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dernièrement un banquet des anciens inspecteurs des finances, il disait son vieil attachement pour cette branche de l'administration, et faisant allusion à la direction des postes qui a terminé sa carrière, il ajoutait plaisamment :
— Dans la giberne du soldat, il y a parfois le bâton de maréchal : moi. Messieurs, c'est dans ma serviette de l'inspection que j'ai trouvé mon bâton de cire à cacheter!
Bientôt, en effet, il devint l'homme indispensable, l'arbitre consulté sur toutes les hautes questions du ministère; et le personnel des bureaux s'est transmis la légende de M. Vandal faisant au ministre un exposé intéressant, puis obligé soudain par un saignement de nez de demander ajournement de l'affaire :
— Non, dit vivement le ministre, que le rapport de son subordonné attachait au plus haut point; ne remettons pas à demain : passez dans mon cabinet de toilette, où vous trouverez ce qui vous est nécessaire; j'aime mieux vous attendre que de remettre à vous entendre !
Lorsque fut créé le ministère d'Etat, M. Vandal fut détaché pour organiser ce mécanisme nouveau comme secrétaire général, mais sans renoncer à la carrière des finances, où le rappelaient ses aptitudes et ses prédilections. Il y rentra comme directeur général des contributions directes . Enfin, en 1861, il fut nommé directeur général des postes et conseiller d'Etat. Il a occupé dix ans cette haute situation, la prenant singulièrement à cœur, améliorant le service et le développant à
l'intérieur, négociant à l'étranger de nouvelles conventions postales et allant sur place étudier les perfectionnements des autres pays, prodigue de son temps et de sa peine, avocat très actif des intérêts de son personnel, respectueux de tous les droits et bienveillant pour tous les mérites.
M. Vandal avait alors un fils et une fille, que les habitués des salons impériaux virent un jour figurer, au bal d'enfants, l'un en petit facteur , l'autre en lettj^e chargée. Personne assurément ne songera à critiquer l'affection fidèle du directeur général des postes pour Napoléon III, qui le combla de ses bontés, notamment lors de son second mariage avec Mlle de Heekeren, et lors d'un accident de voiture fort grave qu'il éprouva, la dernière année de l'Empire, et qui mit sa vie en danger. D'autres souverains ont multiplié pour lui les récompenses, et le pape l'a fait comte, à la suite de négociations heureuses.
Le 4 septembre 1870, M. Picart, improvisé ministre, tenta de conserver au service du nouveau gouvernement un spécialiste si universellement apprécié. Ses instances échouèrent. Mais tels étaient chez M. Vandal le sentiment professionnel et le dévouement au pays qu'il consentit, dans l'intérêt public, à diriger quelques semaines encore le service des postes, pour l'installer à Tours, en exigeant que le journal officiel mentionnât le caractère essentiellement transitoire et tout professionnel de sa mission : ce qui fut fait.
Depuis lors, le comte Vandal a vécu dans la retraite, correct et simple, avec une dignité par-
faite, sans amertume comre personne, sans passion rétrospective, fidèle à ses affections, vivant de ses souvenirs qu'il racontait avec une grâce enjouée, bienveillant à la jeunesse, et estimé de tous.
Il eut la douleur de voir le petit domaine qu'il affectionnait, en Alsace, englobé par la conquête allemande : deux kilomètres seulement le séparaient de la frontière française ! Il acheta du moins, sur le sol français, une terre voisine, pour y fixer son plus jeune fils, né de son second mariage. L'aîné, le comte Albert Vandal, un lettré délicat et savant, s'est fait un nom déjà par ses travaux historiques et diplomatiques, méritant les récompenses de l'Académie française, et continuant les traditions de travail consciencieux qui ont été le spécial honneur delà carrière paternelle.
Le comte Paul de Ségur
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