ENFANT DE TROIS ANS
Vive et gentille Marguerite, Dont la marraine est une fleur, Tu tiens, quoique tu sois petite, Une grande place en mon cœur.
Sur mes ennuis semant la joie.
De mes maux suspendant le cours, Tu mets des fils d*or et de soie Au sombre tissu de mes jours.
Frais bouton devenu fleurette, Déjà dans les prés du vallon Tu vas cueillir la pâquerette, Qui te donna son joli nom.
Déjà je vois ta raison poindre, Et dans ce moment selennel Tes petites mains vont se joindre Pour ta prière à TEternel.
Et ce bon Père qui t*écoute, Â ta candeur donnant la main, De tes pas écarte le doute Et te guide dans ton chemin.
Que de tes jeunes destinées Le temps n'altère point la loi, Et qu'il ajoute à tes années Sans rien retrancher à ta foi.
De ton innocence éphémère Si l'amour doit être vainqueur, Ecoute la voix de ta mère Même avant celle de ton coeur.
Ne sois jamais, ô Marguerite,
Orgueilleuse de ton savoir ; Plus une vierge a de mérite , Moins elle est fière d'en avoir.
Mais ton nom est de bon augure, Tes devoirs te seront sacrés, Et tu resteras fraîche et pure Comme ta marraine des prés.
Lorsque tu seras parvenue A Tâge où maintenant je suis.
Songe à ton enfance ingénue, Qui souriait à mes ennuis.
Et puisses-tu trouver toi-même , Glacée à l'hiver de tes ans.
Une innocente enfant qui t'aime Et te réchauffe à son printemps.