POÈME EN QUATRE CHANTS TERRE, SOLEIL, LUNE, CIEL
Premier chanl LA TERRE
Les savants disent à merci Que la terre est sempiternelle ; Morbleu ! si vieille elle est ainsi , Jeune elle dut être bien belle.
Qu'ils sont lestes ses mouvements !
Dans sa marche quelle vitesse !
En dépit de ses ^ mille ans Elle valse et tourne sans cesse.
Du temps, défiant le pouvoir, Chaque jour nous la montre encore Plus belle avec les feux du soir , Plus fraîche au retour de Taurore.
Quand Thiver sous son voile épais Lui jette une lueur blafarde, Son teint n*en devient que plus frais , Et Ton dirait qu'elle se farde.
Sur ses traits par le froid pâlis Le printemps accourt et se pose , A son sein prodiguant les lis , Sur sa joue entr* ouvrant la rose.
Des feux par Tautomne assoupis Le soleil dore sa couronne , Et d'une auréole d*épis L'été la pare et l'environne.
Dans les lacs , limpide miroir , Sa vive image se reflète ; Elle prend plaisir à s*y voir, Comme une prude à sa toilette.
Elle a bien quelque obésité , Mais à qui rirait de son ventre On peut répondre en vérité Que tout en sort et tout y rentre.
Elle a ses poches pleines d*or.
De topazes et d'émeraudes , Puis dans son sein Ton trouve encor Pour nos malades des eaux chaudes.
Si ses volcans lancent du feu , Si son tremblement nous emporte, Il faut la supporter un peu , Car enfin elle nous supporte.
De la terre, injustes railleurs,
Qui la critiquez à toute heure, .
Vous-mêmes devenez meilleurs , Elle aussi deviendra meilleure.
Puis, en la voyant tous les ans De fleurs et de feuilles couverte , Convenez, Messieurs Içs plaisants, Qu au moins sa vieillesse est bien verte.
Demème cknt