LE MARQUIS DE DREUX-BREZÉ
Il a dirigé jusqu'à la mort de M. le comte de Chambord, l'action royaliste et la presse monarchique de tous les départements, avec un désintéressement et une vigilance qui ne sont pas oubliés. Son hôtel de la place du Palais-Bourbon était le centre et le quartier général de cette armée disciplinée, vaillante, et toujours en éveil, qui, par la constance de son effort, a maintenu vibrante les revendications de l'exil, et protégé contre l'oubli le droit expulsé. Ce gentilhomme aux façons courtoises et raffinées, recevait avec une égale bonne grâce les principaux et les plus humbles de ses auxiliaires, écoutait paisiblement, répondait avec à-propos, avec une correction un peu cérémonieuse qui n'excluait pas la plus aimable bienveillance.
Lorsqu'il eut fait publier le télégramme qui présageait la catastrophe, la mort du roi, sa maison devint le quartier général de toutes les craintes et de toutes les espérances. J'eus à cette époque l'honneur de l'assister. Les royalistes n'oublieront pas ces angoisses du dernier mois, la fiévreuse impatience qui appelait les dépêches d'Autriche,
l'affluence des visiteurs gravissant, le cœur serré, le vaste escalier de pierre blanche à la sévère ordonnance, envahissant le vestibule, l'appartement du comte Etienne, les salons et jusqu'à la salle à manger du marquis; car l'étiquette si réglée de l'hôtel fléchissait devant la douleur universelle.
Dès que parvenait un télégramme, j'en envoyais copie rue de Lille, à l'imprimerie du journal VUnion, où il était aussitôt reproduit par centaines d'exemplaires, distribué, transmis en province aux cent journaux des comités royalistes que dirigeait le marquis.
Les incidents les plus émouvants se succédaient dans le grand cabinet aux tentures de soie rouge un peu ternies mais qui conservaient encore le grand air d'autrefois. L'un venait offrir un spécifique souverain pour la guérison du roi; un autre apportait quelque relique vénérée; et le spectacle de ces fidélités anxieuses et naïves, eut, dans sa simplicité, arraché des larmes au plus sceptique.
Après la mort de M. le comte de Chambord, le marquis de Dreux-Brézé voulut terminer sa mission par un hommage solennel à la mémoire de celui qu'il avait toujours bien servi. Les parisiens ont admiré la magnificence incomparable de cette cérémonie funèbre qui eut lieu dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois. Le marquis déboursa vingt-cinq mille francs en cette occasion : il eût payé le double si l'on avait pu mieux faire encore.
Depuis lors, le fidèle serviteur est rentré dans l'ombre et le silence du deuil, mais non sans avoir reconnu le droit royal en la personne de
son représentant héréditaire. C'est avec l'assentiment du marquis de Dreux-Brézé et avec celui du comte de Blacas, que dans son dernier numéro, le journal rZ7/z/oAz salua en disparaissant le nouveau et légitime dépositaire du principe monarchique en France.
La duchesse d'Avaray
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