‹ Mes cheveux blancs: poésieChapitre 28 sur 61 · SOUVENIR D'UNE MÈRE · texte numérisé non relu

SOUVENIR D'UNE MÈRE

Le bonheur des humains comme Tombre procède, Souvenir il les suit, espoir il les précède : Ce radieux passé dont Tœil est ébloui.

On le regrette mieux que Ton n'en a joui.

D'un beau jour écoulé la mémoire s'empare.

De son prisme attrayant l'enveloppe, le pare. Nous le montre plus pur lorsqu'il fuit loin de nous. Et les plaisirs passés sont toujours les plus doux.

La mort de nos amis ajoute à leur mérite, D'un surcroît d'intérêt pour nous leur tombe hérite ; On ne s'en souvient plus que par leurs bons côtés. Et l'on sent tout leur prix quand ils nous sont ôtés.

Mais parmi les portraits de cette galerie Rayonne et resplendit notre mère chérie, Qui toujours souriante à nos yeux vient s'offrir, Que d'un voile d'oubli le temps ne peut couvrir, Dont l'œil ne cherche encor sa terrestre demeure Que pour y découvrir un enfant qui la pleure, Pour souflFrir de ses maux, jouir de son bonheur, Et le voir s'avancer au sentier de l'honneur. Comme en un cadre saint dans notre âme se trouve Celle dont le regard nous blâme ou nous approuve. Suivant que du devoir écoutant les leçons Nous en suivons la route ou bien la délaissons.

Quand sur nos bords fleuris, l'été, je me promène, A ce doux souvenir tout me pousse et me mène. L'arbre dont la fouillée ombrage le chemin Entre le ciel et moi me semble être sa main ; La nuit, le cri plaintif de l'oiseau de passage , Tombé du haut des airs, me paraît son message; La marguerite éclose au milieu du pré vert Est son œil maternel sur moi sans cesse ouvert;

Par un souffle léger les roses balancées Sur Taile des parfums m'apportent ses pensées, Et je vois quand le vent courbe les peupliers Dans leurs balancements ses adieux familiers.

Tout dans cette nature à mon sort s'intéresse

Et du cœur de ma mère exprime la tendresse ;

Dans les cieux, dans les champs, sur les eaux, dans les bois,

Tout revêt son amour et parle avec sa voix.

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