‹ Merveilles et moralitésChapitre 7 sur 36 · VIE APOCRYPHE D'UN SAIXT · texte numérisé non relu

VIE APOCRYPHE D'UN SAIXT

berge. Il le salua en Jésus-Christ et le pria de lui donner asile pour une nuit.

— Je m'appelle Anthime, dit le moine. Je viens de loin, et j'ai encore un long trajet devant moi. Le bruit s'est répandu dans la vallée des mortifications que deux de nos frères se sont imposées. Ils se sont logés, dit-on, au sommet de hautes colonnes d'un temple païen en ruines, et ils restent debout, privés de nourriture et sans pouvoir se reposer. Et les bénédictions célestes n'ont pas tardé à les récompenser de leur sacrifice; une force surhumaine leur a été accordée ; des malades ont été guéris en touchant les pierres qu'ils ont sanctifiées; à leur vue, des infidèles ont été convertis. J'ai résolu de contempler ceux qui, sur terre, ont reçu les privilèges réservés aux élus. J'en rapporterai une édification profitable.

— Les bruits du monde ne parviennent pas jusqu'à moi, dit Anastase ; j'ignorais ces choses. Mais ce que vous m'en dites me fait mesurer toute mon indignité. Comment puis-je être agréable à Dieu, moi qui me suis abandonné à être content de mon sort.

Il raconta son existence au voyageur, et il se frappait la poitrine en répétant sans cesse :

— Misérable pécheur que je suis! Je dois être nommé un mauvais serviteur.

Anthime lui répondit : — Ne te diminue pas.

J'ai connu bien des moines qui étaient des saints et dont les jours étaient plus faciles que les tiens. Que ferais-tu de plus pour complaire au Seigneur? Ton gîte est pareil à celui des botes sauvages. Aucune verdure ne défend ta tête des brûlures du soleil. Les chiens refuseraient ta nourriture. Tu as choisi pour patrie un lieu inhabitable. Tu peines et tu pries. Ton corps endure les privations et le poids d'un épais vêtement.

— Je suis accoutumé à tout cela, et je suis bien où je suis.

— Ne comptes-tu pour rien les combats que tu dois livrer au Malin, et les révoltes de l'esprit et de la chair?

— Qu'entendez-vous par là? J'ai l'esprit et la chair en repos.

Anthime regarda Anastase avec étonnement, et il se signa.

— Le Seigneur n'est pas avec toi, mon frère, dit-il d'une voix attristée. Il n'y a pas de sainteté sans lutte ; c'est une conquête de tous les instants. Tu croupis dans une inertie criminelle, et, si le Démon te laisse en paix, c'est que déjà tu lui appartiens.

Anastase versa beaucoup de larmes. Les paroles de ce vieillard expérimenté lui avaient donné des craintes sur lui-même. Ils passèrent la nuit en prières.

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