‹ Merveilles et moralitésChapitre 13 sur 36 · LA FÉE DES LIS · texte numérisé non relu

LA FÉE DES LIS

Mon enfance s'achevait; j'étais à la veille d'ôtre un homme. Le collège avait refermé derrière moi ses grilles, et, revenu dans la demeure familiale, je promenais, à travers les allées du parc témoin de mes anciens jeux, l'ennui de la puberté.

Pour la centième fois, mon père m'avait surpris dans cette inaction morose ; il m'en fit doucement le reproche, et il me dit de l'accompagner.

Nous marchâmes un moment en silence, côte à côte, sur le gravier craquant. Je me sentais anxieux, car, avec mon père, il n'y avait pas d'action inutile. Il était l'homme pour qui la vie est une chose sacrée, et ses gestes étaient toujours la suite de ses pensées.

Mon père était bon et indulgent sans faiblesse ; il connaissait le prix de la parole; il méditait souvent. Il n'était ni sévère ni enjoué; sa sérénité était égale. Il aimait les fleurs. Le jardin autour de la maison en était embaumé, et la maison môme

l'n était toute recouverte. Mon père les cultivait amoureusement. On ne voyait pas chez nous de ces plantes compliquées, obtenues par de longues recherches et décorées de noms ridicules ou barbares. Nos fleurs étaient celles que la seule nature engendre ; elles portaient des noms familiers ; aucun art ne les déformait. On m'avait appris à les respecter ; mais elles distrayaient mes yeux sans les retenir.

Nous arrivâmes devant un massif multicolore qui s'épanouissait dans son cadre de gazon. Mon père s'arrêta.

— Connais-tu le nom de toutes ces fleurs, me demanda-t-il?

11 me les désigna successivement. Comme un écolier bien appris, je les nommai ; ma mémoire n'était pas en défaut. Lui, penché sur la terre, saisissait délicatement les tiges flexibles, caressait le tissu des corolles et des feuilles, goûtait à chaque parfum. Il fixait mon attention sur les formes et sur les nuances diverses, et, sans s'encombrer d'un appareil scientifique, il me signalait les vertus et les propriétés des plantes. Il s'animait à ce discours. D'abord rebelle à la leçon, j'écoutais, conquis peu à peu; ma curiosité s'éveillant, je découvrais le jardin.

Nous visitâmes la serre, nous suivîmes lentement les bordures et les pelouses. L'après-midi

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