ACTIONS DE GRACES D'UN FLANEUR
Destin, je te bénis, car je n'ai rien à faire. Rien du tout, absolument rien.
II n'est pas aujourd'hui sur le double hémisphère De sort plus heureux que le mien.
Je me lève fort tard alors que je me lève;
Sur un banc je vais me caser Près du port, et bientôt je trouve sur la grève
Un oisif avec qui causer.
Je place mon menton au sommet de ma canne, Puis je m'occupe à regarder
Un enfant qui s*arause, un chien que Ton chicane, Un bateau qui vient d*aborder,
Un papillon qui vole, un nuage qui passe, Le bleu du lac, Tazur des cieux,
D*un vapeur qui s'enfuit la bouillonnante trace. Tout ce qui vient frapper mes yeux.
ma belle Genève, ô ma noble patrie 1 J*adore tes quais et tes ports,
Pourquoi donc voyager, lorsque ma flânerie Se trouve si bien sur tes bords?
J'arpente lentement tes belles promenades.
Tes frais et verdoyants vallons,
J'entre au café, je bois du rhum, des limonades. Puis je fais trois repas fort longs.
Je vais à Plainpalais si le temps est superbe. Son ombrage est selon mes vœux;
Je m'étends sur un banc ou me couche sur l'herbe; Là je fume un cigarre ou deux.
Je regarde passer les gens qui se promènent,
Plongé dans un moelleux repos, Et les ombres du soir lentement me ramènent,
Car je m'arrête à tout propos.
Je rentre enfin lassé de ma longue tournée,
Puis je dors un temps infini.
Ainsi passent les jours, ainsi passe Tannée;
Sois béni, destin, sois béni!