‹ Mes cheveux blancs: poésieChapitre 16 sur 61 · A UN RATIONALISTE · texte numérisé non relu

A UN RATIONALISTE

Pourquoi donc l'efforcer de convaincre le monde Que la Bible est un livre à proscrire en tout lieu? Que croire en Jésus-Christ est une erreur profonde, Et qu'il ne fut qu un fourbe et non le fils de Dieu?

Pourquoi tous ces défis jetés à nos ministres Que tu voudrais combattre armé de tes écrits? Les palmes de la lutte, hélas! seraient sinistres Si ta plume incrédule y remportait le prix.

Je ne suis point moi-môme un redoutable athlète. Digne par mon savoir de jouter avec toi ; Ma déroute serait sûre autant que complète, Car pour te résister ma seule arme est ma foi.

Pourquoi me la ravir, et que mettre à sa place,

Entre le ciel et nous si tu romps ce lien?

Si tu refroidissais, en y jetant ta glace,

Mon amour pour Jésus et mon cœur de chrétien?

Que fera le vieillard si tu le déshérites De sa religion qu'illumine Tespoir?

Si pour lui, de Jésus éteignant les mérites.

De sereines clartés tu le prives le soir?

En étouffant sa foi, ton triomphe barbare A Taveugle ôterait son chien et son bâton ; Ah! laisse-le plutôt, confiant, mais ignare, S'égarer avec Pope et croire avec Newton.

Quoi ! ce culte d'amour, sagesse surhumaine.

Ne saurait toutefois trouver grâce à tes yeux ! Contre tant de douceur pourquoi donc tant de haine? Et pour le remplacer, dis-nous, quels sont tes dieux ?

Serait-ce la Raison de Monsieur Robespierre

Qui dans un bon moment décréta TEternel ?

Soulève le boisseau qui voile ta lumière, Et fais-en resplendir le rayon solennel.

Quelle gloire funeste en tes transports te flatte D'anéantir celui qu'on implore au Saint Lieu? Tu veux, renchérissant sur l'orgueil d'Erostrate, Non plus brûler l'autel, mais consumer le dieu.

Contre le christianisme apaise ta colère, Sur quel point de ce globe as-tu vu ses forfaits? Quel bien n'a-t-il pas fait, et quel mal peut-il faire? Pourquoi le mettre en butte au venin de tes traits?

Ah ! si tu ne crois pas, du moins laisse-nous croire ; A saper notre foi pourquoi t'évertuer?

Ce travail est impie, il flétrit ta mémoire; Cherche un moyen meilleur de la perpétuer.

Use de ton esprit comme de ta fortune.

Car tu fais de ton or un généreux emploi.

Et, contre le Sauveur abjurant ta rancune, Comme un Samaritain tu suis sa douce loi.

Aussi, témoin du mat que ta raison peut faire. C'est auprès de ton cœur que je viens réclamer; Et sois sûr qu'en ce jour j'ai le désir sincère Non de te vaincre, ami, mais de te désarmer.

Je vais prier pour toi ; mon Sauveur me l'ordonne : Dieu te conduise alors que tu veux t'égarer.

Si ta thèse est un crime, eh bien ! qu'il te pardonne, Et si c'est une erreur, qu'il daigne t'éclairer !

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