VIE APOCRYPHE D'UN SAINT
A Paul Adam
Parmi les anachorètes des bords du Nil, un solitaire, nommé Anastase, était cité pour sa grande vertu.
Il habitait un lieu désolé, brûlé par le soleil, où des collines de calcaire étranglaient le cours du lleuve. Il s'occupait à tresser des fibres de palmiers en cordes dont il faisait des filets. Des poissons crus à la chair limoneuse étaient sa seule nourriture. Sous la chaleur torride, il restait couvert d'une épaisse robe en poil de chèvre ; ses yeux étaient saignants, rougis par la réverbération de l'eau et des rochers arides ; son visage et ses mains avaient pris la couleur de la brique.
Une caverne lui servait de logis ; c'était un ancien tombeau, ouvert au flanc de la montagne et depuis longtemps saccagé et obstrué ; on pouvait encore distinguer au-dessus de l'entrée le relief d'un scarabée aux ailes éployées. Au crépuscule,
Anastase s'y réfugiait; il roulait contre le seuil une lourde pierre pour se défendre des chacals et des lions, qui, toute la nuit, rôdaient alentour, et il demeurait en prières, tenu en éveil par les aboiements et les rugissements, jusqu'à ce qu'épuisé de fatigue il tombât endormi sur le sol rugueux.
Cette existence était d'autant plus admirable qu'Anastase la menait sans luttes et sans défaillances, à un âge où l'homme est d'ordinaire en proie à toutes les tentations de la chair. Il était dans sa trentième année, et il avait atteint déjà le degré de sainteté où parviennent à peine des vieillards, après de longs jours de macérations et de prières. Des moines venaient quelquefois visiter cet élu de la grâce et ne pouvaient se défendre d'une surprise mêlée d'envie, au spectacle de sa sérénité. Anastase les accueillait avec douceur, et il souriait lorsqu'on lui parlait de ses mérites et de l'exemple qu'il donnait.
— Je ne fais rien dont je puisse m'enorgueillir, avait-il accoutumé de répondre. Je trouve ma vie bonne et n'en imagine point de préférable.
Et ce n'était pas par humilité qu'il parlait ainsi, car il était né dans le désert et avait toujours vécu misérablement.
Or un vieux cénobite, descendant à pied les rives du Nil afin d'accomplir un voyage qu'il avait projeté, trouva Anastase qui étendait ses filets sur la