LE VIEILLARD A L'HIRONDELLE
Oiseau du bon Dieu, sur ma porte, Au printemps trouvant tes vieux nids, Voilà que l'automne t'emporte Loin de mon seuil que tu bénis.
Comme toi mon âme, birondelle, Bientôt doit s'envoler ailleurs; Et son aile à son Dieu fidèle Aspire à des mondes meilleurs.
Si tu reviens à ma fenêtre
Babiller au soleil d'avril,
Sans m'y voir, tu diras peut-être :
Mais le vieillard, où donc est-il?
Il aura touché le rivage Où resplendit Téternité, Où notre soif a pour breuvage La source de la vérité.
Où notre âme ignore la peine, Le mal, le péché, le souci, Ces anneaux brûlants de la chaîne Qui l'accable en ce monde-ci.
Où la fleur dont il se décore, Immuable et pur encensoir, Ne s'ouvre point après l'aurore Pour se fermer avant le soir.
Oui, si tu revois ma demeure Au soleil d'un avril nouveau,
Pour une existence meilleure J'aurai traversé mon tombeau.
Pars donc pour la rive étrangère; Deux printemps vont combler nos vœux :
Le tien se flétrit sur la terre, Le mien fleurit toujours aux cieux.
L'HIRONDELLE AU VIEILURD
Je te retrouve à la fenêtre D*où tu m'adressas tes adieux, Et tous deux nous voyons renaître Du printemps les jours radieux.
De la saison qui nous est chère Je viens t* annoncer le retour, Et, dans le nid que fit ma mère, Je viens être mère à mon tour.
Sur ton mur ce nid qui s*appuie.
Pétri de ses pieds, de son bec,
Fut formé de gouttes de pluie, De brins d'herbe et de limon sec.
L'Eternel, dit-on, est propice A qui l'abrite sous son toit :
Sois donc heureux dans l'édifice Qui le conserve et le reçoit.
Sur ta tête inclinée et blanche Je verserai soir et matin Mon allégresse, qui s'épanche En flot^de babil argentin.
Mes chants frapperont ton oreille Avant qu'ait brillé le soleil.
Charmant les ennuis de ta veille Ou souriant à ton réveil.
Des cieux tu me verras descendre.
De mon aile effleurant le sol, Et dans un gracieux méandre Je t'entourerai de mon vol.
Bon vieillard, sors de ta retraite, L'air est tiède, les prés sont verts; Viens te mêler à cette fête Qui rajeunit tout Tunivers.
Puisse le bonheur que j'éprouve Dans cette riante saison, Lorsqu'à ta porte je le trouve.
Entrer aussi dans ta maison.