‹ Mes amisChapitre 32 sur 42 · LE PÈRE VALLÉE · texte numérisé non relu

LE PÈRE VALLÉE

Le Père Vallée nous transporte dans la sphère contemplative : ses méditations éthérées planent dans les régions philosophiques : le langage élégant, distingué, s'abandonne librement aux inspijations du moment, sans que les formes flottantes de l'improvisation nuisent à la solidité d'un enseignement étudié.

Quand Vidaur à Saint-Sulpice suspend les tempêtes du grand orgue et que le moine pâle, élancé au regard doux et mystique, se dresse dans la chaire, un peu trop basse pour lui, il évoque le souvenir des théologiens angéliques, qui ont porté comme lui la laine blanche et dont la pensée rêveuse a sondé l'infini. On sent dans tout son être, dans sa parole, dans sa prière une sincérité, une sorte d'ingéuLiité, qui attire, alors même que déroute l'aridité scolastique des sujets choisis.

Plein de sa contemplation extatique, oubliant parfois que ses auditeurs ne sont pas suffisamment préparés à cette gymnastique intellectuelle, l'orateur évolue complaisamment, et comme naïvement, avec une aisence toute simple, au milieu des exposés abstraits, sans recherche de la phrase.

sans rien sacrifier aux illusions de la couleur, et trouvant l'émotion sans artifice, dans l'ardeur même de sa conviction et de ses sentiments.

Les âmes méditatives en effet semblent prédestinées aux tendresses du cœur. Les affections les plus chaleureuses ont répondu à celle du Père Vallée. Et quand les exécuteurs vinrent frapper à la porte de sa cellule, rue Jean-de-Beauvais, ils trouvèrent à ses côtés non seulement la protestation des consciences indignées, mais aussi la vigilance des amitiés inquiétés : Henri de Lassus et Henri Cochin ont même expié sous les verrous de la République l'énergie de leurs sentiments, au spectacle de leur saint ami chassé de son foyer.

Je me souviens de la gracieuse et riante charité avec laquelle le Père Vallée visita quotidiennement, à son tour, ses amis prisonniers nous glissant, à travers les mailles serrées de nos grilles des lettres et journaux roulés dans d'étroits tubes de verre, et remplacés, les jours de gaîté par quelques gorgées de cordial.

Paul Harel

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