BOUTADE CONTRE L'AUTOMNE
Automne, je t'en veux, et ces vers vont te dire
De ma rancune le pourquoi :
C'est qu'un été riant quand tu viens se retire,
Et que l'hiver court après toi.
C'est qu'autour de ton front volent catarrhes, rhumes.
Tombant sur des infortunés ; C'est que tes froids brouillards, tes averses, tes brumes
Nous mettent l'engelure au nez.
C'est que sous tes cieux gris les fêtes mal venues Portent comme un manteau de plomb ;
C'est que de noirs corbeaux remplacent dans les nues Les hirondelles qui s'en vont.
Mais avant et surtout, c'est que chaque poète Nous dépeint tes tristes beautés ;
C'est qu'armé de ses chants il nous lance à la tête Les prés et les bois dévastés.
C'est qu'il n'est pas alors d'herbe jaune et fanée
Qu'il n'assimile à son destin ; C'est qu'il n'est pas de plante expirante, inclinée,
Qu'il ne pleure soir et matin.
C'est que les vents émus deviennent les emblèmes
De ce troubadour aux abois ; C'est qu'ils gémissent plus dans ses plaintifs poèmes
Que dans les arbres de nos bois.
C'est que la feuille sèche ou jaunâtre ou rougie, Que le vent porte dans les airs,
Se montre alors partout sous forme d'élégie Tourbillonnante au sein des vers.
C'est qu'à tout ce qui meurt sa muse se compare Dans des lieux communs rabattus ;
C'est qu'avec complaisance alors elle se pare De bois sec et de détritus.
C'est que de méchants vers ton régne nous sature, Ils naissent alors que tu meurs ;
Tu donnes le trépas à la froide nature
Et l'existence aux froids rimeurs.