LA LUNE
Ma tête en sa fougue insensée Dont tout active les ressorts Roule aujourd'hui cette pensée :
La lune est un singulier corps! ! !
Un corps opaque, un satellite De notre planète ici-bas, Dont la fidélité d'élite Ne nous lâche jamais d'un pas.
Quand la nuit dans Tombre nous plonge, Par ses capricieux reflets, Des mille formes du mensonge La lune masque les objets.
Reine de la caricature.
Elle n'éclaire qu'en trompant ; Toute chose se dénature A la lueur qu elle répand.
Elle fait un diable d'un ange.
Un château d'un humble chalet.
D'une pomme verte une orange.
Un navire d'un batelet.
Un rocher devient un fantôme, Un mouton un monstre eff'rayant, Et l'on voit couleur de biscôme Le minois le plus attrayant.
La haute dame a la faiblesse
De faire voir au monde entier
Sa resplendissante noblesse
Dont chaque soir brille un quartier.
Les malins ont fait de son disque, Parure des rois d'Orient, Un emblème de ce que risque Le garçon en se mariant.
Sur rhumeur de tous elle influe, Elle excite ou calme les fous, Et donne parfois la berlue A plus d'un sage parmi nous.
Nous rencontrons le lunatique Où que ce soit que nous allions, Arts, poésie et politique En offrent des échantillons.
Supprimez les vers à la lune Dans les poètes de nos jours.
Et deux pages n'en feront qu'une Dans leurs recueils devenus courts.
Son nom ne quitte pas leur bouche, Ils la chantent sur tous les airs ; Elle qui dans les cieux se couche Ne se couche plus dans leurs vers.
Qui sait si ma muse insensée , Dont tout motive les accords , Ne lui doit point cette pensée :
« La lune est un singulier corps ! »
Qnatrièffiô cbant LE CIEL
Quand notre front est ceint d'une blanche couronne, Quand la neige des ans argenté nos cheveux, Nous prenons en dégoût ce qui nous environne, Et vers le Ciel tournons nos vœux.
Du flambeau de la foi la clarté nous dirige Et nous montre là-haut ce qu'on cherche ici-bas. Un consolant espoir pour ce qui nous afflige, Une palme après nos combats.
Tout nous manque à la fois sur notre pauvre monde, Rien n'y comble le vide où nous traîne Tennui ; La vieillesse est aride et Dieu seul la féconde , Réfugiée auprès de lui.
L'amour, Tambition, la fortune, la gloire, Sur nos cœurs, tour à tour, ont émoussé leurs traits ; A leurs charmes fardés comment pourrions-nous croire? Nous les avons vus de trop près.
Puis le ciel est si beau lorsqu'à l'œil se découvre L'éblouissant azur de son immensité ; Il semble au malheureux un abri qui s'entr' ouvre. Où l'attend la félicité.
Le ciel, c'est l'infini; là sans doute vous êtes, Doux amis que la mort dérobe à nos ennuis ; Au sein d'astres brillants vous planez sur nos têtes Dans le calme étoile des nuits.
Le ciel! c'est l'oasis où l'âme se dirige,
Quand délaissant nos corps elle fuit le néant,
Route qui mène à Dieu, vierge de tout vestige
Comme Tazur de Tocéan.
Combien de fois, couché dans un lieu solitaire, Je contemplai longtemps d'un œil fixe et rêveur Le ciel, route sans borne où délaissant la terre Jadis s'éleva le Sauveur!
Mais au dernier des jours il en doit redescendre Pour juger devant lui l'univers assemblé.
Cette parole est grave ; heureux qui peut l'entendre Sans que son cœur en soit troublé!