LA FOI DU VIEILLARD
Quand la vie épuisée approche de son terme , Le corps meurt pièce à pièce et ne fait que changer ; Lorsque pour i*engloutir la tombe se referme , Il n'abandonne aux vers que des os à ronger.
Mais le corps n*est pas seul à subir les outrages De ce temps qui nous mine ; en détruisant nos goûts , Sur les sens du vieillard il étend ses ravages, Et tous l'un après l'autre expirent sous ses coups.
Notre parole alors échappe à son oreille, Pour percevoir les sons elle lui fait défaut ,
Mais à la voix de Dieu son âme qui s*éveille Obéit aux accents qui lui viennent d*en-haut.
Pour ses yeux affaiblis les objets sont plus sombres; Éclairé par la lampe il ne lit plus le soir, Mais au chemin du ciel il marche sans encombres , L'espérance le guide et la foi le fait voir.
Son pied ne foule plus les monts et la vallée , Il ne saurait aller ni bien haut ni bien loin , Mais de ses pas plus lourds se rit son âme ailée , Qui pour voler à Dieu n'en eut jamais besoin.
Belles fleurs du printemps dans nos jardins écloses, Il n'aspire que peu votre fraîche senteur ; Mais s'il est moins flatté du doux parfum des roses, Il s* élève avec lui vers leur céleste auteur.
Sans que son œil le voie et que sa main le touche , Mieux que Thomas il croit à Christ ressuscité , Et privé de ses sens il lui reste la bouche Pour dire : Ô mon Sauveur ton sang m'a racheté !
Console-toi , vieillard , chaque sens qui s*altére Vient t*annoncer la fin de ta captivité , Et pareil au ballon dont le lest tombe à terre , Comme lui, dans les cieux, tu vas être emporté.