‹ Merveilles et moralitésChapitre 31 sur 36 · LES VIERGES VIGILANTES · texte numérisé non relu

LES VIERGES VIGILANTES

Pauvre sagesse des vierges sages ! elle ne fait pas rougir la folie des vierges folles.

Que faites-vous avec vos lampes ? Celle qui attend l'époux n'a pas besoin de lampe ; elle porte dans la nuit un cœur tout lumineux d'amour.

Pourquoi ces réserves d'huile en des vaisseaux, vierges que l'on dit sages ? Vous savez que vous allez vous endormir et que la mèche altérée s'éb'indra. Qu'ôtes-vous, sinon folles aussi, vous qui dormez en attendant l'époux ?

Mesquines précautions, petits bonheurs prévus des unes, je vous mets en balance avec l'insouci futile des autres, et le (léau n'oscille pas.

J'aime les vierges vigilantes, celles qu'on n'a point nomnn'rs. Elles ne se couchent pas devant la porte de la maison; elles n'emportent ni peu ni beaucoup d'huile. Elles restent debout, les pau-

pièrcs levées; contre l'égide de leur amour glissera le sommeil.

Celles-ci ne connaissent pas l'époux injuste et complaisant qui réserve sa faveur aux amantes trop avisées, mais dont les yeux sont encore gonflés d'oubli. El'es espèrent un maître plus difficile.

Et lorsqu'elles seront enfermées avec l'époux survenu, les vierges sages et les vierges folles pourront bien agiter le marteau de la porte, en implorant l'entrée. En dépit de l'huile et des lampes, on n'ouvrira pas à celles qui ont dormi ; on les laissera au dehors, toutes ensemble, dans la nuit.

Et, sous les lambris du palais, les noces ne seront pas médiocres.

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