‹ Merveilles et moralitésChapitre 4 sur 36 · LE HUITIÈME VOTAGE DE SINDBAD LE HABIN · texte numérisé non relu

LE HUITIÈME VOTAGE DE SINDBAD LE HABIN

— Vous savez bien le contraire. Ce matin, dès mon lever, une mélancolie m'enveloppa. Hier, mon esprit n'allait pas au-delà de la besogne quotidienne. Je vous ai écouté pendant sept jours, et je me suis éveillé à des curiosités nouvelles. Vous avez renvoyé vos invités en leur disant que votre voyage auprès du roi de Sérendib avait été le dernier. Permettez-moi de ne pas vous croire.

— Pourquoi cela, dit Sindbad?

— Vous êtes heureux. Le scriez-vous si, n'ayant plus rien à posséder, vous n'aviez plus rien eu à apprendre?

A ces mots, Sindbad, transporté, fit au porteur les plus vives démonstrations de son amitié.

— Homme admirable ! s'écria-t-il, tu dépasses mes louanges. Tu ne t'es pas trompé. Tu te souviens de ce peuple d'auditeurs qui se pressait ici. Les habitants les plus considérés et les plus savants de Bagdad m'entouraient ; aucun d'eux n'a deviné ce que tu as compris sans effort. J'étais tout à l'heure comme abandonné ; ils se sont tous contentés du récit de mes sept voyages, et ils ne sont pas revenus.

— J'ai hâte de vous entendre, dit Hindbad.

— Les prodiges que la parole peut dépeindre sont peu de chose, dit Sindbad. Les mots traduiraient faiblement la splendeur de mon huitième voyage. Accompagne-moi ; nous le referons en-

semble. Aussi bien n'est-il pas achevé. Le reste de nos jours n'y suffirait pas.

Sur ce discours, il se leva de son siège, et, prenant Hindbad par le bras, il l'emmena.

Le porteur traversa plusieurs galeries sans prendre garde à leur magnificence, tant il avait l'esprit troublé par la réponse du vieillard. Il se demandait si ce n'était point une moquerie ou si son hôte n'avait pas perdu la raison. Et il commençait presque à se repentir d'avoir prêté créance à des histoires qui n'étaient peut-être que d'absurdes imaginations.

Méfiant, il marchait en silence auprès de Sindbad . Ils arrivèrent sur un perron d'où la vue dominait une vaste étendue boisée. Des murailles tapissées de rosiers se déroulaient en prolongement de la façade de l'hôtel, et ce rempart fleuri, à la lisière de Bagdad, séparait les terres du marin de la cité tumultueuse. Les arbres dont le parc était planté mélangeaient leurs cimes diverses, ondulant selon les courbes du terrain ; des ombres bleuissaient au revers des vallons; des feuillages luisaient en pleine lumière; des palmiers jaillissaient et penchaient la tôte; de l'eau miroitait.

En contre-bas du perron s'étageaient deux terrasses dont la maçonnerie disparaissait sous la vigne vierge et le jasmin ; des orangers et des citronniers, lourds de fruits, s'y alignaient sur un

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