‹ Merveilles et moralitésChapitre 32 sur 36 · LE TESTAMENT DE MUTILIUS · texte numérisé non relu

LE TESTAMENT DE MUTILIUS

Le sénateur Mutilius, qui employait un grand nombre de serviteurs, se promenait seul, une nuit, dans les jardins de sa villa, lorsque, longeant le mur de l'habitation des esclaves, il entendit un bruit confus de paroles.

Il s'approcha et colla son oreille à une porte. Et il apprit que les esclaves formaient contre lui un complot pacifique ; ils s'assureraient de sa personne sans violence, et le réduiraient à leur donner la liberté et à partager ses biens entre eux.

— Nous laisserons à Mutilius une part égale à la nôtre, disaient-ils. Nous ne nous souillerons point par un crime. Nous montrerons que nous sommes animés du sentiment de la justice.

Il n'y avait dans ce concert qu'une voix discordante, celle de Milphion, le porcher. Il intervenait dans la discussion à chaque propos, et on avait

toutes les peines à étouffer ses éclats compromettants.

« Mort à Mutilius, criait-il ! La mort est la seule part qui lui soit due. Si vous avez peur, moi je suis sans crainte. Je ne quitterai pas sa chaîne pour les vôtres; je n'ai que faire d'une once d'or, mais d'un sac, d'un lopin de terre, mais d'un domaine. »

Mutilius rentra chez lui et s'occupa de rédiger son testament. Ensuite il attendit stoïquement le jour de la révolte.

Et, quand la troupe des esclaves envahit la villa, il les reçut sans pâleur et sans tremblement. Son regard assuré cherchait quelqu'un qu'il ne découvrait pas.

Il demanda: « Où est Milphion? Je demande à lui parler d'abord. »

Le porcher était resté au dehors, maintenu par quelques-uns de ses compagnons qui redoutaient des fureurs préjudiciables à l'événement. On le fit entrer ; il s'avança, une épée à la main, en grognant.

« Mon fils, ainsi je te nomme, lui dit Mutilius; je t'affranchis. Tu posséderas par mon testament la liberté, mes biens et mes esclaves. »

Et, arrachant l'épée à Milphion, il se l'enfonça lui-même dans la poitrine.

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