du dôme qui leur permette de sortir et d'entrer sans dévoiler à leurs ennemis le lieu qui recèle leur couvée (surtout aussi les mêmes espèces que ci-dessus).
« Chez le Lasius flavus, ils sont pratiqués en outre dans toutes les directions pour aller à la recherche des Pucerons de racines (Huber).
« Chez le S. fugax, ils servent principalement
(1) Forel, p. 201 h 209.
à relier entre elles de petites agglomérations de cases, éloignées les unes des autres, et qu'on peut regarder comme Nids séparés, si l'on veut, car les canaux qui les réunissent n'ont souvent pas un demi-millimètre de diamètre, de sorte que les Femelles seules peuvent y passer. Huber parle déjà de ces « galeries tortueuses » souterraines. Ebrard les décrit très bien chez la F. fusca et chez YApkaenogasler barbara, espèce du midi de l'Europe.
« 11 est difficile deles suivre directementdans leur parcours; mais les incursions du P. rufescens chez la F. fusca nous fournissent un moyen très curieux de nous assurer de l'existence des communications souterraines.
« Le Poli/crgus rufeseens vieil l en armée serrée attaquer les /'"'./(/sca; l'armée entre dans le Nid par la première porte qu'elle trouve ouverte, et en ressort quelques minutes après chargée de cocons volés aux propriétaires du Nid.
«Ebrard cite un cas où les P. 7-ufesccns étant entrés subitement dans un Nid de F. fusca par le dôme, il vit ces dernières émerger tout à coup du milieu d'une touffe d'herbe située à 40 centimètres du dôme, et s'enfuir avec leurs Nymphes etleurs jeunes Ouvrières encore blanches.
« Moi-même je vis une armée de P. rufeseens arrivant rapidement sur un Nid de F. fusca, s'arrêter à 10 centimètres du dôme et entrer tout entière par une ouverture pratiquée dans le gazon et que je n'avais pas vue. Je bouchai cette ouverture lorsque toutes les envahisseuses furent sous terre, et j'en pratiquai une ou deux sur le dôme des F. fusca. L'armée tout entière ressortit au bout de deux ou trois minutes par les ouvertures que je venais de faire.
« Une autre armée des mêmes P. rufeseens envahit un petit dôme de F. fusca à peine gros comme une Pomme. J'aperçois alors à 30 ou 40 centimètres de là un second dôme analogue au premier; j'y fais alors une ouverture et bientôt les P. rufeseens rassortent en deux colonnes partant l'une du premier dôme et l'autre du second, preuve indubitable d'une communication souterraine entre les deux.
« Mais les Nids de F. fusca n'ont souvent point du tout de dôme, et il leur arrive dans ce cas fréquemment de ne s'ouvrir que par des canaux s'éloignant du Nid. C'est alors que les P. rufeseens ont le plus de peine à les découvrir.
« Je note ici comme comparaison une observation de Bâtes, sur une énorme Fourmi bien connue au Brésil, YAtta cephalotes (probable-
LES FORMICIDES.
ment plutôt Y A. sexdens) : on voulait ensoufrer un de ses Nids pour tuer les habitants, comme on le fait chez nous pour les Nids de Guêpes. Quel ne fut pas l'étonnement de Bâtes, lorsqu'il vit la fumée de soufre ressortir à soixantedix pas du Nid.
« 2° Chemins. — Certaines espèces de Fourmis allant en files assez serrées exploiter tel pré, tel arbre ou telle haie se construisent à cet usage de véritables grandes routes battues qui leur facilitent énormément la circulation, surtout dans les prés où les tiges entre-croisées des graminées gênent extrêmement leur marche, principalement lorsqu'elles portent un fardeau. Tandis que Mayr(l) croit que ces chemins se font seuls par le simple fait du passage continuel des Fourmis, Christ et Huber avaient déjà vu qu'elles travaillaient elles-mêmes aies creuser.
« Le fait que d'autres Fourmis qui marchent en files assez serrées pour exploiter leurs arbres (Crematogaster sculcllaris, Formica exsecta) ne laissent rien apercevoir de semblable suffirait à lui seul pour prouver que ces chemins demandent un travail spécial. Les chemins dont je veux vous parler sont particuliers aux F. rufa et pratensis ainsi qu'au L. fuliyinosus, surtout aux deux premières.
«Les petites Fourmilières n'en font pas ou bien n'en font qu'un seul; plus une Fourmilière est considérable, plus elle a de chemins. Leur direction ne dépend ni du soleil, ni d'un certain instinct qui pousse les Fourmis à partir en ligne droite, comme le prétend M. E.Robert (2), mais simplement des endroits qu'elles peuvent exploiter, et de la manière la plus commode d'y parvenir. Le chemin a avantage à passer dans des endroits riches en butin, car les Fourmis peuvent en profiter pour chasser sur tout son parcours en s'écartant un peu à droite et à gauche.
« Si une Fourmilière est au bord d'une haie, elle construira d'abord un chemin le long de la haie à droite et un autre à gauche; ces chemins allant en sens contraire serviront à exploiter les deux bouts de la haie; ils iront en diminuant graduellement d'importance jusqu'à une certaine distance du Nid où ils deviendront indistincts. Dans ce cas la haie est ordinairement située entre une route et un pré; alors, si la Fourmilière est puissante, elle envoie un certain nombre d'Ouvrières à travers la route
(1) Mayr, Letei, und Wirken der einh. Ameisen. {2) Robert, Atu.ales des sciences nat., 1842.
pour exploiter la seconde haie située de l'autre côté.
« Mais il est impossible et inutile aux Fourmis de faire un chemin à travers la grande route, aussi n'est-ce que de l'autre côté de celle-ci que deux ou plusieurs chemins partent du point où arrive la colonne de Fourmis et se dirigent des deux côtés de la haie ou dans une autre prairie.
« D'autres fois, si elles y trouvent avantage, les Fourmis traversent la route en deux endroits.
« Mais les chemins les mieux battus sont ceux qui partent directement du Nid pour exploiter le pré du même côté ou les arbres qui s'y trouvent. Quelquefois un chemin s'en va droit à un arbre où il s'arrête net, les Fourmis allant presque toutes sur l'arbre; le plus souvent ils vont en devenant de moins en moins marqués et finissent par disparaître peu à peu. Souvent un chemin se bifurque ; d'autres fois il repart d'un arbre ou d'un bout de haie en formant un angle avec sa direction précédente.
« Les Fourmis profitent des passages naturels où elles peuvent circuler sur un certain espace sans avoir besoin de creuser avec peine une route, ainsi du pied d'un mur, du bord d'une allée. Dans les bois et les taillis, leurs chemins sont plus simples à creuser, car il y a moins de plantes basses enchevêtrées; la circulation est ordinairement très facile pour les Fourmis dans ce qui est pour les Hommes un taillis inextricable. Elles y font cependant des routes dont elles ôlent les feuilles sèches et autres embarras.
«Enfin les chemins servent à réunir divers Nids d'une colonie.
« Ils varient beaucoup en fréquentation, en largeur et en longueur. La première de ces qualités dépend naturellement de l'importance du lieu d'exploitation où il conduit.
« Dans les bois où la construction de la route est facile, mais où des feuilles qui tombent, des débris de toute sorte viennent constamment l'obstruer, les Fourmis ont soin de lui donner beaucoup de largeur, jusqu'à deux décimètres, mais peu de profondeur.
« Dans les prairies, au contraire, où la construction est difficile, mais stable, ces chemins sont étroits et profonds; ils ont à peine 4 à6cm de largeur sur 1 à 2cm de profondeur. Les Formica rufa et pratensis creusent leurs routes en déblayant la terre, en ôtant les objets qui encombrent le passage, et en coupant ou plutôt