‹ Mes cheveux blancs: poésieChapitre 51 sur 61 · LE MASSACRE DES INNOCENTS · texte numérisé non relu

LE MASSACRE DES INNOCENTS

Alors que ma vieillesse au repos se consacre, Et que la paix des champs couronne mon séjour, Je frémis de songer que je fais un massacre D'êtres inoffensifs une ou deux fois par jour.

J'aime les prés, les bois ; en leur sein tout m'attire ; Mais je ne suis point seul épris de leurs appas; Un peuple intéressant sous leur gazon respire. Et j'y tranche une vie à chacun de mes pas.

L'escargot réveillé par l'aube et la rosée.

Rampant sur la pelouse au bord d'un frais sentier,

Sous mon pied se rencontre, et sa maison brisée Expose à mes regards son cadavre en entier.

Puis c'est une fourmi que j'écrase au passage, Lorsqu'aux feux de l'été travaillant pour, l'hiver Elle traînait chez elle acharnée à l'ouvrage Le corps d'un moucheron ou les débris d'un ver.

Quelle scène d'horreurs sous mes pas se déroule ! Chenilles et grillons gisent sur mon chemin; Ces insectes nombreux qu'étourdiment je foule Font de ma promenade un plaisir inhumain.

Aujourd'hui je consacre un hymne funéraire A ces défunts obscurs couchés sur le terroir. vous tous qui sous moi mordîtes la poussière , Si je vous assommai, ce fut sans le vouloir.

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