LA FIN DE L1LLIPUT
Un ruisseau très rapide, qu'il était impossible à toute embarcation de franchir, arrêtait du côté de l'orient le développement de Lilliput. Et comme, sur la rive opposée à la ville, s'étendait une plaine de terres vierges à conquérir et à cultiver, les habitants entreprirent de construire un pont qui assurerait leur prospérité future.
Ce fut une tâche difficile et dangereuse ; le ruisseau emportait pilotis et matériaux. Dès qu'une pile semblait assise, tout se trouvait à recommencer. Mais les Lilliputiens ne se découragèrent pas, et, au bout de plusieurs années, ils virent approcher le moment où leur fleuve serait définitivement enjambé.
Un avenir magnifique allait être le prix de l'œuvre gigantesque des nains ; on triomphait déjà ; on escomptait la fortune prochaine; on exploitait des horizons indéfinis. Mais le malheur voulut
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qu'un maçon maladroit tombât dans le ruisseau, du haut d'un échafaudage.
Le malheureux ne se noya point aussitôt ; il fut porté par le courant vers une touffe d'herbes formant ilôt, où ses mains s'accrochèrent. Il resta là, secoué par les bouillons, poussant des hurlements d'appel, sentant bien qu'il allait lâcher prise ou que les herbes céderaient.
Or les Lilliputiens ne disputèrent pas longtemps sur la décision qu'il convenait de prendre. C'était une démocratie éclairée, une société nantie d'Immortels Principes. Ils se jetèrent à l'eau pour sauver leur frère, et ils y périrent tous avec lui.
Telle fut, rapportent les historiens, la noble fin de Lilliput, offerte en exemple à tous les peuples nains de l'avenir.