‹ Mes cheveux blancs: poésieChapitre 41 sur 61 · AUBE ET DÉCLIN · texte numérisé non relu

AUBE ET DÉCLIN

Quand je rêve parfois à ma lointaine enfance, Contre d*aniers regrets mon âme est sans défense ; Dans i*ombre du passé je vois poindre et briller Ce beau printemps que rien ne me fit oublier.

L'amour, Tambition, la fortune, la gloire.

De souvenirs moins doux peuplent notre mémoire Que cette époque heureuse où le cœur innocent Aux lèvres de l'enfance envoie un pur accent; * Où le moment qui fuit est le seul où l'on pense, Où de prévoir les maux notre esprit se dispense. Où d'un plaisir rapide et Irop vite envolé Par un plaisir nouveau le cœur est consolé.

Mais ce qui rend surtout l'enfance fortunée.

C'est à voir tout en beau sa candeur obstinée :

L*enfant n'a point l'esprit soupçonneux et railleur, Tout lui paraît plus pur, tout lui semble meilleur. Son inexpérience à qui rit toute chose Ote au serpent son dard, son épine à la rose ; Il croit toujours parfaits les guides bien-aimés Par qui ses premiers pas sont conduits et charmés.

Mais quand l'âge est venu, que nos genoux fléchissent,

Sous la neige des ans quand nos cheveux blanchissent,

Que sur aucun plaisir on ne marche appuyé,

Que l'on ennuie, autant que l'on est ennuyé ,

Alors, sur nos déclins l'expérience amère

Jette en les éclairant une horrible lumière :

A ses pâles rayons l'illusion s'enfuit.

De son prisme attrayant le charme se détruit ;

On voit autour de soi, dépouillé de prestiges,

Ce monde où nous n'aurons bientôt plus de vestiges.

Où par aucun espoir le cœur n'est rajeuni.

Où la nuit tombe avant que le jour soit fini.

Hélas ! chacun oublie et dans l'ombre délaisse

Le vieillard souffreteux qui s'éteint et qui baisse ; Car son humeur chagrine et son modeste seuil N'ont rien pour captiver ou l'esprit ou l'orgueil. De nos ambitions il a fui la mêlée, Des intérêts mondains son âme est isolée, Etranger aux projets qu'on forme autour.de lui, Il ne saurait en être ou l'obstacle ou l'appui.

Oh! comme il aime alors, remontant sa carrière, Jeter complaisamment ses regards en arrière.

Dans son bel âge d'or si vite traversé Promener sa mémoire et vivre en son passé !

Il s'y trouve entouré d'un cercle de tendresse, Son aïeul lui sourit, sa mère le caresse ; Amour sans intérêt, attachement certain.

Qu'il cherche à son couchant, qu'il eut à son matin.

Oui, lorsque des humains nous connaissons l'engeance. De notre âge enfantin nous perdons l'indulgence ; L'esprit plus éclairé,, le cœur plus attentif. En observant les faits découvrent leur motif;

Parfois le plus brillant perd en cette occurrence Son prestige trompeur et sa fausse apparence. Alors on est sévère et l'on se trouve enclin  condamner tous ceux que voit notre déclin.

L'enfant est plus heureux, et sans doute il doit Tétre, Puisqu'il voit les humains tels qu'ils veulent paraître, Admirant leur surface, insoucieux du fond ; Mais le vieillard, hélas! les juge ce qu'ils sont.

Qu'il imite Jésus, qu'il suive les Apôtres;

Qu'il s'oublie et qu'il sache, en s' occupant des autres ,

Consoler l'infortune, accueillir l'indigent.

Prodiguer à tous deux son âme et son argent.

Si dans son horizon la terre a moins de place.

Grâce à sa piété que le ciel la remplace,

Et qu'il compense ainsi dans son cœur satisfait

Le bonheur qu'il n'a plus par le bonheur qu'il fait.

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