‹ Mes cheveux blancs: poésieChapitre 26 sur 61 · LE SOLEIL · texte numérisé non relu

LE SOLEIL

Loin des clartés de TÉvangile , Certes, mon âme eût préféré Aux dieux d*or, d'airain ou d*argile Le soleil qu'elle eût adoré.

Alors qu'aux deux le jour commence, Le monde entier lui tend les bras; Il préside en son rôle immense Au destin de tout ici-bas.

Sublime , éblouissant mystère De celui qu on prie à genoux , S*il n*est pas le Roi de la terre , C'est son emblème parmi nous.

Des feux incessants qu'il lui darde Le mortel se sent inonder, Sans que lui-même se hasarde D'un œil fixe à le regarder.

11 remplit radieux, superbe.

De son éclat le monde entier , Brillant sur le moindre brin d'herbe, Ainsi qu'au front du cèdre altier.

La félicité qui se pose En tous lieux où nous le voyons, C'est sa présence qui la cause , Elle s'engendre à ses rayons.

Quand son œil de feu les regarde.

Il trouve la joie au grenier.

L'allégresse dans la mansarde , L'espoir au cœur du prisonnier.

Rien ne l'attire ou ne l'arrête ; On le voit , où que nous allions , Resplendir sur l'habit de fête Comme sur de pauvres haillons.

En vain l'hiver sur la nature Étend son manteau de frimas, Beau soleil ! à ta clarté pure On rêve de plus doux climats.

Sur le seuil de chaque chaumière Viennent s'asseoir les indigents.

Et le foyer de ta lumière Devient celui des pauvres gens.

Dans la demeure la plus sombre Où végète l'adversité,

Tes filets d*or glissant dans Tombre Lancent des éclairs de gaîté.

Où qu'il resplendisse, où qu'il tombe, Ton rayon réjouit les yeux; C'est le rameau de la colombe.

Un message enflammé des cieux.

Dieu ! c'est l'éclat qui t'environne, Ton flambeau qui luit devant moi, Et sa lueur qui me couronne Réchauffe et ranime ma foi.

Troisième chant

Page 1