ENFANCE ET PRINTEMPS
Voici la plus belle saison Qui pour sa carte de visite Jette au milieu du vert gazon La fraîche et blanche marguerite.
Voici les prés touffus de mai, Vrais bouquets dans une herbe tendre.
Oh ! comme enfant je les aimai , Et comme je courais les prendre !
Puis tressant ces flexibles fleurs On m*en formait une couronne, Et le front ceint de leurs couleurs J'étais fait roi de par ma bonne.
Je prenais des airs triomphants Sous cet agreste et frêle emblème,
Regardant de haut les enfants Qui n'avaient pas de diadème.
Mais ma grandeur sans lendemain N'allait pas loin de la prairie ; Sur la poussière du chemin Ma couronne tombait flétrie.
Eh bien ! ces foins si parfumés Qui jadis flattaient mon envie Rappellent à mes sens charmés Les plus heureux jours de ma vie, ^
Où tout plaisir est de saison, Où nous tenons la joie en laisse.
Où voyant des fleurs à foison Pour les cueillir Tenfant se baisse ;
Où devant son air ingénu La colère tombe, s'émousse.
Où, sans les chercher, son pied nu Trouve Therbe fine et la mousse ;
Où son âge habile à saisir Tout le bonheur qui l'environne N*a pour guide que son désir, Et pour son régent qu'une bonne ;
Où sans cesse prompte à jouer, Sa riante humeur sans contrôle Ne vient point encore échouer Sur les tristes bancs de Técole ;
Où mai lui montre à l'avenir Les fruits qui se forment, jaunissent, Où les beaux jours qui vont venir Consolent de ceux qui finissent.
Ah ! quand je vois le vert gazon Parsemé de points bleus et roses.
Je rêve à ma belle saison, A qui souriaient tant de choses.