RELATION' D'UN VOYAGBUR PORTUGAIS
point altéré moo esprit. J'étais porté vers lui par la reconnaissance, ei nous nous liâmes d'amitié. Touché des bons offices que j'avais reçus de lui, je me demandais comment les reconnaître. Il était pauvre; je me promis de partager avec lui la fortune que je rétirerais plus tard de la vente de mon trésor. Hélas! je ne sus pas garder mon dessein, et la sympathie me [toussa aux confidences. Je montrai le diamant au capitaine. Sous ses remerciements chaleureux, je sentis aussitôt couver une arrière-pensée. 11 avait été ébloui ; l'envie le bouleversa et corroda sa loyauté. Nos rapports cependant ne changèrent pas; il croyait se contraindre assez pour me cacher ses luttes.
Nous prenions nos repas à la môme table. Plusieurs matins de suite, à mon lever, après un sommeil excessif, je me trouvai la tète lourde et bourdonnante. En même temps je remarquai que plusieurs objets dans ma cabine avaient été dérangés de leur place. Mes soupçons se précisèrent. Un narcotique devait être mélangé à mon vin. Un seul homme connaissait mon secret et, s'il n'était pas parvenu à me dépouiller, c'est qu'avec une prudence d'avare je portais le diamant sur moi, même la nuit.
Je fus très malheureux, car je n'avais pas retiré mon amitié à celui auquel je devais tant. J
s tentations, Mais je me tins sur mes . is. Je ii ignis adroitement de Loire Le vin qui
m'avait été versé, et je me couchai, décidé à combattre le sommeil. La lune versait par le hublot une vive clarté. Entre mes paupières à demi closes, je vis le capitaine entrer. Il fouilla partout, s'exaspérant de l'infructueuse recherche. Puis il s'approcha de moi ; son visage ravagé portait une expression terrible. Une lame brilla tout d'un coup. Cela fut si rapide que je n'eus point de force à ne pas me trahir; l'épouvante me rendit immobile comme un mort. Mais, effrayé de son crime pendant qu'il le commettait, le meurtrier retint sa main et s'enfuit en blasphémant.
Toutes les nuits, j'attendis ma fin, et, pendant la journée, je simulais des sentiments qui avaient été chassés parla haine. La terreur, mes combats intérieurs, me vieillirent davantage que tout ce que j'avais autrefois souffert.
Enfin il me fut donné de reconnaître la blanche Lisbonne; appuyé au bastingage, je la regardais avec émotion grandir peu à peu. Allais-je, cette fois-ci, gagner la paix définitive? Ou bien quelque nouvel esclavage m'était-il encore promis? Des années avaient fui depuis mon départ ; je n'avais plus ma jeunesse, mais je pouvais encore souhaiter des jours fortunés.
Et, comme on ramenait les voiles en entrant dans le port, je pris le diamant, et mes doigts le laissèrent tomber comme une goutte d'eau dans la mer.