‹ Merveilles du génie de l'hommeChapitre 5 sur 43 · LE MAGNÉTISME · texte numérisé non relu

LE MAGNÉTISME

monde et qui déshonoreraient le génie, si le génie pouvait être déshonoré.

Il serait fastidieux pour le lecteur de reproduire ici les contes absurdes forgés par les gazetiers de l’époque et dont Mesmer était le héros. Il faut reléguer dans la catégorie des fables cette scène de magnétisme exécutée par Mesmer dans une promenade publique de Vienne (le Prater). Si cette scène, dont nous avons lieu de suspecter la vérité, avait été réellement jouée, il faudrait ranger l’inventeur du magnétisme dans cet épais bataillon de foui'bes célèbres qui , tantôt à l’aide d’une victoire, tantôt à l’aide d’une pai’ole hypocritement inspirée, ont usurpé l’autorité souveraine en détrônant la liberté.

Non , rien ne nous forcera à croire qu’un homme convaincu de la sainteté de sa mission, de l’excellence de la doctrine qu’il veut faire triompher aux dépens même de son repos, de son bonheur et de sa vie, puisse avoir recours au mensonge, à la fraude, disons plus encore, à la plus abjecte parade pour inaugurer son système et pour populariser son nom. La haute politique compte peut-être de pareils bateleurs, mais la science n’en doit pas compter.

Disciple de Swieten, admirateur passionné de l’astronome 3Iaxirailien Stelle, Mesmer fut l’un des plus brillants .élèves de l’Université de Vienne. Sa facilité prodigieuse lui permettait de suivre avec un égal succès les cours de physique , de philosophie, de mathématiques, de médecine et de chirurgie. A vingt-quatre ans il obtenait le bonnet de docteur et ce fut dans sa thèse inaugurale qu’il essaya d’admettre pour la première fois l’hypothèse d’un fluide qui fut d’abord pour lui l’électricité et plus tard le fluide magnétique.

Mesmer docteur, Mesmer libre de s’abandonner aux inspirations de son génie, travailla avec une incroyable ardeur à poser la base de sa nouvelle doctrine qui devait régénérer la science médicale, cette science qui selon lui était restée stationnaire depuis Hippocrate. Il écrivit beaucoup; il inonda l’Allemagne, la France

et ritalie de ses mémoires et de ses brochures , il guérit quelques malades ; il parla eu prophète, à la façon des hommes qui veulent soumettre les peuples à une grande idée ou à une grande fortune ; il combattit à outrance ses confrères les médecins. Mais on n’attaque pas toujours impunément la routine et les préjugés; les médecins devienne, de Berlin, d’Iéna, de Léipsick, de Stutgard, de Munich et de Dresde se liguèrent , et bientôt , de par Esculape, le docteur Mesmer fut déclaré empirique , charlatan, imposteur. L’opinion publique à Vienne et à Berlin, suitout, confirma la sentence du Sanhédrin médical.

La persécution aiguise’ l’opiniâtreté des âmes fortes. On rêve d’abord la palme du triomphe, on finit par convoiter la palme du martyr. Mesmer fit courageusement tête à l’orage, mais le péril augmentait, et il crut prudent, pour le salut de son idée, de renoncer pour le moment à la couronne du martyr pour conquérir chez un peuple voisin l’auréole de la célébrité. Le jeune docteur se décida à venir en France.

Une archiduchesse d’Autriche était alors assise sur le trône des lys. Marie- Antoinette, française par l’esprit et par la grâce, avait conservé un cœur allemand , et entourait d’une sollicitude pleine de tendresse et d’atticisme ceux de ses compatriotes qui venaient, implorer son appui. Mesmer se promit de ne pas négliger cette suprême protection ; il quitta Vienne, et arriva à Paris, où sa réputation l’avait précédé.

Le poète comique Aristophane disait que , de son temps , les Athéniens étaient les aubergistes du Péloponèse. Avec plus de raison on pourrait dire que les Parisiens sont les hôteliers non pas seulement de la France, mais de l’Europe, mais du monde entier. Le plus notable et le plus beau titre que l’on puisse avoir à leurs yeux, c’est celui d’étranger : ne point parler français , ou mêler à la langue de Bossuet, de Corneille et de Lafontaine, des termes valaques ou iroquois, leur fait battre délicieusement le cœur. Aussi les Parisiens, pour interpréter leurs poètes, pour enseigner les sciences, pour garder leurs bibliothèques, pour édifier

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leurs monuments publics, pour orner leurs palais, ne veulent-ils que des étrangers. Le génie ou l’esprit national, fi donc! Cette superbe indifférence, ou plutôt cet incompréhensible mépris, explique pourquoi le grand Poussin peignit tous ses tableaux à Rome, et pourquoi notre illustre Brunei dol a l’Angleterre dupont sous la Tamise.

Mesmer fut accueilli à Paris avec faveur, avec enthousiasme. Tous les salons lui fuient ouverts, tous les palais lui offrirent des fêtes ; la reine elle-même le reçut villageoisement dans sa laiterie suisse du petit Trianon, et s’entretint deux heures avec lui dans la langue de leur commune patrie.

Mesmer était arrivé à Paris en 1778; dès l’année suivante, il publia un mémoire fort substantiel sur sa découvei'te, dont on nous saura gré d’extraire le passage suivant, qui est en quelque sorte Vexposé des motifs de la doctrine mesmérienne :

« Le magnétisme animal est un fluide universellement répandu ; il est le moyen d’une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés; il est continué de manière à ne souffrir aucun vide; sa subtilité ne permet aucune comparaison; il est capable de recevair, propager, communiquer toutes les impressions du mouvement; il est susceptible de flux et de reflux. Le corps animal éprouve les effets de cet agent , et c’est en s’insinuant dans la substance des nerfs qu’il les affecte immédiatement. On reconnaît particulièrement dans le corps humain des propriétés analogues à celles de l’aimant ; on y distingue des pôles également divers et opposés. L’action et la vertu du magnétisme animal peuvent être communiqués d’un corps à d’autres corps animés et inanimés; cette action a lieu à une distance éloignée, sans le secours d’autres corps intermédiaires ; elle est augmentée, réfléchie par les glaces ; communiquée, propagée, augmentée par le son ; cette vertu peut être accumulée, concentrée, transportée. Quoique ce fluide soit universel, tous les corps animés n’en sont pas également susceptibles; il en est même, quoiqu’en très-petit nombre, qui ont une propriété si opposée, que leur seule présence détruit tous les effets de ce fluide dans les autres corps.

« Le magnétisme animal peut guérir immédiatement les maux de nerfs, et médiatement les autres ; il perfectionne l’action des médicaments ; il provoque et dirige les crises salutaires, de manière qu’on peut s’en rendre maître; par son moyen, le médecin connaît l’état de santé de chaque individu, et juge avec certitude l’origine, Ja nature et les. progrès des maladies les plus compliquées ; il en empêche l’accroissement et parvient à leur guérison,. sans jamais exposer le malade a des effets dangereux ou à des suites fâcheuses, quels que soient l’âge, le tempérament et le sexe. La nature offre dans le magnétisme, un moyen universel de guérir et de préserver les hommes. »

Ce mémoire fit grand bruit, et commença le prosélytisme de la nouvelle doctrine. Attaqué avec acharnement par les uns, défendu avec opiniâtreté par les autres, Mesmer vit sa réputation grandir et se développer avec une rapidité extrême. Enfin, pour que rien ne manquât à sa gloire, Mesmer fut chausonné comme Marlborough et Mazarin, dans les carrefours, et Curtius, le célèbre mouleur, le plaça dans son Olympe de cire et de carton, en compagnie de M. de Voltaire, du roi de Prusse, de. la fille Sahnon et de plusieurs scélérats illustres;

Ce ne fut pourtant qu’en 1784, c’est-à-dire, cinq ans après la publication de son premier mémoire, que le roi nomma des commissaires pour examiner le magnétisme animal. Ces commissaires , au nombre de neuf, étaient, pour la Faculté de Paris, MM. Borie, Sallin, Darcet, Guillotin; pour l’Académie des sciences, MM. Franklin, Le Boy, Bailly, de Bory, Lavoisier.

Le rapport de ces médecins, de ces physiciens, de ces savants du premier ordre ne fut pas favorable au moyen curatif inventé par Mesmer ; mais il ne sera sans doute pas inutile de puiser dans ce lumineux rapport la description de l’appareil magnétique. Nous n’écrivons pas un roman, et l’intérêt que nous cherchons à répandre dans nos récits, ne saurait être amoindri par un tableau tracé de la main du savant et infortuné Bailly.

« .... Au milieu d’une grande salle s’élève une caisse circu-

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laire, laite de bois de ehèiie, et élevée d’un pied ou d’un pied et demi, que l’on nomme le baquet; ce qui fait le dessus de cette caisse est percé d’un nombre de trous d’où sortent des branches de fer coudées et mobiles. Les malades sont placés à plusieurs rangs autour de ce baquet, et chacun a sa branche de fer, laquelle, au moyen du coude, peut êlï'e appliquée directement sur la partie malade ; une corde passée autour de leurs corps les unit les uns aux autres; quelquefois on forme une seconde chaîne en se communiquant par les mains, c’est-à-dire en appliquant le pouce entre le pouce et le doigt index de son voisin ; alors on presse le pouce que l’on tient ainsi, l’impression reçue à la gauche se rend par la droite, et elle circule ainsi à la ronde. Un piano-forte est placé dans un coin de la salle, et on y joue différents airs sur des mouvements variés. On y joint quelquefois le son de la voix et le chant. Tous ceux qui magnétisent ont à la main une baguette de fer longue de dix à douze pouces. »

Quel singulier spectacle devaient offrir ces quarante ou cinquante malades de différents âges et de différents sexes, rangés autour de la piscine mesmérienne, et tout disposés, comme un demi-siècle avant, les jansénistes sur la tombe du diacre Pâris, à se livrer aux contorsions les plus échevelées. Il n’y a qu’une ville au inonde où de semblables scènes puissent trouver des acteurs et des spectateurs bénévoles, et cette ville est Paris.

Les héritiers de la doctrine de Mesmer ont prodigieusement modifié cet appareil quelque peu magique, et on doit les en féliciter. La science n’est jamais plus digne de respect que lorsqu’elle se montre tout nue comme la vérité.

Quelques années après l’arrivée de Mesmer à Paris, le magnétisme, dont il était l’inventeur, ou du moins le reproducteur, trouva un puissant auxiliaire dans le somnambulisme. Un des plus fervents et des plus assidus disciples du docteur jaune, — ce fut ainsi que les gens de cour, fort nombreux aux expériences magnétiques, surnommèrent le médecin viennois, vraisemblablement à cause de la couleur de son teint, — le marquis de Puységur, avait

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remarqué plus d’une fois que parmi les crisiaques du baquet, plusieurs étaient pris d’un sommeil somnambulique. Il adressa la parole à un de ces dormeurs, et ce dormeur lui répondit. M. de Puységur continua ses expériences, et leur complète réussite ne laissa plus aucun doute dans l’esprit de M. de Puységur, sur la lucidité de certains somnambules. Dès-lors, le magnétisme se transforma; il fut doublé de somnambulisme, et le baquet mesmérièn devint un mythe et n’exista plus que dans les caricatures de Duparc et de Boilly.

Résumons , en empruntant quelques lignes à un savant praticien, l’alliance du magnétisme et du somnambulisme.

Mesmer suppose que l’univers entier est plongé dans une sorte d’éther, de fluide éminemment subtil, que ce fluide pénètre tous les corps vivants comme les corps inorganisés, et qu’en se rendant maître de cet agent mystérieux on pouvait produire dans l’économie animale des effets merveilleux, et principalement amener la solution de certains états morbides, réfractaires aux moyens ordinaires de la médecine.

Partant de cette définition, le marquis de Puységur s’attacha à rendre le somnambulisme tributaire du magnétisme. La fortune, la position de M. de Puységur, lui fournirent le moyen de se livrer à des expériences coûteuses et réitérées : il se retira à son magnifique château de Busancy, et bientôt le manoir féodal fut aussi fréquenté par les oisifs , les curieux et les hypocondriaques de la cour et de la ville, que l’avait été naguère l’hôtel de la place Vendôme'.

Dans le somnambulisme lucide, ainsi appelé pour le distinguer du somnambulisme naturel, l’individu, assure-t-on, placé dans des conditions physiologiques et morales tout à fait insolites , est sous la dépendance exclusive et absolue du magnétiseur; il peut

* On sait que Mesmer logea ses baquets et lui-même dans un splendide hôtel de la place Vendôme. Le savant docteur était, ce me semble aussi, un fort profond observateur. Il avait compris que pour réussir à Paris, il faut avant tout frapper les yeux e afficher les dehors d’une opulence véritable ou d’emprunt.

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1,E WAGNÉTISMi:. 'o-i lire sans le secours des yeux , il lit même dans la pensée des personnes qui sont mises en rapport avec lui; il a l’instinct des remèdes, il prédit l’avenir. Il n’est pas besoin pour produire ce résultat de l’appareil dont Mesmer croyait devoir s’entourer : quelques attouchements faits au front , le long des bras du sujet qu’il s’agit de magnétiser, attouchements que l’on appelle passes, de simples gestes, la volonté même sans aucune manifestation extérieure , suffisent pour développer ces phénomènes, dans leur ensemble ou en partie , chez les individus que leur constitutioii rend aptes à recevoir l’action magnétique .

L’Europe entière retentit des prodiges opérés par le seigneur de Biisancy, qui continuait Mesmer et qui ajoutait à la doctrine du docteur allemand, et bientôt il se forma en Euro])e et en Amérique des sociétés magnétiques. On en compta soixante en France, vingt-sept en Angleterre, cinquante-trois en Italie, trente-deux à Boston , à New-York et à Philadelphie , onze en Suèile et en Danemark, cinq en Espagne et plus de trois cents en Allemagne. En Prusse , spécialement, le magnétisme compta d’illustres prosélytes; des savants tels que Sprengel, Klugg, Wienold, Hufe- . land , Stregmann et Hauss s’efforcèrent de régulariser les études , et le roi de Prusse , pour arracher au charlatanisme les bénéfices certains qu’offrait une science encore au berceau, rendit une ordonnance qui défendait la pratique du magnétisme à quiconque serait étranger à l’art de guérir.

La révolution française qui ébranla le monde, qui fit fréhucher tant de couronnes, qui renversa tant d’idées, tant d’institutions , tant de principes, fit oublier aussi Mesmer, le magnétisme et ses baquets, le marquis de Puységur, son ormeau magique, et le somnambulisme ' ; mais à la Besfàuration lorsque les jours de loisirs revinrent avec le soleil de la paix, il y eut en France une

’ Le man|uis de Puységur, dans sa fureur de graiid-prèlre, avait magnétisé un vieil et bel ormeau qui se trouvait sous les fenêtres de son château, et prétendit que tous ceux (|ui s’asseyaient sous son ombrage étaient saisis d’un sommeil invincible. Ce sommeil magnétique était moins perfide cependant (|ue celui du manceniller.

recrudescence de magnétisme et de somnambulisme. Dès 1819 plusieurs brochures lurent publiées sur le magnétisme Puységurien et MM. Virey, d’Hénin, Cuvillers, Barotte, Singlet, traitèrent dans divers écrits parfaitement inconnus aujourd’hui, les points controversés de la science magnétique. M. Deleuse, professeur au Muséum d’histoire naturelle, élève, ami et collaborateur de M. de Jussieu et propagateur ardent de la science magnétique., fit à cette époque la profession de foi suivante :

« Je crois à une émanation de moi-même parce que des effets se produisent Sans que je touche le sujet que je magnétise, et que rien ne produit rien. J’ignore la naturè de cette émanation , je ne sais à quel distance elle peut s’étendre, mais je sais qu’elle est lancée et dirigée par ma volonté, car lorsque je cesse de vouloir, elle n’agit plus. » ■

Une opinion bien autrement importante et bien autrement illustre que celle de M. Deleuse s’était déjà formulée sur cet objet délicat. Le savant La Place, dans sa Théorie des calculs de la probabilité avait dit :

« Les phénomènes singuliers qui résultent de l’extrême sensibilité des nerfs chez quelques individus ont donné naissance à diverses opinions sur l’existence d’un nouvel agent que l’on a nommé magnétisme animal. Il est naturel de penser que l’action de ces causes est très-faible et peut être facilement troublée par un grand nombre de circonstances accidentelles. Ainsi, de ce que, dans plusieurs cas, elle ne s’est point manifestée, on ne doit point conclure qu’elle n’existe jamais. Nous sommes si éloignés de connaître tous les agents de la nature et leurs divers modes d’action , qu’il 'serait peu philosophique de nier l’existence des phénomènes, uniquement parce qu’ils sont inexplicables dans l’état actuel de nos connaissances. »

Le corps médical , jusque-là hostile au magnétisme , commença, dès les vingt-cinq premières années de ce siècle, à étudier, sans prévention et sans haiue, la doctrine de Mesmer et les expériences de M. le marquis de Puységur. En 1825, un médecin de la faculté

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de Paris, le docteur Foissac, proposait à l’Académie de médecine une séance magnétique, afin que cette compagnie pût rendre compte des phénomènes dont elle serait témoin. Après des débats longs et animés , l’Académie accepta la proposition , et nomma, en 1826, une commission composée de MM. Husson, Isard, Bourdois de la Motte , Guenault deMussy, Marc, Tillaye, Fouquier, Double et Magendie,

Pendant cinq années consécutives la commission fonctionna , et on doit le penser, avec toute la consciencieuse sollicitude dont elle était susceptible. En 1831, M. Husson, chargé de résumer les travaux de la commission , lut , à l’Académie , son rapport qui , bien que négativement favorable au magnétisme, ne conclut à rien. On jugera de l’esprit général de ce rapport par les deux derniers paragraphes que nous citons et qui renferment, selon nous, la pensée de la commission :

« Considéré comme agent de phénomènes physiologiques ou comme moyen thérapeutique, le magnétisme devrait trouver sa place dans le cadre des connaissances médicales; et, -par conséquent, les médecins seuls devraient en faire ou en surveiller rem-* ploi, ainsi que cela se pratique dans les pays du nord. La commission n’a pu vérifier, parce qu’elle n’en a pas eu l’oecasion , d’autres facultés que les magnétiseurs avaient annoncé exister chez les somnambules ; mais elle a recueilli et conimuniqué des faits assez importants pour qu’elle pense que l’Académie devrait eneourager les reelierches sur le magnétisme , comme une branche très-eurieuse de psycologie et d’histoire naturelle. »

En 1837 , l’Académie de médecine organisa une nouvelle commission pour examiner une somnambule dirigée par le docteur Berna. Ce médecin s’était engagé à faire devant la commission les expériences suivantes :

1° Insensibilité complète d’un membre, provoquée par le magnétisme.

2'’ Bestitution par la volonté de la sensibilité de ce membre.

3“ Obéissance à l’ordre mental de perdre le mouvement.

4" Obéissance à l’ordre mcnlal de cesser de répondre an milieu d’une conversation.

Les expériences échouèrent et M. Berna attribua cet échec à un concours de circonstances opposées à L'influence magnétique.

A la suite de cette séance, le docteur Burdin, mù par un vif sentiment de probité et de vérité scientifique, et voulant mettre un terme à toutes les incertitudes sur le magnétisme, proposa un jirix de trois mille francs à la somnambule qui lirait sans le secours de ses yeux, ee qui offrirait ce quon appelle la transposition des sens.

Le prix est encore à donner.

De 1840 à 1850, une foule de livres ont été publiés sur le magnétisme et des centaines de magnétiseurs et de somnambules ])lus ou moins lucides ont surgi de toutes parts. L’attention du gouvernement s’est portée naturellement sur cette science qui prenait toutes les proportions d’une industrie, et somnambules et magnétiseurs vont être l’objet d’une surveillance spéciale. Tout ce qui porte le cachet du merveilleux et de l’inconnu est amoureusement adopté par le vulgaire, et la crédulité extrême enfante l’extrême friponnerie ; aux douzième, treizième et quatorzième siècles, l’alchimie et la pierre philosophale ruinèrent autant de familles que les guerres civiles ; au dix-neuvième siècle , et en dépit de cette diffusion de lumières que les Tabarins et les Mondori de la presse font sonner si haut, les magnétiseurs et les somnambulistes auraient bien pu, sans ces sages précautions, renouvelei' les turpitudes de la cour des Miracles et les mystiques agapes de la tour de Saint-J acques-de-la-Boucherie .

Le magnétisme, appellation dérivée du mot grec. Magnés, qui signifie aimant, n’était point inconnu de l’antiquité. Il est hors de doute, que les pythonisses des Philistins et des Hébreux, si souvent citées dans les saintes Écritures, et que les sybilles du Latium, de TEtrurie, aussi bien que les prêtres de Delphes et d’Epidaure, ne fussent initiés aux mystères de cette

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science^ occulte dont ils savaient tirer un grand profit. Au moyenâge et dans le cours des siècles plus rapprochés du nôtre, Avicenne, Jacob Alumbar, Robert Fludd, Ecbert Pontanus, Arnaud de Villeneuve, Albert-le-Grand, Cardan, Paracelse et plusieurs autres savants, philosophes et médecins, constatèrent la propriété de l’aimant pour combattre et adoucir les affections nerveuses. Mais au dix-huitième siècle, le souvenir du magnétisme était complètement éteint, et les efforts de Klarich, médecin du roi d’Angleterre, de Zwinger, d’Hoffmann, de Kœsner, de Glaubrecht, de Weber, de Reichel, de Stromer, d’Aken, de Paullan, d’Arquier, de Sigaud-Lafond, du patient et judicieux abbé Lenoble, lui-même ne parvinrent pas à émouvoir la curiosité et la sympathie publique. Il appartenait à Antoine Mesmer d’opérer ce miracle, de fonder un système et de rallier à la doctrine nouvelle toutes les intelligences et toutes les volontés, en attelant à son char triomphal la mode, les plaisirs et l’amour. Hippocrate, dans le temple de la place Vendôme, donnait la main à Épicure. C’était une alliance offensive et défensive entre la médecine et la volupté.

Si Mesmer et le magnétisme furent violemment et parfois injustement attaqués, ils furent aussi défendus avec un courage, une résolution et un dévouement dignes d’une cause plus sérieuse ou plus auguste. Le docteur allemand comptait de nombreux prosélytes, surtout à la cour et dans les premiers rangs de la bourgeoisie, et, s’il faut en croire les mémoires du temps, outre la reine Marie-Antoinette, qui se rendait souvent incognito place Vendôme, outre le comte d’Artois, outre le duc d’Orléans, outre l’avocat Bergasse et le fougueux conseiller au parlement d’Epréménil, Mesmer voyait dans M. le marquis de Lafayette l’apôtre le plus fervent et le diseiple le plus intrépide de sa doctrine. Ainsi l’homme

‘ Les pythonisses et les sybilles ont cessé de rendre des oracles, niais on trouve encore en Ecosse des hommes et principalement des jeunes filles qui prédisent l’avenir ou qui voient les choses éloignées, et tout cela le plus simplement du monde, sans préparation et sans espérer de profit. Les Ecossais appellent ces créatures privilégiées des voyants. On nomme aussi don de seconde mie cette singulière aptitude de l’àme. Si le magnétisme existe, c’est sans doute en Ecosse.

qui devait fatalement présider à deux révolutions, le général que la patrie devait accuser tour à tour d’avoir trahi la royauté et d’avoir trahi la liberté, préludait devant les baquets de Mesmer au sommeil féerique du 6 octobre 1789, et aux promenades carnavalesques du 29 juillet 1830.

Mesmer gâtait son incontestable mérite par un orgueil démesuré, par une avarice sordide et par une noire ingratitude. Il écrivit une lettre insolente à M. de Maurepas, — alors ministre dirigeant, — pour se plaindre du peu de cas que le roi de France et la cour semblaient faire de lui. Quelque temps après, le baron de Breteuil étant venu lui offrir, au nom de Louis XVI, vingt mille francs de rentes viagères et un traitement annuel de dix mille francs , sous la seule condition de divulguer un secret qui pouvait être utile à l’humanité , il répondit avec hauteur : «: Proposez-moi un million comptant et un traitement de cinquante mille livres, et je verrai ce que j’aurai à faire.

L’outrecuidance de ces paroles porta des fruits bien amers pour le docteur viennois. Les sympathies illustres qui le soutenaient à la cour s’éloignèrent de lui, et des brochures écrites avec une ironie pleine de fiel et de haine, telles que : Des abus auxquels le mesmérisme a donné lieu; le Colosse aux pieds d’argile; le Charlatan Teuton; les Arleguinades Mesmériennes , vinrent donner l’appoint du ridicule aux graves censures fulminées par la Faculté de médecine et par l’Académie des sciences. Pour comble de malheur , la femme d’un membre de l’Académie mourut dans les mains de Mesmer, et la marquise de Fleury, que le magnétiseur traitait pour une faiblesse de vue, en sortit complètement aveugle*.

C’en était fait de l’astre du magnétiseur. Mesmer le comprit, et

’ Les plaisants de l’époque rappelèrent l’épigranime suivante, qui avait été composée en 1727, lors des convulsions, sur le tombeau de M. , Paris, au cimetière de Saint-Médard :

Un décroUeur à la royale Du talon gauche estropié.

Obtint par grâce spéciale D’être boiteux de l’autre pié.

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