CHIMIE
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« il avait un goût très-vif pour la chimie et un amour infatigable pour le travail , deux qualités excellentes pour recommencer à nouveau la lutte de la vie. Ses premières expériences portèrent sur la fabrication du taffetas gommé et ensuite du diachylon, et il réussit à se créer un commerce avec ces articles. Ce fut à ce moment qu’un chimiste allemand produisit la première allumelle chimique, qui différait considérablement de celles que la fabrique de Newton produit maintenant par millions ; elle était renfermée dans un briquet fort compliqué, très-orné et très-cher. Les premiers briquets se vendaient vingi-cincj francs à Londres. M. Dixon devina du premier coup le secret de la nouvelle découverte, et, habitué à prendre les choses par le grand côté, il résolut de consacrer ses efforts à améliorer l’allumette et à la rendre moins chère, de manière à mettre un terme au règne de l’amadou et du soufre, et à se créer en même temps un commerce aussi étendu que nouveau. Ses succès furent rapides et immenses, et méritaient de l’être.
« L’allumette chimique, quoi qu’elle soit devenue un article de commerce et de consommation considérable, n’a point encore trouvé d’historien. Les livres sont à peu près muets sur elle. Les faiseurs d’encyclopédies et de dictionnaires en Angleterre, l’ont jusqu’ici passée sous silence. Un ou deux écrivains français la nomment, et mentionnent en même temps les savants qui l’ont perfectionnée; çà et là quelque Allemand laborieux a recueilli une couple de faits sur la propagation de l’allumette chimique au-delà du Rhin ; mais vous ne trouverez nulle part une histoire sincère de ses progrès. C’est un tort; car quel rôle important l’allumette chimique ne joue-t-ellc pas dans le drame quotidien de la vie moderne !
« Vous dînez avec quelques amis dans une taverne du Strand ; le porto et les noix sont sur la table; vous demandez un cigare; on apporte, non plus le papier enflammé qui vous brûlait les doigts, salissait la table et donnait au tabac l’odeur de chiffon brûlé, mais une allumette élégante et parfumée.
« Vous rentrez tard; plus de feu, plus de lumière, plus de servante; mais la boîte d’allumettes est sur la table de l’antichambre; en un instant vous avez de la lumière sans le clic-clac de la pierre et de l’acier, sans l’odeur de l’amadou brûlé, sans avoir à changer votre bouche en soufflet pour accélérer l’ignition trop lente de la mèche.
« Vous voyagez par un temps affreux et vous voulez écrire une lettre; sous l’ancien régime, dix fois contre une vous ne pouviez avoir de lumière pour cacheter votre lettre. Les Indiens, dans leur marche, portent toujours avec eux deux énormes morceaux de bois sec pour allumer du feu. Chez nous, tout le monde n’est pas disposé à mettre dans ses poches une boîte à briquet; mais l’allumette chimique peut toujours trouver place dans le portefeuille ou le porte-visite.
« Vous craignez pour un enfant malade qui exige tous vos soins la nuit. Jadis il vous fallait allumer une lampe qui remplissait la chambre d’une vapeur d’huile et de naphte, qui aidait à consommer l’air pur et vous tenait éveillé par sa clarté tremblottante. Vous n’avez plus à redouter ni la nuit, ni les ténèbres; vous laissez votre enfant reposer dans cette obscurité naturelle qui est nécessaire à un sommeil réparateur; seulement vous mettez <à votre portée l’allumette chimique, qui peut en un instant éclairer ces ténèbres volontaires.
« C’est ainsi que l’allumette chimique joue son rôle dans presque tous les incidents de la vie domestique. La force et le caractère de la civilisation moderne éclatent dans ces petites choses non moins que dans les grands événements et dans les entreprises nationales. Tout ce qui contribue à l’aisance et au bien-être des masses, quelque simple (jue soit sa nature, mérite attention. La science n’est plus aujourd’hui la servante d’un petit nombre, ses merveilles ne sont plus un monopole assuré aux riches et aux grands de ce monde. Les ressources de la science et la puissance de la mécanique ne sont plus mises en réquisition pour bâtir des pyramides sous lesquelles reposerait un cadavre royal. L’art et
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l’industrie sont au service de tout le inonde, et consacrent leurs efforts à perfectionner le chemin de fer ou l’allumette chimique.
<r MM. Dixon ouvrent sans difficultés l’entrée de leurs ateliers à quiconque n’est pas de la partie, et n’est pas de caractère à surprendre les secrets de leur fabrication. Leur établissement est le plus grand du monde, au moins dans cette branche d’industrie. Il y a un an ou deux, dans une enciuêle parlementaire, le chef de la maison déclarait qu’il fabriquait tous les ans assez d’allumettes pour faire le tour de la terre. Toutes tes fabriques de Londres ne sauraient approcher de cette importance. Néanmoins, cette déclaration ne donne qu’une imparfaite idée de l’étendue de ce grand établissement. Le mécanisme en est considéiable : il est mû à la vapeur et par des machines d’une rapidité extraordinaire. Environ trois cents personnes sont employées dans les ateliers, et une grande quantité d’ouvrage est donnée en dehors à des femmes et à des enfants qui travaillent à domicile; quatre cent cinquante à cinq cents personnes sont ainsi occupées. Le chantier dans lequel on empile le bois avant de le scier a près de trois hectares d’étendue. Il est rempli d’énormes troncs de pins rouges ou blancs, d’Amérique. La maison a toujours en chantier pour 250,000 francs de bois de pin qui sèche, en attendant qu’on le scie. Ils en achètent souvent pour 150 à 200,000 francs à ta fois. De temps eu temps ils envoient un agent au Canada ou en Norwége pour acheter le bois sur pied, quoique souvent ils trouvent autant d’avantages à se pourvoir à Liverpool.
« La maison produit chaque jour de six à neuf millions d’allumettes complètement terminées. La moyenne de la production de chaque semaine est de quarante-trois millions. Si ou retranche de l’année deux semaines pleines pour les jours fériés, et dans la fabrication des allumettes chimiques les repos sont répartis comme dans toutes les industries du comté de Lancastre, on peut compter sur cinquante semaines effecti\es, dont le produit s’élève au chiffre effrayant de deux milliards et cent soixante millions par an. Si on évalue à trente millions la population des îles britanniques.
cela fait soixante-douze allumettes par tête. En supposant que chaque allumette ait deux pouces un quart de long, elles couvriraient la surface entière d’un département, ou mises bout à bout elles feraient et au-delà le tour de la terre. Cependant la fabrique de Newton, quoique la plus grande probablement du monde, n’est qu’une seule des nombreuses fabriques engagées dans cette industrie. Ces détails ne prouvent-ils pas que l’allumette chimique a mérité depuis longtemps d’occuper une place dans les encyclopédies industrielles et dans l’histoire du commerce?
« Le boutiquier du Strand qui , il y a quelque années, vendait deux boîtes d’allumettes chimiques par semaine, au prix de quatorze francs la boîte, à des propriétaires riches et amateurs de nouveautés, ne se doutait pas qu’un homme vivait qui enverrait ses agents en pays étranger et dans les plus lointaines colonies, pour y examiner les plus vieilles forêts du monde en vue de les acheter, de les couper, de les envoyer en Angleterre et de les y convertir en allumettes chimiques. »
La chimie est la science la plus répandue et la plus universelle. En Allemagne, en Angleterre, en Italie, en Suède, dans les deux Amériques et jusqu’en Turquie, on la cultive avec une ardeur qui est presque du fanatisme. On ne demande plus à l’art spagyrique du dix-neuvième siècle ce qu’on demandait à l’alchimie du douzième, la pierre philosophale , ou le secret de faire de l’or; on n’exige plus d’elle que les moyens d’en gagner, en multipliant, en embellissant les produits de l’industrie , ou en créant de nouvelles branches de commerce. Des hommes éminents, des savants du premier ordre , donnent dans tous les pays une salutaire impulsion à cette science ; mais la France , dans cette voie qui a bien aussi ses mérites et sa gloire, marche encore à la tête de la civilisation du monde, et ses enfants y ont fait des conquêtes que la jalousie et le plagiat étranger ne pourront ni rabaisser, ni détrnire. Les Dumas, les Pouillet, les Payen, les Orfila, et vingt autres noms illustres que nous pourrions trouver sous notre plume, ont agrandi et accroissent, en effet, chaque jour encore le domaine de
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la science dont ils sont les pionniers et les docteurs les plus infatigables et les plus intrépides. La Toxicologie de M. Orfila, le Traité de chimie industrielle de M. Payen, les lumineux écrits de MM. Dumas et Pouillet, ont rendu à la médecine, à l’agricullure, au commerce et à l’industrie des services si hauts, si puissants, si signalés, que la reconnaissance publique peut seule dignement payer de tels efforts, de telles veilles et de tels travaux.
Mais en accordant à cette science cultivée, agrandie, honorée par rintelligence supérieure et les vertus de tels hommes, nous ne pouvons nous empêcher de formuler un vœu qui est au fond de la conscience de tous les honnête&gens, de tous ceux qui ont conservé une étincelle de la foi antique de nos ancêtres, et qui mettent bien avant les progrès scientitiques d’un peuple l’amélioration ou la correction de ses mœurs. Ne serait-il pas possible de renfermer dans de certaines limites quelques rameaux de cette chimie si prodigieusement étendue? Tout en enseignant publiquement, libéralement ses nombreuses applications à l’agriculture, aux arts, à l’industrie, au commerce, ne serait-il pas prudent de voiler, aux \eux du vulgaire, ses épouvantables secrets de destruction, ses trépas soudains, qui ne laissent ni traces, ni corps de délit, et qui peuvent être, jiar fanatisme d’amour, par avarice ou par vengeance, les ténébreux auxiliaires de la peste et du choléra? Qu’on y prenne garde, sous Louis XIV, en plein dix-septième siècle, quand le peuple avait des croyances religieuses, une foi vive, des mœurs jmres, et peu de cabarets et de cafés, — ces déprédateurs du foyer domestique , — il a sufti de cinq ou six misérables de haut et bas étage pour rendre l’art funeste des Locuste et des Borgia presque commun en France. Le gouvernement et l’opinion publique furent épouvantés, et la chambre des poisons fut instituée à l’Arsenal. Mais aujourd’hui que le sensualisme marche tête levée à la conquête de la barbarie ; aujourd’hui que le cœur du citoyen reste presqu’étranger à toute foi religieuse, à toute espérance d’une vie céleste; aujourd’hui que les plus hideuses passions sont déchaînées et se cachent, pour dissimuler leur infernale laideur, sous le manteau
de la liberté, cette fille du ciel, et sous le masque de la fraternité, cette providence terrestre; aujourd’hui que l’adultère, le muet et tremblant adultère, se glisse dans tous les foyers et arrive en rampant jusqu’au chevet de toutes les alcôves; aujourd’hui que toutes les aspirations ne sont plus pour le ciel , mais pour l’enfer, non pour la vertu , mais pour le plaisir, non pour la gloire désintéressée, mais pour le bruit et la gloriole qui rapportent de l’or et des distinctions sociales, il nous semble que le secret de faire disparaître un rival de science ou un rival d’amour, un bienfaiteur trop lent à mourir, ou un père , — un père ! les anciens n’avaient pas de lois contre le parricide , car ils le regardaient comme impossible, et nous, malheureux! nous comptons les parricides par centaines chaque année , et nous condamnons aux travaux forcés l’homme qui est triplement assassin , triplement monstre, triplement criminel 11 ^ — trop justement couroucé, il nous semble, disons-nous, que ce secret devrait être muré , comme la cosmogonie des druides, dans les arcanes de la science. Les auteurs du Code ont prévu, dira-t-on, le danger de la vente et de la distribution des poisons, et ont su garantir, par des dispositions particulières, la vie et la santé des citoyens. Cela est vrai; mais quand le Code criminel a été rédigé, discuté et promulgué, les législateurs ne se doutaient pas qu’un jour les propriétés des poisons seraient connues de cent mille hommes, que la vente en serait permise à soixante-dix mille autres , et qu’enfm les chaires consacrées à l’enseignement dévoileraient à quinze cent mille auditeurs, sur la surface de la France, les foudroyantes et monstrueuses vertus de l’acétate de morphine et de l’acide prussique.
Dans les premières années du pontificat de Sixte-Quint, les
‘ Un misérable, il n’y a pas longtemps, avait assassiné sa mère, sa sœur et ses deux frères, et avait épargné ou oublié un enfant au berceau. Le jury ayant reconnu des circonstances atténuantes, on condamna ce monstre aux travaux forcés, quelqu’un fut curieux de connaître ces circonstances atténuantes, et demanda le mot de l’énigme à un juré. « Il aurait pu, tuer l’enfant qui était dans le berceau, répondit ingénuement le juré, et voilà pourquoi nous avons admis les circonstances atténuantes. » Plaisant jury !
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empoisonnements devinrent si fréquents à Rome, qu’on enterrait chaque jour une douzaine de personnes dont les médecins n’avaient pu parvenir à constater la maladie. Le pontife apprend ces nouveaux crimes, et fait venir au Vatican le magistrat supérieur chargé de la police.
« Vous avez fait exactement accrocher aux gibets du mont Aventin les scélérats qui insultaient même en plein jour, dans notre ville de Rome, les femiïies, les jeunes filles et jusqu’aux vieillards? dit Sixte.
— Très-saint Père, j’ai exécuté littéralement vos ordres, répartit le magisti'at, et maintenant, à midi comme à minuit, on peut se promener dans Rome sans craindre même l’ombre d’un bandit.
— Fort bien. Mais on empoisonne aujourd’hui, et je ne suis pas plus d’humeur à supporter les empoisonneurs cjue les vagabonds et les meurtriers. Qui vend les poisons?
— De temps immémorial, très-saint Père, les apothicaires ont le privilège exclusif de débiter et de vendre les substances v énéneuses.
— Les apothicaires ne pourront désormais délivrer ces substances que sur le vu d’une ordonnance signée de trois médecins, reprit le pape; les contrevenants seront pendus. Les gens (pii, n’étant point apothicaires, vendront ou distribi’''"ont des poisons, seront soumis au même châtiment. Vous entendez? Faites afficher ma résolution pontificale, et que dès demain il ne me soit signalé aucun fait d’empoisonnement. »
Sixte-Quint fut obéi. On pendit deux ou trois apothicaires atteints et convaincus de vendre à prix d’or des poisons tout préparés pour assurer des successions, satisfaire des vengeances privées ou couronner des adultères. Ou oi-na également les fourches patibulaires du mont Aventin d’une vingtaine de misérables qui, dans les grandes villes, sont toujours prêts à tremper dans les complots contre la sécurité générale ou la tranquillité privée. Ces actes d’une prompte et sévère justice consommés, Rome reprit ses allures et ses joies habituelles, que tant et de si mystérieux forfaits avaient quelque temps suspendues.
m ni' COUVERTES — INVENTIONS.
J)ans les pays de gouvernement régulier, dans les pays où l’on attache encore quelqu’imporlance à la paix publique, à la concorde, à la nationalité , qui ne peut durer sans ces deux trésors de la civilisation, on laisse entrer la foule, la foule aveugle et frémissante dans les arsenaux. Elle y voit des armes, des canons, des trophées, dépouilles glorieuses d’ennemis vaincus; mais on se garde bien de donner à cette multitude des leçons de tactique ; on ne lui apprend pas le maniement des armes, on ne lui montre pas le secret de faire mugir ces gueules de bronze et de cuivre; on se garde bien, surtout, de laisser sur le sol des sacs de poudre et de gargousses.. . Un soulier ferré ferait jaillir peut-être une étincelle, et arsenal, foule et drapeaux conquis sauteraient ensemble, ne laissant que des chairs, des débris, des cadavres sur ce terrain sacré où reposaient naguères la force, l’espérance et la gloire de la patrie.
L’or, l’argent, le cuivre, etc. — Charbon de terre. — La vie des mineurs. — L’ Angélus à la Sierra-Morena, etc.
La terre abandonne à l’homme les trésors qu’elle nourrit dans ses entrailles par des soupiraux naturels qu’on appelle volcans; par des excavations artificielles qu’on nomme mines ou carrières; par des exutoires permanents qui sont connus sous le nom de minières.
Les entailles profondes faites dans le giron de la terre se nomment mines ou carrières : mines quand ces travaux souterrains ont pour objet de trouver des métaux, tels que l’or, l’argent, le cuivre,
de la civilisation les nations subjuguées à Rome conquérante. Car la domination romaine avait cela de merveilleux, qu’elle n’apportait aux peuples que des idées de grandeur, de politesse et de générosité. Carthage voulait asservir le monde pour s’emparer du commerce et monopoliser dans ses mains sordides les sueurs, l’industrie, les larmes peut-être de l’humanité. Rome ne convoitait la puissance que pour doter les peuples de ses vertus, de ses arts, de ses institutions et de sa liberté. La victoire et non la corruption politique présidait à ses conquêtes, et le peuple romain, brave et frugal, éprouvait un héroïque sentiment d’orgueil, lorsque montrant le Capitole, il s’écriait: «Voilà où réside la liberté du monde, et le monde est citoyen romain ! ! »
L’Ombrie, la Sardaigne, la Sicile renfermaient une grande quantité de carrières et de mines. Archimède était parvenu, par l’application de machines qu’il avait inventées, à exploiter, avec cinquante hommes seulement, une riche et profonde carrière de marbre qui appartenait à Hiéron , roi de Syracuse , son parent et son ami. Archimède fut aussi le premier ingénieur qui lira partie des matières bitumineuses et sulfureuses que vomissait presque continuellement de son temps le mont Etna ; il pava toutes les rues de Syracuse avec des fragments artistement taillés de lave refroidie et de bitume, et le Seyssel d’aujourd’hui, qui nous prend aux pieds et à la goEge sur nos boulevards, n’est qu’une imparfaite imitation du procédé d’Archimède.
Les gîtes minéraux sont diversement disposés ; les minerais et les substances minérales auxquelles se rapporte spécialement le travail des mineurs, ne sont pas toujours cachés au fond de la terre; ils sont souvent répandus à la surface ou à quelques pieds de profondeur. Ces dépôts s’appellent, nous l’avons déjà dit : minerais. La mine, proprement dite, suppose toujours un travail souterrain.
Les Gaulois, nos ancêtres, dont la civilisation était assez avancée lors de la conquête des Gaules par les Romains, savaient exploiter les carrières de pierre et même les mines. Les Romains trouvèrent
LES MINES
des carrières en pleine exploitation dans la Gaule narbonnaise ; ils rencontrèrent même des mines de fer et de cuivre dans l’Armorique et dans la Grande-Bretagne. Les Romains se servirent des unes et des autres, ils élevèrent des amphithéâtres, des arcs de triomphe, des ponts, des aqueducs avec la pierre et le marbre qu’ils avaient sous la main , et se forgèrent des armes bien supérieures à celles qui les avaient aidés à vaincre avec le fer de la Cornouaille et le cuivre gallois.
Les druides, huit cents ans avant l’occupation romaine, avaient ouvert des carrières sur plusieurs points de la Gaule. Les carrières les plus célèbres étaient celles de l’Anjou, du Berry, de la Touraine et du Vendomois. Ces dernières, qui étaient situées dans la forêt d’Orgères, étaient pour ainsi dire inépuisables, puisque après avoir fourni les matériaux nécessaires pour bâtir les cités les plus florissantes et les forteresses les plus redoutables du pays Chartrain, de la Beauce, du Vendomois, de l’Orléanais et d’une partie de la Touraine, elles furent encore assez abondantes pour donner les pierres innombrables de ce splendide et superbe vaisseau que l’on appelle la cathédrale de Chartres*.
Les maçons bysantins , qui parcoururent l’Europe de la fin du cinquième siècle au commencement du huitième , trouvèrent en Suède, en Allemagne, en Espagne, en Angleterre, en Italie et surtout en France, de nombreuses carrières toutes prêtes à leur confier le marbre septentrional qu’ils devaient transformer en ba-
* Les carrières de la forêt d’Orgères furent pendant plus de sept cents ans le réceptacle immonde des bandits couvés dans nos guerres civiles et dans nos guerres religieuses. Vers la fin du dernier siècle, et sous le Directoire exécutif, la forêt d’Orgères et les immenses souterrains qui lui servent de piédestal devinrent le refuge d’une troupe considérable de voleurs et d’assassins, qu’on nommait alors les chauffeurs, à cause du genre de tortures qu’ils faisaient souffrir à leurs victimes. La forêt d’Orgères fut cernée par des forces considérables, et on livra une espèce d’assaut aux scélérats de la caverne, qui opposèrent une résistance déses pérée. Ils furent enfin vaincus, et cent cinquante furent pris, jugés et condamnés à la mort, aux travaux forcés et à la réclusion. On trouva dans ces immenses souterrains des trésors considérables, une espèce de comptabilité, et des papiers qui prouvaient l’antiquité de cette métropole du vol , du viol , du pillage et de l’assassinat.
siliques et en palais somptueux. Les mines de fer n’étaient pas moins productives que les carrières, et la Suède, le Danemark et la Pologne fournissaient amplement aux rudes et noirs forgerons de la Saxe , de la Norwége et de la Hongrie , le métal qui défend Dieu, les lois, le religion, la patrie : le fer! ce roi des métaux qui, soc de charrue ou épée de soldat, a l’auguste privilège de donner au peuple le pain qui le nourrit et la liberté qui l’ennoblit. Dans ce même temps le Danube , le Borystbène , la Vistule , l’Èbre, le Tage, la Saône et la Durance roulaient des paillettes d’or, et le Rhône entraînait dans ses eaux bondissantes le quartz, le cuivre et l’or. Ainsi tous les augures étaient favorables à l’Europe : l’église de Jésus-Christ s’y affermissait par la multiplicité de ses sanctuaires ; le fer abondait pour défendre la nouvelle foi, et l’or, recueilli par des populations industrieuses, allait se purifier et prendre une forme céleste dans le creuset des grands orfèvres du temps pour orner les basiliques , les temples de Jésus- Christ; les seuls et véritables temples de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.
Paris, le vieux Paris, le Paris de la Cité fut bâti, ainsi que Notre-Dame, avec les pierres extraites de ces côtes escarpées qui sont aujourd’hui couvertes de maisons, — maisons posées sur des abymes, — et qu’on appelle faubourgs Saint-Jacques, Saint- Marcel et Saint-Michel. Déjà, sous le gouvernement temporaire de Julien l’Apostat , le mont de Mars (Montmartre), dont nous avons pu voir , depuis quarante ans , le mamelon s’amoindrir chaque année, fournissait des moellons et du plâtre aux chefs de ces bateliers qui furent les premiers citoyens de Paris. Au prochain tremblement de tei're, Montmartre disparaîtra pour toujours avei^ ses souvenirs, les murailles démantelées de son antique abbaye, les ossements des derniers défenseurs de Paris, en 1814, et les grands bras de son télégraphe; et tandis qu’au nord de Paris cet affaissement s’effectuera, les bourgeois survivants de la rue d^Enfer,. de la place Cambrai et de la Montagne Sainte-Geneviève , seront tout étonnés de se réveiller au milieu de l’ossuaire gigantesque qui
LES MENES
enserre les funèbres dépouilles des contemporains de Charlemagne, de Hugues Gapet et de Louis XII. Les côtes du sud de Paris éprouveront, par la même cause , le même sort que la montagne du dieu Mars, et les habitués de la Chaumière ne trouveront pas plus grâce devant cet épouvantable cataclysme, que les fanatiques de la polka et du Château-Rouge L
Philippe-Auguste fut le premiei’ roi de France qui porta, sur l’exploitation des mines et des carrières, le regard du politique et de l’économiste. Phiiippe-le-Long , en 1.318, assujettit les mines et carrières à une permission et déclaration de décret royal et domanial. La jurisprudence de celte branche importante des revenus publics et privés devint, sous les règnes suivants , une véritable science , et sous Louis Xlii , elle devenait si confuse que le génie du cardinal de Richelieu eut toutes les peines du monde à concilier les intérêts de l’Etat et ceux des particuliers avec les garanties exigées par l’agriculture et la sécurité publique. L’administration de Colbert acheva de débrouiller ce chaos , et les mines et les carrières cessèrent d’être un objet de folle spéculation pour les uns , un objet d’épouvante et d’effroi pour les autres.
Sous le règne de Charles V, en 1375, on comptait en France 741 carrières de pierre, de moellons ou de plâtre; onze mines de fer; deux mines d’argent; sept mines d’étain et trois mines de cuivre seulement. Les minières n’étaient pas dénombrées, mais le chiffre était supérieur â celui des mines et des carrières. Au dix-septième siècle, le nombre des mines était quintuple, et celui des carrières était diminué d’un cinquième, 11 serait peut-être curieux d’établir la statistique des niiues et carrières de la France depuis cinq cents ans, et il y aurait certainement à atteindre, dans ce travail, un grand but d’utilité publique et de gloire nationale.
L’Angleterre qui, depuis, trois cents ans, a su tirer de sou sol
‘Lorsqu’on défonça le ciinelière des Innocents, en -1787, pour y établir le marché qu’on voit encore aujourd’hui, il fut constaté qu’on enterrait dans ce cimetière depuis plus de neuf cent soixante ans. Le savant médecin Thourei prouva cette lugubre succession de cadavres par des documents authentiques.
tant de richesses industrielles , était bien inférieure à la France sous le rapport minéralogique aux treizième et quatorzième siècles. Ce ne fut même que sous le règne d’Édouard III qu’elle commença à exploiter sérieusement ses mines de houilles et de charbons de terre, qui ont tant contribué à sa suprématie commerciale, et qui dans ces derniers temps, grâce à l’application de la vapeur aux manufactures et à la navigation , doivent nécessairement ajouter à ses moyens d’action et à sa puissance maritime. La Belgique et la Flandre ont précédé de plusieurs centaines d’années l’Angleterre dans l’exploitation des mines de charbon de terre ; mais les Anglais du quatorzième siècle étaient fort grossiers , fort peu éclairés, et, partant, très-superstitieux ( ils se sont bien corrigés depuis). Or, comme la géologie était une science tout à fait inconnue alors ; comme la minéralogie n’était cultivée que par un petit nombre de physiciens, il s’en suivait que les corps d’origine organique , que les charbons fossiles , principalement , dont la combustion spontanée est si ardente, si vite anéantie dans de certaines conditions , passaient, aux yeux du vulgaire, pour des créations sataniques. Ces insulaires* ignoraient que ces énormes monceaux de charbons qui dormaient sous le sol étaient la dépouille de forêts anté-diluviennes qu’un cataclysme précédent avait jetées, — enflammées sans doute par la chevelure d’une comète, — dans les entrailles de la terre, d’où l’Angleterre du dix-neuvième siècle saurait bien les retirer pour donner des ailes à ses flottes, des bras à ses usines, des jambes à son commerce, des foudres à sa cupide ambition. Les Hollandais, les Belges, les Flamands esprits plus forts dans ces temps-là, se contentèrent de se chauffer avec le charbon de terre. Les Anglais, rassurés, du dix-neuvième siècle ne se bornent point à se chauffer par le charbon de terre, ils veulent par lui incendier le monde.
Les Arabes, maîtres d’une partie de l’Espagne, ne négligèrent pas les richesses intérieures du sol qu’ils avaient conquis; et au
‘ Voyez l’admirable épisode des/ewa? nocturnes dans le roman de l’Antiquaire, par Walter Scott.
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moment même où ils faisaient venir en Espagne les plus belles races bovines et chevalines de l’Afrique, au moment où ils couvraient les gras pâturages de l’Andalousie, du royaume de Murcie, de Gordoue et de Grenade de ces moutons à toisons soyeuses qui devaient plus tard enrichir les deux Castilles, ils fouillaient les montagnes, exploraient le littoral des fleuves et des rivières, pratiquaient de profondes excavations et retiraient de cette terre , vierge encore, de l’or, de l’argent, du cuivre, du jaspe, du por-phyre , de l’albâtre , du marbre et des pierres précieuses , dont le génie de leurs maçons sublimes faisait des mosquées , des citadelles , des phares et des alhambras.
L’art de conduire et de diriger les travaux des mines fit de grands progrès au seizième siècle lors de la découverte de l’Amérique ; le Mexique et le Pérou offrirent surtout aux ingénieurs et aux mineurs de l’Europe septentrionale un vaste théâtre où ils coururent exercer leurs talents et mettre à profit leur expérience. Il est notoire que les premiers mineurs européens du Pérou ne furent pas des Espagnols, mais des Suédois, des Danois, des Hollandais et des Flamands. Les gains immenses que l’on disait retirer de ces travaux étaient un appât assez puissant pour déterminer des émigrations nombreuses et entraîner des hommes qui , rameurs infatigables et mal payés sur les styx souterrains de l’Europe, espéraient voguer à pleines voiles sur le pactole du nouveau monde , et revenir bientôt dans leur pays troquer les lingots de Guatimozin contre une mine de fer, une forêt à grès rhunique ou une minière de cuivre.
Les souverains du Mexique , les Incas du Pérou avaient bien creusé des carrières et exploité les mines depuis un temps immémorial; mais la nonchalance naturelle de ces peuples, leur peu de connaissances dans l’art de fabriquer les machines et dans la statique, et surtout l’espèce de froideur avec laquelle ils recueillaient les métaux précieux, justifiaient bien l’adage latin : Ab assuetis non fit passio; toutes ces raisons réunies rendaient les mines du Mexique et du Pérou fort peu productives, eu égard à
l’exlrême fécondité de leurs filons et à l’opulence de leurs veines. A l’arrivée des Espagnols, tout changea de face ; ces conquérants, plus hardis, plus âpres, plus insatiables que les Maures qui avaient autrefois subjugué l’Espagne, comme ils subjuguaient aujourd’hui l’Amérique, cherchèrent tous les moyens imaginables de pressurer cette terre conquise par le hasard en dessus et en dessous. Ils organisèrent la violence contre les choses aussi bien que contre les hommes, et leur sceptre de fer s’appesantit également et sur le trône du dernier Inca et sur la grotte délaissée de la dernière mine. Les Espagnols avaient remplacé sur leur drapeau catholique Vin hoc signo vinces, du grand Constantin , en VAuri sacra famés, du poète payen. On persécutait, on se battait, on devenait parjure, infâme, traître, perfide pour de l’or. Au seizième siècle, l’Amérique du Sud était l’Europe d’aujourd’hui. L’amour du gain, du bien-être, de la satisfaction des sens, avait tué l’amour de Dieu, l’amour du prochain et l’amour de la patrie.
Les salines et les excavations, d’où l’on retire la houille, jusqu’aux modestes tourbières, sont devenues, sous les nations modernes, une branche de revenus publics, plus sûres et moins dispendieuses que les mines d’or et d’argent qui ont appauvri, dépeuplé et démoralisé l’Espagne au seizième siècle.
Les mines de la Suède et de la Norwège étaient les aînées et les modèles de toutes les mines de l’Europe. Ces mines avaient cela de particulier, qu’elles atteignaient d’immenses profondeurs, et que, dans leurs innombrables dédales, elles renfermaient des cités souterraines, sombres et lugubres villes où le soleil ne pénétrait jamais, et où des populations entières naissaient, vivaient et mouraient sans avoir vu passer le char des saisons sur la surface de la terre , sans savoir comment croissait l’épi qui se balançait sur leurs têtes; sans voir un nuage de tempête, un rayon de soleil; sans entendre le chant d’un oiseau, le bêlement d’un troupeau, le hennissement d’un cheval; et cependant, de ces fourmillières d’hommes sortirent des soldats intrépides à l’appel de la patrie en alarmes; car ces hommes, tout séparés du reste de la nation qu’ils
LES MINES
étaient par l’épaisseur de douze débris de monde détruits, étaient unis, avec leurs frères, par les mêmes aspirations de l’âme, parles mêmes clartés du cœur. La croix, la croix sublime du Rédempteur des hommes brillait là, au fond de ces royaumes souterrains, avec autant d’éclat que sur ta couronne des rois et au front de nos cathédrales ; et cette croix , éloquent symbole du labeur de la vie terrestre et des glorieuses récompenses de la vie éternelle , apprenait à chacun ses devoirs , ses droits , ses sacrifices et ses espérances.
La plus célèbre , entre toutes ces célèbres mines , était celle de Normoé, dans la partie occidentale de la Norwège. Au treizième siècle , cette exploitation considérable occupait six mille ouvriers , quinze cents enfants et trois mille femmes. Elle contenait, dans une profondeur de 1,245 pieds, une longueur de six milles et une largeur de trois milles et demi ; mille quatre-vingt-trois chambres ou logements de mineurs. Quatre cents soixante-quinze galeries reliaient entre elles les différentes parties de cette mine immense, et on y descendait par trois points différents, accessibles aux charrettes, et par vingt-sept points à l’aide de machines grossières, mais pourtant fort ingénieusement combinées, si l’on considère le peu de moyens que la statique de cette époque avait à sa disposition. Les mineurs, hommes, femmes et enfants, travaillaient quatorze heures par jour, et, le soir venu, se réunissaient par chambrée pour prendre le repas en commun et prier ensemble ce Dieu qui leur donnait , en échange de leurs sueurs , le pain de chaque jour, et qui leur promettait, en récompense de leur résignation, de leur frugalité et de leur foi, une part dans ce royaume céleste où l’égalité des rangs existera avec l’égalité de la vertu. Le dimanche, une partie de ce peuple, à tour de rôle, remontant sur la terre, allait dans les églises voisines édifier, par sa contenance pieuse, par ses prières ferventes, leurs frères et leurs parents laboureurs, soldats, artisans. Laboureurs et mineurs, ouvriers magnanimes du dessus et du dessous de la terre , portaient alors , dans de sobres libations, des toasts à la prospérité d’un pays
dont ils étaient les pères nourriciers , les défenseurs et les héros.
Il ne sera peut-être pas hors de propos de citer ici les détails pleins d’intérêt et d’actualité que M. Derhec, voyageur français d’un esprit observateur et sagace, vient de publier sur les mineurs de la Californie. Outre la curiosité qui s’attache naturellement à l’exploitation cosmopolite des mines de la Californie, il ne sera pas indifférent, au point de vue philosophique et moral, de comparer les mineurs du dix-neuvième siècle aux mineurs du treizième , la Californie à la Norwège; l’homme intelligent, mais avide et affamé de richesses tel qu’il est aujourd’hui, à l’homme grossier, mais plein d’abnégation, d’honneur et de foi tel qu’il était jadis.
« L’or est disséminé sur les bords des cours d’eau des montagnes de la Sierra-Nevada ou dans leur lit même. En Europe, la croyance est répandue qu’il est à la surface du sol ou dans le sable des ruisseaux, qu’il y abonde, et qu’on l’obtient sans efforts. Ce qui avait donné quelque fondement à cette croyance, c’est que, dans plusieurs ruisseaux du Nord peu profonds, l’or avait été trouvé en abondance; mais en général il est rare et éparpillé ; bien des placers n’en contiennent point ; il n’est pas à la surface du sol, mais bien dans ses profondeurs. Il suit, en effet, les lois de la pesanteur, et par un mouvement lent, mais inévitable, car il est un des coriis les plus lourds, son poids l’entraîne constamment au. fond, à travers la terre mouillée ou les sables mouvants, jusqu’au moment où il est arrêté ou par la roche même , ou par une terre grasse sur laquelle l’eau est sans action. C’est, là où le mineur va le chercher; c’est une rude tâche pour quiconque n’est pas habitué aux travaux pénibles; car le seul moyen pour y parvenir est de creuser des trous ou d’ouvrir des tranchées.
« Il est rare que l’homme reste isolé : son isolement le rendrait impuissant dans les grands travaux. Les mineurs unissent donc leurs forces pour rendre leur travail plus profitable ; ils s’associent en petits groupes ou se forment en compagnies qui s’élèvent
LES MINES
quelquefois jusqu’à plusieurs centaines rrhomines. Ces compagnies entreprennent des travaux gigantesques et détournent les grandes rivières les plus fortes, comme la Mercédès, par exemple, dans les endroits supposés les plus riches, pour creuser ensuite dans leur lit même. Mais le succès ne couronne }>as toujours leurs efforts , et bien des fois leurs peines ont été perdues , soit parce que l’eau reprend son niveau souteiTain, soit parce que l’or trouvé ne paie pas même les frais faits pour l’obtenir. Les petits groupes d’associés détournent l’eau des plateaux ou le cours des ruisseaux même.
« Avant de commencer un travail quelconque, les mineurs les plus expérimentés se concertent , pèsent les chances de succès et d’insuccès , examinent les effets des courants sur l’or ; ils choisissent de préférence les contours des rivières , parce que, disentils, porté par le courant, l’or a dù frapper là, pour me servir de leur langage même. Quand les terrains aurifères sont sur des ardoisières , et c’est presque partout ainsi dans le Sud, ils cherchent à connaître d’avance la direction que suivent les couches d’ardoises. Pour tout autre pays que la Californie , ces ardoisières qui étonnent par leur grand nombre et par leur bonne qualité seraient une bonne fortune; mais on ne leur donne ici aucune attention. Les couches sont debout; les premières, qui sont feuilletées et souvent un peu tendres, ont toujours la forme d’un delta parfait. A mesure qu’on avance en profondeur, ce delta grandit en proportion ainsi qu’en épaisseur ; il forme alors des blocs très-durs.
« Les ardoises sont le plus favorables aux mineurs quand elles ont la même direction que le courant et qu’elles forment des rigoles dans lesquelles, une fois engagé, l’or est poussé par l’eau jusqu’à l’instant où il est arrêté par un obstacle. Plusieurs choses servent d’obstacle : tantôt ce sont des couches plus élevées qui lui barrent le passage, tantôt l’or reste à l’angle d’un coude formé par la réunion de deux ou de plusieurs lignes qui se rejoignent. Les teries gi'asses inaccessibles à l’eau sont encore des
dont ils étaient les pères nourriciers , les défenseurs et les héros.
Il ne sera peut-être pas hors de propos de citer ici les détails pleins d’intérêt et d’actualité que M. Derbec, voyageur français d’un esprit observateur et sagace, vient de publier sur les mineurs de la Californie. Outre la curiosité qui s’attache naturellement à l’exploitation cosmopolite des mines de la Californie, il ne sera pas indifférent, au point de vue philosophique et moral, de comparer les mineurs du dix-neuvième siècle aux mineurs du treizième , la Californie à la Norwège; l’homme intelligent, mais avide et affamé de richesses tel qu’il est aujourd’hui, à l’homme grossier, mais plein d’abnégation, d’honneur et de foi tel qu’il était jadis.
« L’or est disséminé sur les bords des cours d’eau des montagnes de la Sierra-Nevada ou dans leur lit même. En Europe, la croyance est répandue qu’il est à la surface du sol ou dans le sable des ruisseaux, qu’il y abonde, et qu’on l’obtient sans efforts. Ce qui avait donné quelque fondement à cette croyance, c’est que, dans plusieurs ruisseaux du Nord peu profonds, l’or avait été trouvé en abondance; mais en général il est rare et éparpillé ; bien des placers n’en contiennent point ; il n’est pas à la surface du sol , mais bien dans ses profondeurs. Il suit , en effet, les lois de la pesanteur, et par un mouvement lent, mais inévitable, car il est un des corps les plus lourds, son poids l’entraîne constamment au. fond, à travers la terre mouillée ou les sables mouvants, jusqu’au moment où il est arrêté ou par la roche même , ou par une terre grasse sur laquelle l’eau est sans action. C’est, là où le mineur va le chercher; c’est une rude tâche pour quiconque n’est pas habitué aux travaux pénibles; car le seul moyen pour y parvenir est de creuser des trous ou d’ouvrir des tranchées.
« Il est rare que l’homme reste isolé ; son isolement le rendrait impuissant dans les grands travaux. Les minmrs unissent donc leurs forces pour rendre leur travail plus profitable ; ils s’associent en petits groupes ou se forment en compagnies qui s’élèvent
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quelquefois jusqu’à plusieurs centaines d’hommes. Ces compagnies entreprennent des travaux gigantesques et détournent les grandes rivières les plus fortes, comme la Mercédès, par exemple, dans les endroits supposés les plus riches, pour creuser ensuite dans leur lit même. Mais le succès ne couronne }>as toujours leurs efforts , et bien des fois leurs peines ont été perdues , soit parce que l’eau reprend son niveau souterrain , soit parce que l’oi* trouvé ne paie pas même les frais faits pour l’obtenir. Les petits groupes d’associés détournent l’eau des plateaux ou le cours des ruisseaux même.
« Avant de commencer un travail quelconque, les mineurs les plus expérimentés se concertent , pèsent les chances de succès et d’insuccès , examinent les effets des courants sur l’or ; ils choisissent de préférence les contours des rivières, parce que, disentils, porté par le courant, l’or a dù frapper là, pour me servir de leur langage même. Quand les terrains aurifères sont sur des ardoisières , et c’est pi’esque partout ainsi dans le Sud, ils chei'chent à connaître d’avance la direction que suivent les couches d’ardoises. Pour tout autre pays que la Californie , ces ardoisières qui étonnent par leur grand nombre et par leur bonne qualité seraient une bonne fortune; mais on ne leur donne ici aucune attention. Les couches sont debout; les premières, qui sont feuilletées et souvent un {leu tendres, ont toujours la forme d’un delta parfait. A mesure qu’on avance en profondeur, ce delta grandit en proportion ainsi qu’en épaisseur ; il forme alors des blocs très-durs.
« Les ardoises sont le plus favorables aux mineurs quand elles ont la même direction que le courant et qu’elles forment des rigoles dans lesquelles, une fois engagé, l’or est poussé par l’eau jusqu’à l’instant où il est arrêté par un obstacle. Plusieurs choses servent d’obstacle : tantôt ce sont des couches plus élevées qui lui barrent le passage, tantôt l’or reste à l’angle d’un coude formé par la réunion de deux on de plusieurs lignes qui se rejoignent. Les terres giasses inaccessibles à l’eau sont encore des
obstacles : elles retiennent l’or, disent les mineurs. Mais ce qu’ils aiment surtout à trouver, ce sont des cavités formées par la nature au bout de ces rigoles. Quelquefois l’or s’est amassé grain par grain pendant des siècles dans ces creux qu’ils nomment poches. On a vu des mineurs en retirer plusieurs livres et même une fortune, quoique le cas soit très-rare à présent.
«Les mineursont les plateaux en grande estime. Quand le courant est étroitement emprisonné dans un lit de rochers, il entraîne tout dans sa force; puis s’il trouve une plate-forme sur laquelle il s’étale à son aise , ses eaux, roulant avec moins de furie, laissent tomber l’or au lieu le moins rapide de la plate-forme , qui est toujours l’endroit le plus large , c’est-à-dire vers le milieu. Le gros or est entraîné au fond par son poids, à peu près au tiers du débouché; l’or moyen s’arrête vers le milieu, tandis que le petit, qui est très-mince et qu’on nomme poudre d'or, est porté plus loin. Mais ce que le mineur recherche avec soin et préfère à tout, c’est le vieux lit de la rivière ; il a la croyance qu’à une époque excessivement reculée, l’or a été apporté par les inondations survenues à la suite d’une grande commotion du sol , et rejeté des entrailles de la terre par suite de convulsions volcaniques.
« Le travail aux mines est presque impossible pendant la saison des pluies. C’est donc une erreur des mineurs de passer l’hiver dans les placers ; car si leur travail est pénible en été et exige qu’ils soient presque constamment dans l’eau, à plus forte raison l’est-il dans les mauvais temps. Mais une fois aux mines , dépourvus de tout, la nécessité les oblige à se livrer à ce travail incessant pour vivre.
« Quand j’arrivai à l’Agua-Frio, quel fut mon étonnement à la vue de ces travailleurs que les rigueurs de l’hiver n’arrêtaient pas! Deux pieds de neige couvraient le sol. Ils déblayaient la neige })our exécuter des tranchées à ciel ouvert, et arriver ensuite à la terre aurifère ou au rocher.
<r Lorsque les mineurs commencent un trou, la moitié d’entre
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eux pioche la terre. Quand cette opéi ation est terminée, les autres mineurs les remplacent et enlèvent la terre à la pelle; de telle sorte que le travail n’est jamais interrompu et que les travailleurs peuvent au moins reprendre haleine. Pour rendre le travail possible, on creuse dans le trou primitif un nouveau trou profond et suffisamment large qui est destiné à recevoir l’eau des sources : un homme épuise constamment cette eau à la main au moyen d’une battée en bois ou en fer-blanc ; l’usage des pompes n’est point encore introduit partout; on en trouve seulement dans les placers organisés, mais comme ces placers sont ruinés avant d’être organisés , chacun se hâte et opère son travail comme il peut, et non comme il veut. A chaque nouvelle couche, le mineur essaie la terre pour connaître sa valeur : il est rare que l’or se trouve en quantité suffisante dans les premières couches pour qu’elles méritent d’être lavées.
« Cependant, il arrive quelquefois que dans les terrains aurifères primitifs on en rencontre quelques grains dans toutes les couches indistinctement, et jusque dans la terre végétale, mais peu; cette terre ?ie paie pas, dit le mineur, et il la rejette pour aller droit à la couche qui repose sur le roc, car c’est là qu’est la mine. Il redouble de vigilance à mesure qu’il en approche en creusant davantage ; alors il essaie de nouveau la terre en la choisisssant parmi celle qu’il juge la meilleure. Le mineur expérimenté se trompe rarement dans son jugement, et reconnaît la bonne terre à la première vue. Quand elle est riche, il n’est pas rare que celui qui pioche aperçoive un grain d’or ou deux à chacun de ses coups. Cette terre est enlevée avec précaution, puis mise sur une peau de bœuf étendue à terre. Un homme la porte sans cesse auprès du berceau, ou machine à laver, où elle est travaillée par deux ouvriers. L’année dernière, les mineurs lavaient seulement cette terre là ; aujourd’hui , c’est différent , la pauvreté des mines les force, afin d’obtenir quelques piastres, à laver de fortes quantités de cette terre pauvre qu’ils dédaignaient naguère.
« L’appauvrissement des mines fait que l’on cherche à produire
davantage avec un travail moindre. Les berceaux sont plus grands que naguère, ils dévorent la terre. Ce nom de berceau s’adapte parfaitement à ces machines , et par leur forme et par l’action du mineur qui les balance comme une mère balance le berceau de son enfant, mais avec plus de vivacité. Dessous le berceau est posée une caisse de deux pieds de longueur ou plus , sur un pied et demi de largeur et un demi de profondeur. Au fond de cette caisse est une plaque de tôle percée de trous de la largeur d’une pièce de 50 centimes , rapprochés les uns des autres à la distance d’un peu moins d’un pouce. C’est dans cette caisse que le mineur place la terre aurifère. Tandis que l’un verse sans cesse l’eau pour délayer cette terre et en séparer l’or, l’autre agite de ses deux mains la machine avec activité pour aider à la décomposition du tout.
« La partie boueuse est entraînée par l’eau ; les pierres qui ne passent point par les trous de la plaque de tôle sont rejetées par celui qui verse l’eau, quand elles sont d’une propreté parfaite, car souvent des parcelles d’or sont attachées à leurs parois ; celles qui passent à travers la grille , plus petites , sont emportées hors du berceau, qui a une pente très-minime, par un faible courant auquel aide chaque mouvement de l’homme qui berce. Une fois sur la planche du fond, qui a plusieurs compartiments pour la retenir, il est rare que Tor s’échappe si la machine est bien faite et manœuvrée par un bras intelligent. Dans les cas contraires , il s’en échappe une partie notable. Pour éviter la perte, on l’en retire d’heure en heure. L’or mis de côté est de nouveau lavé le soir dans une battée pour le séparer d’un sable fin et du minerai de fer, également très-fin, auxquels il est mélangé. On le pèse ensuite dans de petites balances; son poids est inscrit par les mineurs. L’or est placé sous la tente, dans un endroit connu de tous. La récapitulation en est faite le samedi soir devant les mineurs réunis. On pèse de nouveau le tout, et Ton procède au partage. Je n’ai pas appris qu’il ait manqué une seule fois une parcelle d’or à la masse commune. L’état moral du pays est admirable.
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Mais je reviens au travail de nos mineurs.
La partie du trou la plus riche est le roc même. Après qu’il a enlevé avec soin la terre qui la recouvre, le mineur entame la roche à l’aide d’une pince qui sert de levier. La roche, coûte que coûte, doit être brisée tant qu’elle cède à ses coups; car, outre l’or contenu dans ses cavités, dans ses fissures, et qu’on ne peut obteniique par ce moyen, il s’en glisse jusque dans les fentes invisibles à l’œil et où l’on ne soupçonnerait pas qu’il ait pu parvenir. Ces pierres subissent aussi le lavage. Quand l’Opération est terminée, le trou est exploré avec intelligence, gratté, nettoyé à fond, de manière à n’y pas laisser une parcelle. Quand le fond est propre comme le vestibule de nos grandes maisons, il est déclaré terminé.
Le terrain auquel a droit un mineur varie selon les lois de chaque placer, car chaque mine a ses lois, ses règlements, ses coutumes, comme elle a son autorité , je devrais dire son gouvernement , son administration, ses magistrats , ses jurés et jusqu’à sa police ! Tous, depuis l’alcade, qui est le chef suprême, jusqu’au citoyen qui fait exécuter ses décisions et qui prête main forte à la loi, tous sont élus à la pluralité des voix, et, ici comme en Amérique , la sentence du juge est res[)ectée, et nul ne méconnaît ses arrêts. A l’Agua-Frio, chaque travailleur a droit à un terrain de vingt pieds carrés ; à la Mercédès, à la Mariposa, les vingt pieds s’étendent sur toute la largeur de la rivière. Le mineur est nonseulement propriétaire du lit de la rivière et de ses deux bords, mais il peut étendre sa propriété sur cette même largeur d’une manière illimitée. Je dois dire tiu’il n’use pas de cette faculté.
Dans le Nord, au contraire, Taffluence est si considérable, que depuis longtemps il n’y a plus de place pour tous, et qu’on a dû, en plusieurs endroits , restreindre à six pieds carrés l’étendue de terrain attribué à chaque travailleur. Les mineurs disposent de leur terrain comme ils le jugent convenable : un pieu planté aux extrémités en marque la limite. Il ne leur est point permis de jeter leurs déblais sur le terrain voisin s’il est exploité. Si la place est
bonne, le mineui’ s’agrandit, s’il le peut, en se dirigeant du côté de la veine. Dans ce cas, le lendemain ou le jour même, d’autres mineurs nomades, qui sont malheureux dans leurs recherches ( et ils sont nombreux), percent sans désemparer des trous autour de celui qu’ils supposent heureux , espérant comme lui trouver la veine. Mais la veine ne vient pas pour tous; on peut même affirmer qu’il en est beaucoup pour lesquels elle ne viendra jamais.
Les mineurs trafiquent souvent de leur emplacement. On dit même qu’à présent’ il est impossible à l’arrivant dans les mines du Nord d’obtenir un trou s’il ne l’achète pas de son propriétaire. Les trous sont vendus à un prix plus ou moins élevé, selon l’or qu’on en retire, selon le terrain qui l’este à travailler, mais surtout selon sa richesse présumée. Le prix varie depuis la somme la plus modique s’il est pauvre, jusqu’à 10 livres d’or et même plus s’il est riche. Celui qui achète un trou à un prix élevé fait souvent une bonne affaire, car il n’est pas rare qu’il en retire le double ou le triple du prix d’achat, même davantage. Ceux qui vendent ainsi leur place y ont fait leur affaire, comme ils le disent eux-mêmes, et ils ont hâte de retourner dans leur famille, pour y jouir dans l’abondance des bienfaits de la civilisation.
Mais pour quelques-uns qui s’en vont contents, combien il en est qui maudissent la Californie et ses mines ! Car il n’est pas donné à tous de rester intrépide dans l’adversité et de résister longtemps à l’infortune. Une fois aux mines, l’homme est condamné à arracher deux piastres (10 francs) par jour des entrailles du sol pour assurer son existence. Deux piastres sont le minimum de sa dépense pour se nourrir; et cependant, si l’on considère que deux œnt mille hommes sont astreints à demander à la terre un minimum de deux piastres, sous peine de mourir de faim, on voit que les mines de la Californie ne peuvent fournir moins de deux millions de francs par jour. Je crois être dans la vérité en disant que, toute compensation faite, le terme moyen de la journée du chercheur d’or, — car c’est là le mot propre, — peut être porté de trois à quatre piastres, qui sont en général aussitôt dépensées pour
[.ES MINES
ses besoins. Ce qui prouve d’une manière irrécusable ce que j’avance, c’est que la main-d’œuvre, qui, à Sau-Francisco, à Sacramento, à Stockton et ailleurs, était encore, dans les premiers mois de cette année, au prix d’une once (80 francs) par jour pour un grand nombre de métiers, est aujourd’hui réduite (dans la saison favorable des mines) à deux, trois, quatre piastres au plus dans toutes les villes et même dans les placers. Quiconque a un état dont il croit tirer avantage, fuit la mine et va dans la ville pour l’exercer. Aussi les ouvriers abondent, et la dépréciation des bras est d’autant plus forte qu’ils sont plus abondants.
L’état de maçon est seul en faveur à San-Francisco; on commence à construire en briques, la construction en bois étant interdite depuis tes incendies réitérées qui ont désolé cette malheureuse cité; leur journée vaut huit piastres. Une autre preuve de la rareté de l’or, c’est qu’il a dans les mines la même valeur qu’à San-Francisco et qu’à Monterey : l’once y vaut seize piastres, et son change est recherché. Mais ce qui prouve mieux que tous les raisonnements du monde la pauvreté actuelle des placers, c’est qu’il n’est pas arrivé à ma connaissance qu’un seul homme, dans le Sud, ait payé l’impôt des vingt piastres par mois que le gouvernement de San- José a frappé sur les étrangers. Les alcades ont dû renoncer à le percevoir.
Entre ces deux points extrêmes de la civilisation et de l’intelligence du mineur, entre ces enfers du travail et de l’opiniâtreté inspirée par la cupidité ou le sentiment très-prononcé du devoir, il y a un terme moyen dont nous trouvons l’attrayante description dans l’histoire du commerce et de l’industrie de la monarchie espagnole.
Vers le milieu du seizième siècle, les gorges de la Sierra-Morena contenaient des mines de cuivre qui appartenaient et qui étaient exploitées par une commanderie de Saint-Jean d’Alcantara. La première et la plus riche de ces mines était celle appelée Maria- Dolorès, et n’était qu’à une médiocre profondeur dans le sol composé de gypse et de silex de la montagne. Les mineurs ne tra-
DÉCOUVERRES — INVEMTIONS.
vaillaient que six heures par jour : tel était l’ordre des chevaliers d’Alcan tara, et lorsque V Ange Lus sonnait aux hermitages juchés sur la cime de la montagne, tous les ouvriers remontaient pour saluer le soleil , respirer l’air et reprendre leur place au foyer de la famille. Ces mineurs, à peine parvenus à la surface de la terre, se jetaient à genoux pour réciter dévotement Y Angélus, puis se mettaient en route au bruit joyeux des castagnettes et en formant des danses qu’animaient encore les gais, charmants et poétiques souvenirs des romanceros et des cantilènes navarrois.
La vie du mineur est une vie de périls. Il n’a point assez d’affronter mille trépas cachés que le pic et la hache peuvent faire surgir tout à coup devant lui, il faut encore que l’inflammation du gaz hydrogène, les éboulements , les inondations, les explosions viennent incessamment menacer ses jours. La combustion du gaz est combattue avec succès par l’emploi de la lampe de sûreté; mais quels moyens la chimie, la mécanique, la statique offrent-elles pour le prémunir contre l’irruption des eaux, la chute des roches, l’insanité de l’air? — Aucun. On a comparé les mineurs aux taupes, il vaut mieux les comparer à leurs semblables, les soldats ; comme ces derniers, en effet, ils combattent, succombent et meurent, dans le suaire d’une valeur incomprise et d’une gloire qui ne se révélera jamais.
LES IIONMIES.
^ La monnaie chez les Égyptiens, les Mèdes, les Assyriens, les Perses. — La monnaie en Europe, en Asie et en Afrique au temps des Romains. — Monnaie française depuis Charl. \ lemage jusqu’à nos jours, etc.
Ï^V\ bétail a été la première mon-
"^.naie des peuples : les bœufs, les
ges. Les monnaies de métal des I I nations les plus anciennes portaient, comme réminiscence de ce mode d’échange, l’image d’un bouc, d’une brebis, d’un bœuf ou d’une chèvre.
Les Romains empruntèrent cette empreinte allégorique à la monnaie des Étrusques, des Sahins, des
Phéniciens et des Egyptiens. Sur les premières pièces de cuivre frappées avant le règne de Numa, on remarque en effet une brebis pecus, peculus, d’où nous avons fait pécune, pécuniaire, péculat, mots qui expriment des idées de finances.
L’invention de la monnaie métallique remonte à un temps bien plus reculé que celui des patriarches. Nous lisons dans les saintes Écritures qu’Abraham pesa à Éphrom quatre cents sicles d’argent qu’il était convenu de lui payer pour le champ de Machpelah.
Dans rindoustan , dans la Chine, au Japon, la monnaie d’or et d’argent aune origine de plusieurs milliers d’années. Lorsque les Espagnols conquirent le Mexique et le Pérou, ils trouvèrent des monnaies d’or et d’argent frappées avec une certaine élégance. Ces pièces étaient presqu’ovales , enrichies de gracieux dessins et ornées, selon leur valeur, de l’emblème public de ces peuples, le soleil.
n résulte, de ce que nous venons de dire, que les premières sociétés humaines ont seules connu l’extrême importance et l’extrême utilité de la monnaie, comme marque d’échange, et que ce serait refouler le monde dans les steppes de la barbarie que d’abolir ces signes communs, matériels et portatifs de tous les besoins, de tous les caprices et de tous les plaisirs. La folie des prétendus réformateurs est immense, et leur audace est profonde; mais pour l’honneur du genre humain, il faut espérer qu’ils n’iront pas jusque-là. Supprimer la monnaie ou le mode d’échange adopté depuis quatre-vingt siècles par tous les peuples civilisés, serait anéantir les sciences, les arts, le commerce, l’industrie, l’agriculture : ce serait couper les ailes à la pensée de l’homme, et ravaler son intelligence au niveau de celle du singe. Il ne faudrait plus songer à la monarchie universelle de Charlemagne , de Louis XIV et de Napoléon , pas davantage à la République universelle désirée par les progressistes de nos jours; il faudrait se résigner à la sauvagerie, à la grossièreté, à la barbarie universelle. L’homme n’aiiiaif plus que des appétits hon-
LES MONNAIES
teux, et l’absence de l’or produirait plus de crimes que la soif de ce métal n’en a suscités dejiuis la création du monde.
Les Mèdes et les Perses , les Assyriens et les Égyptiens possédaient un système monétaire dont Hérodote ne nous a donné , sur les traditions recueillies, que d’imparfaits renseignements. Ce qui est certain , c’est qu’Alexandre fit expédier de Babylone en Grèce une quantité si considérable de pièces d’or et d’argent, que sept mille charriots suffirent à peine pour les transporter en 3Iacédoine. Le conquérant en fit couler des statues d’or et d’argent dont il orna les principaux temples, abandonna des sommes énormes à ses lieutenants , et répandit le reste dans la Grèce et dans la grande Grèce (l’Italie). Il n’est pas douteux que dans la fonte immense que le roi de Macédoine fit faire sur quelques points de l’Épire, à l’île de Rhodes et àSamos, il ne se trouva un nombre considérable de monnaies des trois grandes puissances dont l’invincible épée du fils de Philippe était la légataire universelle. Cette perte fut pour la science numismatique, ce que l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie fut pour la philosophie, les sciences et les arts, neuf cent-soixaute ans après.
L’altération ou les modifications apportées à la fabrication de ta monnaie, ont presque toujours été, chez les nations modernes, une cause , un sujet ou un prétexte de troubles , de révoltes et de séditions. L’Angleterre seule, de tous les États de l’Europe et peut-être du monde, n’a changé son système monétaire qu’une fois depuis onze siècles, et il faut attribuer à cette sage prévoyance financière, beaucoup plus qu’à ses institutions politiques , sa prospérité commerciale , et l’accroissement successif de sa puissance maritime. C’est une roue de cuivre qui fait marcher une aiguille d’or, disait un écrivain du dernier siècle, et cette ingénieuse image peut surtout s’appliquer aux divers royaumes qui se sont élevés sur les débris de l’empire romain. Depuis le douzième siècle, l’argent mène tout ; son abondance ou sa disette ébranle ou fortifie les états. Un misérable impôt de quelques deniers sur le sel, met en feu les Pays-Bas à la fin
du douzième siècle; un roi de France, au treizième siècle , hausse la valeur de quelques basses monnaies^ et on le flétrit du sobriquet de faux monnayeur; la guerre du bien public eut pour prétexte la rareté du numéraire ; la Grande-Bretagne perdit ses colonies à la fin du dix-huitième siècle, pour avoir voulu arracher, par un tribut mal déguisé, sous le nom d’impôt, quelques schellings aux Américains; enfin la Révolution française se trouvait beaucoup plus dans les essais administratifs de Turgot, et dans les plans financiers de Necker, que dans les écrits de Voltaire, de Diderot, de Gondillac et de Mably.
Le savant Boizard définissait la monnaie une portion de matière à laquelle l’autorité publique a donné un poids et une valeur certaine pour servir de prix à toutes choses dans le commerce. Les encyclopédistes critiquèrent fort aigrement la définition de Boizard, et lui préférèrent celle de Locke pour des motifs qu’il est facile de deviner. Mais avec tout le respect que l’on doit à la mémoire de l’illustre auteur de l’Essai sur l’ Entendement humain, nous dirons, avec Moraton et d’Alembert, que Locke, dans ses écrits sur la monnaie et sur le commerce , s’est montré beaucoup plus philosophe que financier, et beaucoup plus homme d’état que géomètre et physicien , qualités, cependant, qu’il préférait à toutes celles que la fortune des cours et des révolutions avait amoncelées sur sa tête. Quoi qu’il en soit, Locke sauva l’Angleterre d’une crise imminente , et remonta, par la refonte probe des monnaies, la machine gouvernementale^ détraquée par une longue et funeste révolution et par une substitution de dynastie.
* Locke fut de ceux qui contribuèrent le plus à faire comprendre au Parlement qu’il n’y avait pas d’autre moyen de sauver le commerce d’Angleterre qu’en faisant refondre la monnaie aux dépens du public, sans en hausser le prix. Ce système prévalut malgré les cris de l’opposition, et le commerce de la Grande-Bretagne fut sauvé par cette sage et énergique mesure. Fils d’un capitaine de l’armée du Parlement, Locke, au retour du lils de Charles cabala toujours contre le gouvernement. 11 résida en France, [en Hollande, dans les Pays-Bas, et revint en Angleterre avec le roi Guillaume, dont il avait servi l’ambition avec autant d’adresse que de talent. Le nouveau monarque ne fut point ingrat, et Locke fut revêtu successivement de fonctions importantes et lucratives. Le dernier poste
LKS MONNAIES.
Les Etats modernes ont trois espèces de monnaies ; la monnaie jaune ou d’or; la monnaie blanche ou d’argent; la monnaie grise ou de billon. L’or et l’argeiil sont suriisamment connus ; disons un mot sur le billon qui est la monnaie du peuple, le signe quotidien de ses travaux, de ses sueurs, de ses fatigues et trop souvent de sa vie.
On appelait autrefois en France, monnaie de billon, des espèces en argent que l’on avait altérées par le mélange du cuivre. Il y avait alors deux soldes de monnaies de billon. Le haut billon, qui comprenait toutes les espèces de dix deniers à cinq ; la monnaie de bas billon, à laquelle se rapportaient toutes les espèces au-dessous de six deniers. Aujourd’hui, on n’entend plus par billon que les sous et les gros sous de cinq et de dix centimes.
Sous la première et la deuxième race de nos rois, le billon n’existait pas; mais vers le commencement de la troisième race, sous Philippe-Auguste , on trouve quelques deniers d’argent de bas aloi ; à dater de saint Louis on ne trouve que des deniers de bas billon. Les blancs, les douzains, les liaids, les doubles, les deniers , les mailles , les pites sont autant de monnaies de billon dont on s’est servi dans le royaume sous la troisième race.
La livre d’argent primait toute cette populace de pièces si variées de formes, d’empreintes et de valeur, et ici il y a une remarque à faire.
La livre de France, sous Charlemagne, contenait, non fictivement mais réellement, une livre d’argent du poids de Troyes en Champagne. Mais cette livre a diminué de poids, sous les successeurs de Charlemagne , sans diminuer de valeur. Or , depuis Charlemagne en France, et depuis Guillaume leConquéraut
(|u’il obtint fut celui de commis du commerce et des colonies anglaises aux appointements de 1,000 schellings (25,000 fr.). Locke conserva cet emploi, qu’il remplit avec une grande distinction cimj années, de 1695 à 1700, puis se retira de la lice politique pour aller vivre dans la charmante campagne du chevalier Morsbam, :i quelques lieues de Londres. Ce fut là (]ue la mort vint le frapper en 1704, a l’âge de soixante-treize ans.
en Angleterre, la proportion entre la livre, le schelling et le denier, semble avoir toujours été la même jusqu’au dix-huitième siècle, quoique la valeur de chacun ait été fort différente. En France, pendant la première race, le sol ou schelling français passait pour avoir contenu tantôt cinq, douze, vingt, trente et quarante-huit deniers. La livre ne subissait pas les alternatives de ces subdivisions, c’était toujours la grande livre de de Troyes en Champagne L
Remontons à l’origine de la monnaie chez les peuples de notre antiquité, à nous, remués de barbares , comme disait et écrivait M. de Voltaire au roi de Prusse.
Eschine et Aristide nous apprennent que les Carthaginois, ces fiers marchands , qui disputaient à Rome l’empire du monde , commencèrent par se servir de monnaie de cuir.
Les Romains eurent une monnaie de terre cuite et de cuir, asses scories. Suétone, cité par Suidas, nous apprend qu’on imprimait une petite marque d’or sur chaque pièce , c’était le sceau ,
‘ La foire de Troyes était alors fameuse dans toute l’Europe, et on y venait des confins de la Pologne et de la Moscovie, aussi bien que de l’Espagne, du Portugal et des îles grecques. Les marchands étrangers étaient quelquefois au nombre de plus de cent vingt mille, et étaient obligés de se loger dans les plaines aux environs de la ville. Nous souhaitons que le chemin de fer amène à Troyes cette population merveilleuse qui faisait sa prospérité, sa richesse et sa gloire. Il devient évident que les poids, les mesures d’un marché connu et fréquenté de tous les trafiquants de l’Europe, devaient être estimés et appréciés généralement. Charlemagne, pendant une de ces années de loisir que la guerre lui laissait quelquefois, vint à la foire de Troyes et y passa huit jours, recevant les principaux marchands français et étrangers, et s’entretenant familièrement avec eux des besoins du commerce et de l’industrie. Charlemagne donna des récompenses, et la ville de Troyes fit élever une colonne, ou pour mieux dire un pilier sur l’emplacement même de la tente du monarque. Ce pilier commémoratif était encore debout au quatorzième siècle, et fut détruit par les Anglais, ou plutôt par les Bourguignons, leurs alliés. Quand les Anglais ne peuvent pas détruire, brille/', renverser, dévaster par eux-mêmes, ils paient des auxiliaires, et ils en trouvent toujours. . . malheureusement !
Charlemagne, pendant son séjour à Troyes, fit frapper en pièces 300 livres d’or et 4,000 livres d’argent. On sait que les rois carlovingiens faisaient frapper partout où ils se trouvaient, dans leurs palais ou tentes, des espèces solides et de bon aloi. Le peuple appelait ce numéraire monnaie palatine.
LES MONNAIES
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l’efügie, la foi pour ainsi dire de la République : formatos a corcisorbas, auro modico signaverunt. Numa inventa les pièces de bronze; mais Servius Tullius frappa et donna une empreinte ineffaçable à la confiance publique.
Les Romains furent à peu près deux siècles sans monnaie. Sur les pièces frappées par Servius Tullius , on voyait un bœuf et on les nommait as librales et libella, et elles pesaient une livre. Le decussis valait dix as et on le nommait aussi denier; le quadrassis , valait quatre de ces petites pièces ; le tricussis , trois ; le sesterce, deux et demi ; il valut constamment à Rome le quart d’un denier. L’as se subdivisait en une multitude de fractions et toutes ces fractions étaient en cuivre. R est à remarquer même que , dans les premiers temps de la République , cette pauvre petite monnaie était si rare, que les amendes, décernées pour le manque de respect envers les magistrats , étaient payées en bestiaux. Cette rareté du cuivre fit que l’on donnait du cuivre par masse en paiement , et on en avait même conservé la formule dans les actes, pour exprimer que l’on achetait comptant. Horace dit quelque part : Liera mercatur et œre.
L’année 485 de la fondation de Rome on mit en circulation des monnaies d’argent; mais les magistrats imposèrent à ces nouvelles espèces des noms et une valeur relative aux anciennes espèces de cuivre ; le denier d’argent valait six as ou dix livres de cuivre ; le demi denier , cinq ; le sesterce d’argent , deux et demi, etc. La proportion de l’argent au cuivre était alors de 1 à 960.
A la fin de la seconde guerre punique, les Romains, maîtres de la Sicile et ayant un pied en Espagne, apportèrent à Rome des lingots d’argent. La monnaie fut augmentée; mais ce ne fut qu’en 547, sous le consulat de Claudius Nero et de Livius Salinator, qu’on commença à fabriquer des monnaies d’or, nummus aureus, dont la taille était de quarante à la livre de douze marcs. Les maîtres des monnaies étaient appelés, à Rome , triumvirs monétaires, et remplissaient les devoirs, les fonctions, et exerçaient la
surveillance attribuée en France, pendant quatorze siècles, aux commissaires des monnaies, sous Charlemagne, et -à la Cour des comptes sous les rois de la troisième race jusqu’à Louis XVI. Les pièces de monnaies portaient la figure d’une femme, c’était la République personnifiée; ou les profils de Castor et Pollux, selon les uns; de Rémus et de Romulus, selon les autres. Jules César fut le premier qui, avec l’agrément du Sénat, fit frapper son image sur les monnaies de la République. Les empereurs, dans la suite, et les impératrices eurent le privilège d’orner de leurs faces, plus ou moins nobles, les monnaies romaines. Constantin, par un respect filial bien rare même chez les empereurs, fit frapper des monnaies à l’effigie de sa mère. Devenu chrétien, il fit appliquer une croix sur le revers de la pièce.
Les Romains comptaient par deniers, sesterces, mines d’Italie ou livres romaines et talents. Quatre sesterces faisaient le denier que nous évaluerons, monnaie d’Angleterre, à cause de son invariable valeur, à 7 sous et demi. Suivant cette évaluation, 96 deniers qui formaient la mine d’Italie ou la livre romaine, représentèrent 3 livres sterlings : et les 72 livres romaines , qui faisaient le talent, produisirent 216 livres sterlings.
Seulement les anciens comptaient généralement par mines et par talents. Les subdivisions varièrent suivant les peuples. Ainsi les Grecs comptaient aussi par mines et talents ; mais ils avaient aussi des drachmes et des oboles, et la valeur différait selon les États. Pourtant Athènes était en monnaie comme en sciences, en beaux arts et en politesse la régulatiûce des Républiques Grecques : sa monnaie servait d’étalon. Le tableau suivant donnera une idée de ces différences :
La mine de Syrie contenait 25 drachmes d’Athènes.
Ptolémaïque. . . —
Antioche. ... —
Tyr —
Egine et Rhodes. —
Quant au talent :
LES MONNAIES. VM
Le talent de Syrie contenait
15 mines d’Athène
— Ptolémaïque.. . —
— Antioche. ... —
— Babylone. ... —
— Tyr —
— Egine et Rhodes. —
Le drachme, selon le savant numismate anglais, Brerevood, valait 7 s. 1/2, monnaie d’Angleterre. Cent drachmes faisaient ta mine, 3 fr. 2 s. Soixante mines formaient le talent d’argent, ou 187 fr. 10 s., et le talent d’or, en suivant la même proportion, et sur le pied de 16 d’argent ne faisait pas moins de 3,000 liv.
Les Juifs, outre les mines et les talents qu’ils avaient empruntés aux Grecs, avaient aussi des sicles et des demi-sicles ou bekas ; cette monnaie était pour eux une monnaie nationale, puisque nous avons vu Abraham user de ces espèces pour payer le prix d’un champ. L’Exode nous fournit les moyens d’apprécier la valeur du sicle. Nous y lisons que la somme produite par la taxe d’un demisicle par tête, payée par 603,550 personnes, amena dans les coffres publics une somme de 301,775 sicles ou 100 talents 1,775 sicles. Par une operation arythmétique fort simple, on s’assure qu’il y avait trois mille sicles au talent.
Notre récit ne serait pas complet, si nous ne donnions ici une idée de deux espèces de monnaies qui comptent une place fort importante dans le cabinet des antiquaires et des numismates : nous voulons parler de la monnaie obsidionale et de la monnaie bractéate.
Monnaie obsidionale. On appelait, et on appelle encore ainsi, une monnaie frappée pendant un siège pour subvenir aux transactions commerciales, au paiement de la garnison, aux achats de toute nature et de toute espèce, pour supjiléer à la vraie monnaie qui manque ou que l’ou cache. Cette monnaie est souvent en bois, en cire, en fer, en carton et parfois même en papier; s’il y a des métaux dans la ville assiégée, on la fabrique avec de l’argent, du cuivre ou du bi on/(‘ ; mais l’argc'at est tellement mélangé qu’il est
presque toujours de bas aloi. Ces pièces, inventées par la nécessité, par le patriotisme ou par le courage, sont tantôt ovales, tantôt carrées ou en losanges, en triangles, octogones, pentagones, etc. La foi publique, la confiance dans le bon droit, dans la sainteté de la cause qu’on défend, fait toute leur importance et toute leur valeur. Il est rare que les monnaies obsidionales aient entraîné la ruine de ceux qui avaient eu confiance en elles. Pavie et Crémone, pendant l’invasion de l’Italie, sous François frappèrent un grand nombre de ces pièces éphémères. Vienne, assiégée par Soliman II, empereur des Turcs, créa une monnaie obsidionale; les Vénitiens en frappèrent également à Nicosie, capitale de Chypre, assiégée parSélim II, en 1662; les Hollandais, dans leurs longues et sanglantes guerres avec les Espagnols, au seizième siècle, firent un usage avantageux et fréquent de cette monnaie. Enfin, si la monnaie obsidionale n’était pas, comme dans l’antiquité, où les intérêts privés cédaient le pas aux intérêts généraux, et où les calamités publiques, loin de faire resserrer l’argent dans les coffres des citoyens, le faisaient au contraire répandre avec plus d’abondance dans la circulation, on peut dire que les modernes ont usé et abusé de cette découverte, qui sert merveilleusement les convoitises des agioteurs et des avares. Depuis le seizième siècle jusqu’au dix-neuvième, les divers peuples de l’Europe ont frappé des sommes fabuleuses en monnaies obsidionales, et les guerres de la République et de l’Empire ont multiplié sur tous les points et dans un grand nombre de villes fortifiées de l’Europe ces espèces, monnaies amphibies, qui servent plutôt, le siège passé, à constater la pauvreté d’un peuple et la rapacité de ses maîtres, que la vaillance de ses soldats ou l’énergie de ses citoyens. Les monnaies obsidionales se glissent parfois dans le cabinet des curieux, — les monnaies du seizième siècle surtout, — et y trouvent une humble place entre les liards du Bas-Empire et les monnerons de la monarchie expirante ‘ .
‘ On appelle monnerons, du nom de son inventeur, des espèces'de médailles qui eurent cours de 1789 à 1793, et dont quelques-uns étaient bien frappés et habile-
LES MONNAIES
Monnaie bractéate. Les antiquaires appellent ainsi une espèce de monnaie du moyen-âge, dont la fabrication offre des singularités remarquables à certains égards, malgré la légèreté du poids et la grossièreté du travail. Simples feuilles de métal chargées d’une empreinte rustiquement tracée, — argent ou or, — ces pièces n’offrent à l’œil le plus exercé ni un chiffre, ni un signe, ni une marque qui puisse révéler leur origine ; on en est réduit aux conjectures et aux suppositions. Pendant les siècles barbares, cette monnaie avait cours en Suède, en Danemark et dans l’Allemagne septentrionale ; mais elles étaient presque inconnues dans les autres pays de l’Europe où les marchands juifs, ces courtiers éternels du commerce et de l’agiotage, n’en apportaient que rarement. Quelques savants ont pensé que cette monnaie a pris naissance sous les empereurs Otbon, puisque les lois des Saliens, des Ripualres, des Visigoths, et les capitulaires mêmes de Charlemagne n’en parlent pas. On découvrit un grand nombre de pièces de cette monnaie en 1736, au monastère de Guengenbuch, diocèse de Strasbourg ; mais cette trouvaille, en réveillant l’ardeur des antiquaires, n’a fait qu’embrouiller la question sur l’origine de cette monnaie. Elias Brenner, savant et patient antiquaire suédois, affirme toutefois avoir rencontré un bractéate à l’effigie du roi Biorno PL contemporain de Charlemagne, et assure que de son temps, on a trouvé à Stokolm des deniers de Charlemagne qui sont identiquement semblables au bractéate du roi Biorno. Quoiqu’il en soit, ce problème numismatique est encore à résoudre, et la question toujours pendante laisse, aux Saumaises, aux Locke et aux Boizard futurs, un vaste champ à explorer et à creuser.
Les gouvernements modernes ont eu recours, pour étendre ou affermir leur influence politique ou commerciale, au papiermonnaie. C’est la lettre de change des particuliers appliquée aux besoins généraux d’une nation. Des banques d’Balie, dans le quinzième siècle, émirent des billets qui avaient une valeur si-
ment exécutés, et qui représentaient une grande action, un grand mythe ou une grande journée révolutionnaire.
gnificative, et passaient sur le même pied que l’argent dans toutes les transactions industrielles et commerciales, non-seulement dans le pays qui les avait créés, mais encore dans toutes les parties commerçantes du globe. La bonne ldi , la loyauté , la probité inflexible formaient la base des statuts de ces banques. Depuis le seizième siècle, d’autres nations ont imité les Italiens, et, vers le commencement de ce siècle, la Banque de France fut instituée. On sait quelles immenses ressources cette création semifinancière et semi-politique, peut mettre et a mises plus d’une fois à la disposition du commerce et du gouvernement.
Il y a des pays où le gouvernement lui-même émet du papieiv monnaie. Le cinquième de la fortune britannique est en papier, et l’Angleterre a trouvé , dans cotte combinaison qui date chez elle de plus de deux siècles, un moyen fécond d’échange et un énergique véhicule à ses grands intérêts commerciaux. Le papier-monnaie de l’Angleterre a cours non-seulement dans tes trois royanmes, mais encore sur les points les plus éloignés de la terre; aux Indes, à la Chine, en Afrique, dans l’Océanie même, le papier anglais est accueilli avec autant de sûreté que l’or et l’argent. On sait que ces insulaires , à défaut de la bonne foi politique, possèdent, à un degré très-éminent et très-respectable, la foi commerciale.
La Révolution française a enfanté parmi ses excès, ses horreurs et ses prodiges, un papier-rnonnaie qui, sous le nom d’assignats, représentait la valeur des biens territoriaux et domaniaux comjuis sur la royauté, sur la noblesse et sur le clergé. Dans le principe, cette monstrueuse émission de papier-monnaie ne devait pas dépasser la valeur des châteaux, domaines, forêts, etc., dont la République était devenue propriétaire et vendeuse. Mais l’agiotage d’abord, la trahison ensuite, le péculat brochant sur le tout, s’emparèrent de la planche rédemptrice des assignats ; l’étranger les fit contrefaire ; l’agiotage se chargea de les lancer dans la circulation ; la corruption de quekiues hommes politiques activa outre mesure l’émission des vrais assignats. La dépréciation de
LES MONNAIES
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ces signes monétaires ne larda pas à se manifester, et nos neveux auront peine à croire qu’en 1795 les assignats, — dont le nombre dépassait de plus de trois milliards la valeur des biens nationaux, — étaient arrivés à un tel degré de décadence, qu’un œuf se vendait 25 francs en papier ou un sou en numéraire, et qu’un pain de deux livres, pendant la disette qui suivit la funeste moisson de 1794, se paya jusqu’à trois mille francs en papier, ou trois francs en argent. Quoi qu’il en soit, la création de ce papiermonnaie fut un levier puissant et terrible pour la Révoiulion ; et, tout en déplorant les désastres généraux, les ruines privées, les fatales suites enfin d’une dépréciation inouïe dans les fastes financiers d’un peuple, il est juste de reconnaître et de déclarer
que LES ASSIGN.iI.TS ONT SAUVÉ LA FRANCE.
Un crime inconnu des anciens , la fabrication frauduleuse de la monnaie, est une des plaies les plus profondes. et les plus affreuses des sociétés modernes. Quelquefois les ri \ alités nationales, le fanatisme des jiartis, plus communément encore l’avarice, l’oisiveté, l’àpre désir de devenir riche en s’épargnant la peine de travailler et de se livrer à une honnête et paisible industrie, font naître le faux-monnayage, le crime le plus détestable et le plus abominable, à nos yeux, ([ue les hommes puissent punir après le parricide. Le faux-monnayeur doit payer de sa tête sa révolte armée contre la société , et nous regrettons (jue des législateurs, fort peu philosophes et cachant la pauvreté de leurs vues sous le manteau de la philantropie , aient affaibli , tronqué, et même tout à fait changé les dispositions rigoureuses de notre Code pénal. Oui, le faux-monnayeur est plus coupable aux yeux de la religion, de la philosophie, de la morale et même du bon sens le plus vulgaire que les meurtriers, les empoisonneurs et les incendiaires. Son horrible industrie tue ou plutôt dévore le pain du pauvre; il empoisonne la sécurité de la famille, il incendie la confiance et livre au supplice d’Ugolin ces nobles ouvriers, ces braves artisans qui , en échange de leurs sueur s , et de leurs travaux de Sisyphe, sont exposés à recevoir un salaire
chimérique, une rémunération fabuleuse. La fausse monnaie est l’épée de Damoclès suspendue sans cesse sur la tête du peuple; il faut que cette épée tombe enfin , mais sur la tête des infâmes et des monstres qui, en cherchant à voler les riches , se font un jeu d’égorger les pauvres.
Nous ne demandons pas qu’on fasse bouillir dans des chaudières de poix et de bitume les faux-raonnayeurs , comme au treizième siècle, et que le marché aux pourceaux soit le théâtre de ces terribles représailles’. Nous ne souhaitons que la stricte et sévère exécution des anciennes prescriptions de notre Code criminel. Les progrès de la mécanique, de la chimie surtout, ont créé autant de faux-monnayeurs que les méthodes calligraphiques, mises à la portée de toutes les mains, ont formé de faussaires en écritures publiques et privées. Il est temjis d’appliquer à ce mal qui se propage avec une effrayante rapidité, à cette espèce de lèpre, à cette gangrène qui s’étend sur toutes les parties du corps social, un remède héroïque. Il faut en finir, en un mot.
‘ L’horreur même du supplice, quoi(iu’en disent les niais qui se décorent du beau titre de philantropes, prévenait autrefois le crime de fausse monnaie : on n’en compte pas vingt de la fin du douzième siècle au commencement du seizième siècle; et depuis les modifications apportées à notre Code pénal, il n’y a point d’année où nos assises de départements ne soient appelées à juger une douzaine de ces atîaires. 11 est évident que la peine édictée par le Code refondu n’etfraie plus personne, et que l’indulgence et l’aveuglement du législateur ont encouragé l’audace du malfaiteur, en lui faisant espérer l’impunité ou une peine légère. Ce sont les travaux forcés! va me répondre tel individu qui se pare du titre d’homme sensible, d’homme du dix-neuvième siècle. Eh ! pauvre homme, ne saistu pas que les scélérats qui veulent atteindre un grand but se moquent de toutes les peines qui n’entraînent pas la perte de la rie. Philosophe sans barbe ou avec barbe, consulte tout ce qui est philosophe et tout ce qui a observé l’espèce humaine dans les prisons, dans les galères, dans l’exil. Les peines mitoyennes donnent du cœur aux plus poltrons, de la témérité aux plus lâches et une énergie nouvelle aux plus forts. C’est fâcheux, mais c’est vrai.
L’Église s’était jadis associée à l’autorité civile pour flétrir le faux-monnayage, (•■et homicide déguisé. Plusieurs papes excommunièrent les faux-monnayeur^ Mais aujourd’hui, les excommunications de Rome ne sont plus que les foudres attiédies du Jupiter Olympien , et il faut que la puissance civile soit doublement sévère, doublement opiniâtre à poursuivre les forfaits. Là où la foi est éteinte, il faut l’inexorable et palpable éloquence du glaive.
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avec les sangsues privées , arcanes du peuple , comme on en a fini avec les publicains, avec les fermiers-généraux de l’ancien régime.
Le mal est déjà très-grand, nous le répétons ; avant qu’il ne ne soit incurable, hàtons-nous de l’éteindre, de l’étouffer, de le foudroyer. C’est le pain de nos frères malheureux qui est en jeu, c’est l’intérêt général, c’est peut-être l’honneur de la France, qui est compromis par ces fatales indulgences, par ces graves et homicides précautions que d’aveugles rhéteurs décorent du nom d’humanité.
Nous citerons, pour tout commentaire à ce que nous venons de dire, les quelques lignes suivantes, empruntées à une feuille connue par la prudence et la sagesse de ses opinions en matière d’économie politique.
« Depuis longtemps on racontait que l’industrie de l’altération de nos monnaies avait pris un développement inouï, qu’on était parvenu à vider les écus de 5 francs et même les pièces d’or, de manière à conserver les deux faces et presque toute la tranche, puis à couler dans le vide intérieur une pomposition qui avait le double mérite de conserver le poids et la sonorité de la pièce primitive, ün ajoutait que cette industrie était exercée en Suisse et au-delà du Rhin avec un grand succès, et que la France possédait une si forte quantité de cette monnaie altérée que, sur un sac de 1,000 francs, on pouvait à coup sûr compter plusieurs écus ainsi fourrés. Maintenant on nous assure que, sur les écus fondus qui ont été trouvés dans la caisse de la recette générale de Lyon , on a vu avec étonnement un grand nombre de pièces partagées dans le sens de l’épaisseur, et contenant un mélange qui n’est pas de l’argent. Quoique tenant le récit de ces deux faits de personnes graves et dignes de foi, nous le donnons sous toutes réserves. i>
Les monnaies ont donné naissance à une science aussi étendue qu’intéressante. La numismatique, sœur de l’histoire et de l’archéologie, a été fondée et cultivée au moyen-àge par les Ordres religieux , dont quelques membres ont acquis une réputation eu-
ropéenne par leurs doctes et savantes recherclies, et surtout par les points d’histoire qu’ils ont éclaircis à l’aide des monnaies et des médailles. Il n’existait pas un seul monastère en France qui n’eût ses médaillers , et l’on doit à ces citadelles de la religion et de la foi la conservation de toutes ces précieuses reliques des empires détruits et des peuples éteints. Les moines dérobèrent à la rapacité des Barbares pour des sommes considérables de monnaies grecques, romaines, perses, égyptiennes, assyriennes, mèdes, carthaginoises, phocéennes, rhodiennes, etc. Parmi ces grands dépôts de monnaies anciennes qui dormaient non pour la science, mais pour l’avarice humaine, sous les cloîtres et à l’ombre de la croix de l’Homme- Dieu , qui avait dit : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu , et le denier de César à César ; parmi ces grands dépôts, dis-je, on remarquait, il y a moins d’un siècle, le médailler des chanoines de Sainte-Geneviève à Paris , celui de l’abbaye de Saint-Germaindes-Prés, de Saint-Denis, de Saint- Victor, de Saint-Martin-des- Champs à Paris, et les médaillers de Citeaux, de Clairvaux, de Saint-Hermène, de Chelles et de Cluny. La révolution française, en se ruant sur tous les édifices religieux , ne respecta peut-être pas assez, ne protégea peut-être pas assez efficacement ces rares et précieuses métropoles de la science numismatique. Cependant, les premiers flots du torrent passés, des hommes éminents classèrent ces médailles et les firent rentrer, après des recherches infinies, à peu près complètes, dans les dépôts et dans les bibliothèques nationales, où on les voit encore aujourd’hui. Des voleurs, grâce à l’imprévoyance de ceux que la nation rétribue généreusement pour avoir soin de ses trésors métalliques et bibliographiques, se glissèrent bien, il y a quelques années, dans le cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale , et firent main basse sur des pièces inestimables, moins encore par la matière que par la rareté. Ce malheur est à peu près réparé aujourd’hui par la munificence de quelques généreux citoyens , et entre autres de M. de Luynes, qui ont dépouillé leurs propres collections pour remplir les vides occasionnés par ce hardi larcin. « La collection nationale doit passer
U:S lIOiNNAŒS.
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avant la mienne, dit M. de Luynes, en olTrant une médaille de grande valeur ; je suis trop heureux de m’appauvrir en enrichissant la nation. »
A une époque où les projets les plus singulièrement gigantesques germent dans toutes les têtes et fermentent dans toutes les âmes , on pourrait peut-être entreprendre un travail qui aurait le triple avantage d’occuper beaucoup de bras, de faire faire à la science un pas immense et d’éclaircir un point historique , et entin d’offrir à ceux qui veulent jouer, un appât tout à la fois honorable, sûr et considérable , ce qui ne se rencontre pas toujours dans les loteries des lingots d’or, d’argent ou de platine. 11 s’agirait, selon nous , — et après avoir consulté les savants sur les points à attaquer , — de détourner le cours du Busento , d’y pratiquer des fouilles profondes habilement dirigées, et de se rendre maître ainsi des trésors immenses enfouis sous les Ilots de ce fleuve avec le corps d’Alaric, roi des Goths. Ce Barbare venait de dépouiller cent provinces quand il mourut \ et il traînait après lui, sur trois mille sept cents charriots, les richesses d’une partie des peuples civilisés du temps. Ces trésors furent ensevelis avec lui, et les savants du onzième siècle les évaluaient à plus de cent quatre-vingt-quatorze millions monnayés, sans compter les pierres précieuses, les diamants , les coupes , les vaisseaux , les ornements de toute espèce , (jui furent également enterrés ou plutôt entluvés avec lui. Quelle belle et noble découverte pour la science, pour l’histoire, pour l’archéologie! quels progrès, quel élan ce rappel, après quinze cents ans de proscription de tant de richesses, imprimerait à
‘Marie, roi des Goths, l’un des plus cruels ennemis de reinphv romain, désola plusieurs provinces d’Orienl, et vint s’abattre sur ritalie, oii il commit d’affreux ravages, pillant, saccageant et tuant tout sur son passage. Après avoir porté le fer et le feu dans Rome même pour se venger de la défaite qu’il avait éprouvée, et de l’empereur qui l’avait vaincu par les armes de Stilicon, son général, il mourut à Cosenza, en 410. Ses soldats, après avoir détourné le Busento, l’ensevelirent, avec toutes les richesses qu’il avait accumulées, au milieu du fleuve, et pour que le secret de cette tombe abhorrée du reste du monde fût bien gardé, ils égorgèrent les captifs qui avaient creusé la fosse, ou, pour mieux dire, l’immense tranchée qui devait recéler 1e corps d’un tyran et les richesses de tant de nations.
l’esprit humain! quelle aubaine pour les actionnaires, qui veulent avant tout un résultat positif, et qui ne donneraient pas 50 centimes pour une action contresignée Phidias, si l’Apollon du Belvéder était en loterie! quel travail attrayant pour les ouvriers eux-mêmes, dont chaque coup de pioche, dont chaque pelletée de terre serait un pas vers la conquête d’un trésor réel, vers la souveraineté d’une tombe qui enserre, avec les cendres d’un tyran , les richesses de toute une génération et les trésors de tout un monde!
Nous indiquons la route, nous l’indiquons du geste et de la iix, mais nous craignons bien que ce geste, partant d’un homm de peu , que cette voix , sortie d’une poitrine populaire , ne soit pas entendue. Tant d’illustres plumes qui jouent avec les dés pipés de Machiavel, tant d’éclatantes trompettes qui ont fait tomber aussi des murs de Jéricho , devraient bien donner le signal de cette croisade scientifique, commerciale et industrielle. Hélas! cela vaudrait mieux que de fondre des balles, d’aiguiser des poignards et de bourrer des escopettes pour nous égorger au jour fixé par l’Angleterre, et aux accords waterloniens du God save the King.
Ah ! les marchands, les marchands sont plus malins que nous, peuple français, le plus malin, à ce qu’il dit, de tous les peuples; et si le Buseuto passait en Angleterre ou sur les terres de son obéissance, il y aurait longtemps que l’entreprise serait faite.
John Bull pourra bien tenter la chose sans cela L’Angleterre
est partout où l’argent est un Dieu et la patrie rien.
Les monnaies d’or et d’argent sont remplacées en partie, chez beaucoup de nations modeimes , par des monnaies de papier. La monnaie n’est qu’un terme de comparaison pour la valeur des choses de différentes espèces , et en ce sens la monnaie est le vrai lien de la société; mais tout peut être monnaie. Autrefois, le bétail l’était, les coquillages e sont encore chez plusieurs peuples ; le fer fut monnaie à Sparte, le cuivre à Rome, le sel en Abyssinie, la morue à Terre-Neuve, les clous dans un village d’Ecosse, les grains de cacao au Mexique, le cuir en Russie.
LES MONNAIES
Quelquefois les législateurs ont employé un tel art , que nonseulement les choses représentaient l’argent par leur nature, mais qu’elles devenaient monnaie comme l’argent même. Sous César, les fonds de terre furent la monnaie qui paya toutes les dettes.
Il paraît qu’on a donné dans la plus haute antiquité, comme on donne encore aujourd’hui , aux pièces de monnaie le nom du prince dentelles portaient l’empreinle. La principale monnaie des Perses était d’or et s’appelait dnriqiie, du nom de Darius le Mède, qui le premier l’avait fait frapper. Les pièces frappées au coin de Philippe, roi de Macédoine, étaient nommées philippes. Chez nous, les monnaies étaient depuis longtemps des huis. sous le règne de Napoléon, on leur donnait le nom de ce prince. Plusieurs villes avaient fourni anciennement les noms de plusieurs monnaies : Paris aux parisis. Tours aux tournois, Poitiers aux pietés et pites, Provins aux provinois, et Byzance aux besans.
Aujourd’hui, les pièces de monnaie d’or et d’argent portent leur véritable nom. En France , celles en argent sont de la valeur de vingt et cinquante centimes, d’un, de deux et cinq francs; celles d’or sont de dix, vingt, quarante et cent fiancs. FJles portent pour exergue, d’un côté : république française, et de l’autre côté : liberté — égalité — fraternité , avec une noble tête de femme pour emblème de la Liberté; au pourtour de ces pièces, on lit ces mots : dieu protège la frange.
Puisse la France être protégée par cete Providence divine qui dispose de tout! puissent ses enfants mettre en pratique cette fraternité que leur imposent l’égalité devant Dieu, la République devant les hommes chargés d<‘ les gouverner! ! !
La Révolution française compte, au nombre des bienfaits qu’elle a répandus d’une main libérale, non pas seulement sur la France, mais aussi sur le monde entier, l’invention du système décimal, la plus belle application qui ait été faite peut-être, depuis Pythagore, de la science algébrique. Le jour viendra, et il n’est sans doute pas éloigné, où tous les Etats de l’Europe adopteront ce
merveilleux mode de monnaie; c’est alors que le commerce et l’industrie acquerront de nouvelles forces , et que la grande famille européenne, obéissant aux mêmes idées, concourant au même but, adorant le même Dieu et marchant du même pas à la conquête de l’avenir, pourra réaliser le vertueux et sublime rêve de la République de Platon ! ! ! ! !
La bataille des nations. — Scènes de mœurs anglaises. — Le Palais de Cristal. - Aspect général de l’Exposition, etc.
Il y a un demi-siècle, en 1804, les côtes de Boulogne se hérissaient de fusils et de canons. Une armée de terre et une armée de mer s’apprêtaient à partir ensemble. Bonaparte, qui était déjà Napoléon, avait réuni dans sa main toutes les forces de la France, comme pour les peser avant de s’en servir. L’empire ne fut qu’un combat; avant le combat. Napoléon passait la revue.
Le lendemain, la lutte s’engagea. Et, pendant dix ans, ce fut une sanglante mêlée de toutes les races européennes. Le peuple français donna rendez-vous à toutes les dynasties dans leurs propres capitales, mit les trônes sans dessus dessous, mêla son sang à celui de tous les peuples, fraternisa à coups de fusils, inaugura l’égalité universelle en remplaçant des rois séculaires par des soldats de la veille.
La civilisation était dans son heure de violence et de brutalité. Les paroles n’auraient pas suffi pour redresser les vices de l’Europe; il fallait les coups. Pendant dix ans, les baïonnettes et les boulets frappèrent, et si rudement que tout en tremble et en retentit encore. Comme l’enfant mal élevé qui ne comprend pas que c’est pour son bien qu’on le corrige , ou comme le gangrené qui se tord sous le scalpel du chirurgien , l’Europe résista , et se coalisa, et se rua toute entière contre le rude bienfaiteur qui la faisait souffrir pour la faire vivre. Et il y eut alors ces batailles inouïes où tous les drapeaux se rencontrèrent, Lutzen, Waterloo, et tant d’autres , que les Allemands appellent les batailles des