‹ Mes amisChapitre 20 sur 42 · JULES SIMON · texte numérisé non relu

JULES SIMON

L'Académie, en séance générale, délibérait sur les ouvrages soumis à son examen, en vue des prix littéraires.

Mon volume, « Mme de Sévigné en Bretagne « était sur la sellette, un académicien prit la parole en ces termes :

« L'Académie ne voudra pas couronner l'ouvrage dont il est question. J'y ai trouvé une glorification de la révocation de l'Edit de Nantes. Nous ne pouvons sanctionner un pareil jugement !

L'assemblée parut ébranlée : je courais grand péril. J'eusse été présent, j'aurais évidemment perdu tout espoir. Mais soudain un avocat, l'avocat le plus imprévu, prit en main la cause de l'auteur ballotté, et cet allié inattendu n'était autre que M. Jules Simon.

« Mes chers confrères, dit-il, je connais M. de la Brière, je le connais d'autant mieux que je l'ai révoqué comme sous-préfet, dès que j'ai été ministre de l'Intérieur. J'ai lu le livre qu'il nous présente aujourd'hui. J'y ai trouvé en effet un éloge de la révocation de l'Edit de Nantes. Mais vous voudrez bien remarquer que cet éloge n'est pas

de Fauteur ; il est cité par l'auteur ; il est de Mme de Sévigné !... Et vraiment, Messieurs, si j'ai été juste en frappant M. de la Brière à cause de ses opinions, l'Académie se montrerait injuste en le punissant des opinions que professait une belle dame sous Louis XIV ! ))

On rit : M. Jules Simon eut gain de cause : je fus couronné.

M. Cuvillier-Fleury

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