‹ Mes cheveux blancs: poésieChapitre 22 sur 61 · LE VIEILLARD A PLAINDRE · texte numérisé non relu

LE VIEILLARD A PLAINDRE

Ah ! ne plaignez point la vieillesse Sensible encore, et dont le cœur Au bien comme au mal s'intéresse, Du froid égoïsme vainqueur.

Ah ! ne plaignez point la vieillesse A qui les ans ont apporté L'indulgence avec la sagesse.

Sans rien prendre de sa gaîté ;

Que la force a toujours suivie, Où la douleur a peu d'accès,

Qui recueille au soir de sa vie Les fruits d*un matin sans excès.

Mais plaignez le vieillard morose A qui le rire est importun, Qui sent Tépine de la rose, Mais non sa grâce et son parfum.

Qui n'apporte au milieu des fêtes Que ses regrets et ses soupirs, Tout bas implorant les tempêtes Pour troubler de jeunes plaisirs ;

Qui ne connaît plus la tendresse, Dont le cœur sec reste endormi Lorsque sa main rencontre et presse La main d'un frère ou d'un ami ;

Qui des amours maudit l'engeance Depuis qu'ils l'ont fui sans retour ; Qui ne conçoit plus l'indulgence

Dont il eut besoin à son tour;

Qui, dans la campagne fleurie Où tout est calme et radieux, Ne sent pas son âme qui prie Et s'élève au Maître des cieux;

Dont Tavarice répudie L*aumône et ses divins attraits.

Et loin du pauvre qui mendie Aime à guider ses pas distraits ;

Lorsqu'aux récits d'actes sublimes Il ne sent plus son cœur bondir ; Au sein de bravos unanimes Quand il ne sait plus applaudir.

Plaignez-le, son destin l'emporte Dans l'existence trop avant; Plaignez-leT)ien, son âme est morte.

Son corps seul, hélas! est vivant.

Et lors4u*il délaisse une terre Qui n*a plus rien pour Tattendrir, Il achève moins sa carrière Qu'il ne cesse enfin de mourir.

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