‹ Mes cheveux blancs: poésieChapitre 45 sur 61 · LE VIEUX BANC · texte numérisé non relu

LE VIEUX BANC

Il est un banc dans ma commune Sous les branches d'un gros tilleul, Cher à plus d'un, comme à plus d'une, Où le soir on n'est jamais seul.

Sur lui, comme sur une banque.

Le campagnard , le cou tendu , Calcule si rien ne lui manque Du prix du légume vendu.

J'y vis discuter mon grand-père Avec les vieux des environs.

Dont la canne en fouillant la terre Entre leurs pieds faisait des ronds.

La laitière y pose sa seille, Le messager, son lourd fardeau.

Là, de deux cœurs charmant la veille, L'amour prend Tombre pour bandeau

L'enfant, qui joue et s'y repose, Dans sa jeune innocence croit Que ce n'est pas pour autre chose Qu'il fut placé dans cet endroit.

Pourtant dans ce lieu solitaire, Sous le firmament étoile, Plus d'un secret, plus d'un mystère Au gros tilleul fut dévoilé.

Quand les oiseaux sous sa fouillée Dans les nids dorment retirés , Vers leur Camille réveillée Montent de doux mots soupires.

J'ai vu des vieillards sous ses branches.

Du soleil fuyant la lueur, Essuyer de leurs têtes blanches Le front inondé de sueur.

Plus d'un, de la verte ramée Goûtant la fraîcheur à son tour, Y rêve à quelque bien-aimée Las ! aujourd'hui sur le retour.

Car dans sa mémaire il évoque Ce que le temps n'a pu ternir.

Des tableaux riants d'une époque Que caresse son souvenir.

Ah ! conservons dans ma commune L'arbre et le banc qui tour à tour Sauvent l'amant des clairs de lune Et le passant des feux du jour.

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