‹ Mes cheveux blancs: poésieChapitre 30 sur 61 · LE DIABLE ERMITE · texte numérisé non relu

LE DIABLE ERMITE

Quand un mortel honteux des erreurs de sa vie, Rougissant des péchés qui Tavaient avili, Quitte en pleurant la route, hélas ! longtemps suivie, Et retourne à son Dieu , vertueux, mais vieilli ,

Ceux qui ne veulent point imiter son exemple. Qui prétendent mourir ainsi qu'ils ont vécu.

Disent, pour l'enchaîner à la porte du temple. Dans les liens du mal qu'il a trop tard vaincu.

« De sa conversion il n'a point le mérite ; » Fuyant des voluptés dont il lui faut sortir.

» Le remords de son âme est un leurre hypocrite, » Un regret du passé plutôt qu'un repentir.

II renonce aux plaisirs que lui défend son âge, » H renverse une coupe où ne reste plus rien : » Après ravoir vidée il maudit son breuvage ; » Impuissant pour le mal il feint d'aimer le bien. »

Et le monde accueillant ces mots pleins de malice Te jette son dédain, pauvre vieillard contrit; De tes accusateurs il se fait le complice.

Et du nom d'imposteur sans pitié te flétrit.

« Quand le diable fût vieux il devint un ermite. » Ce proverbe offensant te poursuit en tout lieu : Le plaisant te bafoue et le cagot t'évite ; Contre ces insulteurs que te reste-t-il? — Dieu.

Dieu ! marche donc sans crainte en ta meilleure voie. Fort de ta conscience et sous l'œil de Celui Dont l'auguste équité jamais ne se fourvoie.

Et qui de ta conduite est le céleste appui.

MES CHEVEUX BLANG8. 83

Marche dans le sentier où lui-même te guide, Que de ton repentir le pauvre ait les profits. Qu'à ton déclin béni ta charité préside, Et fais un peu de bien pour le mal que tu fis.

Et Jésus, dont tu veux écouter la parole, Enverra Tinfortune errer sur ton chemin, Auprès de sa détresse il te dira ton rôle, Consolant par ta bouche et donnant par ta main.

Quand tu fuis les méchants, tu ne saurais leur plaire : De leurs haineux propos sois moins blessé que fier, Car ils voudraient cacher dans leur lâche colère Tes vertus d'aujourd'hui sous tes vices d'hier.

Ta conduite nouvelle est pour eux un reproche Lorsqu'ils veulent en vain t'enlacer dans leurs jeux. Gloire à qui sait les fuir, honte à qui les approche ; C'est marcher vers le bien que de s'éloigner d'eux.

Us ne pardonnent point à qui fut le transfuge Du vice dégradant qui les tient asservis ;

Au sein de leur grand nombre ils trouvent un refuge, Et voudraient retenir ceux qui leur sont ravis.

Si de ta bonne foi le monde se défie,

S'il croit, te poursuivant de son doute railleur,

Que ton âme en secret aux péchés sacrifie.

Sois le même pour tous, pour Dieu seul sois meilleur.

ÉPIGRAMME

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